De la montée du racisme en France

A entendre les débats sur la France raciste et la soi-disant montée de l’extrême-droite en France, on a l’impression de découvrir le fascisme à la française… Certains considèrent en effet que l’on assiste à une certaine « banalisation » de l’extrême-droite, même au sein de nos propres partis de masse (UMP et PS). Il faudrait d'abord nuancer en évoquant le fait que ces dérives suscitent partout des réactions opposées que ce soit dans la presse ou sur Internet, en particulier sur les réseaux sociaux. Il n’est d’ailleurs rien d’étonnant…

Depuis la révolution de 1789, le clivage droite élitiste-conservatrice (qu’elle soit autoritaire ou néo-libérale) vs/ gauche progressiste est toujours le même. Les ultras de la restauration, les anti-communards et antidreyfusards d’autrefois, les croix de feu, les camelots du roi, les cagoulards, collabos et fascistes d’hier, sont ceux de la manif pour tous d’aujourd’hui. C’est le même terreau. Inversement, les sans culottes, communards, dreyfusards, communistes, résistants rouge d’avant, sont les antifa, les pro-mariage pour tous, les anti-néolibéraux du présent. Le rapport de force n’a jamais changé ! Le fascisme n’est d’ailleurs pas mort avec la chute du nazisme. Les cadres des services de l’Etat et les industriels mécènes de ce totalitarisme sont restés et se sont recyclés. On retrouve des membres de la Cagoule au sein de la direction du groupe L’Oréal, par exemple. On compte également des membres de l’Opus Dei (qui a soutenu le nazisme, le régime de Franco et les dictatures militaires d’extrême-droite) à la tête de grandes entreprises, outre sa représentation dans le monde politique. Tel fût le cas de Claude Bébéar, patron du groupe Axa, de Michel Albert, patron des assurances AGF et de Louis Schweitzer, patron de Renault. Les anciens de l’OAS sont devenus « conseillers en guerre antisubversive » (en torture, enlèvement, disparition…) auprès de la CIA et des dictatures latino-américaine, pendant la guerre froide. Papon aura terminé sa carrière dans l'administration ! Il n’y a pas si longtemps, dans les années 90, on passait des films où l’on traitait les gens de « bougnoules » à la télévision, on faisait déjà des blagues racistes et homophobes décomplexées façon les grosse-têtes à la radio, Jacques Chirac parlait du bruit et des odeurs…

L’idéologie d’extrême-droite existe à travers les partis politiques (y compris les partis de masse), les groupuscules, les intellectuels et groupes de presse, jusqu'au sein même de l'Etat, tout simplement parce qu’elle reflète une partie des français. Des français en mal d’autorité et de messianisme… ceux qui vivent dans la nostalgie d’une époque passée idéalisée, voire dans le fantasme d’un idéal (voué à l'échec), et dans la reproduction de systèmes antérieurs. L’extrême-droite et la droite réac ne sont pas en train de monter, elles n’ont tout simplement jamais disparu. C’est même un processus naturel qui se perpétue à travers les générations. Le fascisme prend donc une dimension anthropologique et psychanalytique, outre ses aspects historiques, économiques et sociologiques. Toujours le même populisme politique pratiqué par quasiment la même élite pour haranguer encore les mêmes foules. En face, par contre, il y aura toujours des personnes qui affirmeront leur vision sociétale, qui voudront redistribuer les cartes, qui imagineront de nouvelles règles pour trouver des solutions pragmatiques correspondant à leur réalité. Il y aura toujours des personnes qui crieront : « no pasaran ! ». Le rapport de force qui caractérise si bien la France n’a donc pas changé. Le matérialisme historique de Marx semble même être une constante. Tiens d’ailleurs c’est étonnant, Marx a forgé les aspects historiques de sa théorie en étudiant les mouvements sociaux français des XVIIIème et XIXème siècles.

D’un point de vue psychanalytique, si l’on reprend les travaux d’Adorno concernant les liens entre la personnalité autoritaire et le fascisme, on pourrait considérer le courant de la droite élitiste-conservatrice comme celui de dominants issus du grand capital qui s'appuient sur le pouvoir politique et le conservatisme moral pour aliéner/nier l’autre (les individus, les travailleurs, la collectivité, l'Etat...) et accroître leurs seuls profit personnels qu'ils font passer pour l'intérêt général et celui de dominés restés dans un rapport social sado-mazo (servants/maître), c’est-à-dire dans un rapport relationnel voué à la frustration, digne de la période œdipienne. Des châtiés en quête d'un messie, d'un führer qui passent d'une extrême à l'autre mais qui se retrouvent à chaque fois au sein d'une organisation patriarcale fondée sur l'autorité d'un chef qui récite, tel un gourou, sa petite chansonnette rassurante (discours identitaire, sécuritaire, croissance, pouvoir d'achat...). En face, le courant progressiste composé de ceux qui veulent se libérer du pathos collectif et du fatalisme, imaginer des solutions plurielles et ainsi trouver, d’un point de vue symbolique, une forme de complétude sociale fondée sur l’échange avec l’autre et sur le vivre ensemble. Derrière les mouvements sociaux et les changements politiques, la libération morale n’est jamais loin. Derrière le passéisme, le conservatisme de la société et le rejet du pluralisme, l'extrême-droite est toujours là. 

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