Le « nouvel ordre mondial » des réseaux d’extrême-droite aux USA

1/ Des Illuminati au programme du Tea party

Voici le questionnaire remis aux participants à un programme d’éducation du Tea party du Minnesota : http://www.wrightcountyteaparty.org/Home/InsidePage/The-Constitution-Is-The-Solution-Video-Series. Le questionnaire est remis après le visionnage d’une vidéo produite par la John Birch Society (Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=9_ipyDtnsjc). Sur le questionnaire n° 5, on propose aux participants d’énumérer 3 objectifs des Illuminati, parmi un choix de réponses, à savoir :  renverser tous les gouvernements, détruire toutes les religions, abolir la propriété privée, glorifier la sensualité, répudier le mariage, un contrôle gouvernemental des enfants et un gouvernement mondial (http://www.wrightcountyteaparty.org/content/images/Lecture%205%20-%20Exposing%20the%20Enemies%20of%20Freedom.pdf). Il ressort de ce programme que tout athée, voire laïc, tout progressiste, homme de gauche et/ou internationaliste sera assimilé à une pourriture de dégénéré sexuel communiste, à un ennemi de la Constitution et totalitaire.

 

On notera les références littéraires et économiques, dont Hazlitt. Un économiste libertarien encensé par la John Birch Society (JBS) et le Tea party, tout comme les économistes Hayek, Harper, Rothbard, Ludwing von Mises dont un institut conservateur néolibéral porte le nom (Ludwing Von Mises Institute). Les théories néolibérales qui ont prospéré dans les années 70 ont été soutenues par des économistes de l'école autrichienne, dès la fin du XIXème sicèle, avant de fleurir aux Etats-Unis dans les années 50, en particulier dans les campus dominés par les conservateurs (LA, Chicago…). S’agissant du Ludwing Von Mises Institute, il a été dirigé par Larry McDonald (membre JBS) qui, avec le général Singlaub de la très fasciste Ligue mondiale anti-communiste, fonda la Western Goals Foundation devenue prestataire de la CIA au Nicaragua, après que des personnalités de la CIA ont été évincées sur la base d’accusations de corruption au profit des Rockefeller… La WGF est en fait le véritable scandale de la présence américaine au Nicaragua, cette agence privée des milieux de la droite radicale étant à l’origine de blanchiment à l’international et de trafic d’armes. Larry McDonald est également impliqué dans le scandale de la Laetrile aux USA (une vitamine toxique présentée comme un moyen de lutte contre le cancer) : http://news.google.com/newspapers?nid=1734&dat=19760604&id=jpUbAAAAIBAJ&sjid=glEEAAAAIBAJ&pg=5352,3202057. Le libertarien Ron Paul, fervent soutien au mouvement pour la vérité sur le 11 septembre, considère que Larry McDonald a été « the most principled man in Congress » (http://www.dailypaul.com/300450/who-was-larry-mcdonald-and-why-did-he-hate-communism).

 

2/ Une nébuleuse de fondations

En  observant les conservateurs libertariens proches de la JBS, on les retrouve au sein de fondations dont, pour la plus ancienne, la Foundation for Economic Education (FEE) qui prône un gouvernement limité et le laissez-faire économique avec une évocation à la morale chrétienne, depuis 1946. La FEE est à l’origine d’autres organisations libertariennes qui élaborent des « think tank » à l’attention de personnalités politiques qu’elles soutiennent. Parmi les plus célèbres, on peut citer la Heritage foundation, le Cato Institute, l’American Enterprise Institute, la Carthage foundation, les Scaife family foundations et Koch foundation… Ces organisations ont toutes en commun d’être anti-ONU, anti-gouvernement fédéral, anti-impôts, anti-éducation et santé publiques, anti-IVG, anti-civil rights (malgré le discours revu au fil des années), anti-mariage gay, pro-port d’armes et pro-peine de mort. La petite histoire serinée est à chaque fois la même...

 

Parmi leurs fondateurs et membres, on retrouve une certaine élite conservatrice d’industriels du sud-ouest des USA dont Robert W. Welch (fondateur de la JBS ayant colporté les théories sur les Insiders, les Illuminati et le Nouvel Ordre Mondial dès la fin des années 50), Nelson Bunker Hunt (membre JBS), la famille Mellon Scaife et les frères Koch (dont le père, Fred Koch, fût un membre fondateur de la JBS). Cette droite radicale a également su faire parler d’elle au moment d’affaires rocambolesques telles que l’assassinat de JFK (le général John Singlaub et le général Edwin Walker - anciens membres de l'OSS et birchers - ont été cités dans l’affaire : http://www.ucpress.edu/book.php?isbn=9780520205192), le Watergate de Nixon (Mellon Scaife a été évoqué en tant que contributeur d’un fond lié au Watergate), le scandale Clinton/Lewinsky (on retrouve encore Mellon Scaife) et les multiples attaques contre Obama régulièrement comparé à un totalitaire nazi… Ainsi, à l’instar de ses ennemis historiques que sont les Rockefeller ou les Rothschild en permanence diabolisés par les « conspirationnistes », cette élite « cow-boy » du sud-ouest a elle-aussi son réseau d’influence. Elle finance des institutions culturelles et éducatives, mais aussi des associations de « famille » inscrites dans le mouvement « Christian rights » et ce, à travers ses multiples fondations. Elle diffuse ainsi sa propagande ultra-conservatrice.

 

3/ Du Tea Party américain au Printemps français, en passant par la Russie…

Cette nébuleuse amène vers une autre organisation : la National Organization for Marriage (NOM) qui a affiché son soutien pour le Printemps français ( http://southfloridagaynews.com/World/national-organization-for-marriage-creates-french-anti-gay-marriage-website.html). Il s’agit d’une organisation conservatrice américaine financée en partie par des mormons et catholiques, parmi les riches donateurs anonymes.  Son Président, Brian Brown, s’est déplacé aux Manifs pour tous (http://www.huffingtonpost.com/2013/01/20/brian-brown-nom-president-anti-gay-marriage-protest-france-_n_2515916.html). La NOM est aussi financée par la très généreuse Lynde and Harry Bradley Foundation. Harry Bradley est un autre fondateur notoire de la JBS et un grand « philanthrope » américain. Il a créé sa fondation qui soutient des organisations affiliées à la JBS comme la Young America For Freedom, des associations religieuses, des programmes éducatifs et universitaires et structures scolaires, des associations contre la politique de santé du gouvernement, des associations de « famille »,  mais également des fondations libertariennes dont le Cato Institute et la Heritage foundation (http://www.bradleyfdn.org/pdfs/Reports2012/2012AnnualReport.pdf). Autre illustration, s’agissant de la célèbre Heritage Foundation dont Mellon Scaife et la fondation Harry Bradley sont membres d’honneur, on retrouve parmi ses sympathisants, des personnalités du Tea party comme le journaliste Erick Erikson, Rand Paul (le fils de Ron) mais également la National Organization for Marriage (NOM). Autre nom controversé lié à l’organisation : Roger Pearson (ancien membre du bureau éditorial de la Heritage foundation). Créateur des jeunesses de la JBS (Young America For Freedom), il est connu pour son antisémitisme et pour avoir travaillé étroitement avec des anciens nazis.

 

La National Organization for Marriage s’est également déplacée en Russie, à la Douma. On notera que Poutine, qui fonde sa politique sur le complot impérialiste occidental, ne semble pas vraiment gêné par l’influence des organisations néoconservatrices américaines (http://www.advocate.com/parenting/2013/10/04/national-organization-marriage-caught-helping-russia-pass-antigay-laws). Une autre organisation de « famille » appartenant au « Christian right movement », l’American Family Association, n’a pas hésité à envoyer des messages pour vanter les mérites de la loi russe :  http://www.rightwingwatch.org/content/afa-affiliate-defends-russian-gay-propaganda-lawCes organisations lancent également des rumeurs sur les « programmes d’endoctrinement » dans les écoles publiques en faveur des homosexuels assimilés à des pédophiles : http://www.pfaw.org/rww-in-focus/big-bullies-how-the-religious-right-trying-to-make-schools-safe-for-bullies-and-dangero. En France, des associations affiliées au Printemps français ont récemment utilisé la même technique, en envoyant des sms à des parents d’élèves pour expliquer que l’on enseignait la masturbation à l’école dans le cadre de cours pratiques (http://www.francetvinfo.fr/societe/education/masturbation-theorie-du-genre-a-l-ecole-decryptage-de-cinq-folles-rumeurs_516005.html). Ces rumeurs ne sont fondées sur aucun fait réel et ne s’appuient sur aucune étude sérieuse. Il s’agit de mensonges proférés sous forme « d’alerte » dans le seul but de paniquer les gens. Ces organisations sont connectées entre-elles ne serait-ce que par le discours identique qui est prôné mais aussi, par les méthodes de propagande déloyale utilisées et les actions qui sont conjointement menées via des « partenariats ». Ceux qui dénoncent le grand complot, les alliances opaques, l’impérialisme et l’endoctrinement des masses, semblent eux-mêmes exceller en la matière…

 

4/ Néocolonialisme en Afrique

L’une des figures de l’American Family Association (AFA) est Bryan Fischer. Un conservateur évidemment opposé au mariage homo, à la contraception, l’IVG, etc., qui est connu pour son appartenance au mouvement des « négationnistes du SIDA/HIV ». Un mouvement de suprématistes blancs composé de quelques scientifiques, d’industriels et autres personnalités, lesquels sont dans le déni du SIDA, affirmant qu’il n’existe aucun lien entre le virus HIV et la SIDA. La maladie serait dûe à la pratique homosexuelle, à l’abus de drogues et à une mauvaise alimentation... Bryan Fischer a notamment soutenu Peter Duesberg, un médecin né en 1936, en Allemagne, et réputé pour sa vision « orthodoxe » de la médecine. C’est lui qui est à l’origine de la thèse sur l’absence de lien entre le HIV et le SIDA. Il a également laissé indiquer que le SIDA était un « hoax » inventé par des laboratoires pharmaceutiques... Pour compléter le tableau des « AIDS denialists », on ne saurait manquer de citer le Dr Rath et sa multinationale, The Dr Rath Foundation. Ce fabricant de vitamines s’est servi de la thèse de Duesberg puis a prétendu que le traitement du SIDA par antiviraux était toxique, pour proposer un « traitement alternatif » à base de vitamines…

 

Tout comme Duesberg, Rath a soutenu que le SIDA était un complot de l’industrie pharmaceutique, pendant que des politiciens et membres d’organisations de la droite radicale stigmatisaient la communauté homosexuelle pour les besoins de leur propagande populiste et démagogique. Il a également bonne presse sur les sites français d’extrême-droite, en particulier ceux décrivant le « nouvel ordre mondial » (sites de Dieudonné, Soral, associations ultra-catholiques…). Son ouvrage de prédilection est dédié aux origines nazies de l’Union Européenne. Un pamphlet qui mêle mensonges et banalités, sachant que l’auteur se fonde sur le 1er président de la Commission européenne, un juriste et ancien nazi, lequel a été contraint de démissionner après sa nomination, face à la résistance de De Gaulle. Rath considère même que l'industrie phamaceutique serait derrière le régime nazi. Des nazis ou collabos qui ont obtenu des postes clés dans l’administration et au sein de grandes entreprises après la guerre, il y en a eu plus d’un. Ces personnes furent « des hommes ordinaires » présents à tous les niveaux de la société, lesquels n’ont pas disparu du jour au lendemain après Nuremberg… Prétendre que l’UE est en fait un dessein nazi, au seul prétexte que parmi les fonctionnaires ayant participé à sa construction, figuraient d'anciens nazis, c’est vraiment idiot et surtout pas neutre de la part de Rath. Il a, en effet, un réel intérêt à diaboliser ses concurrents directs de l’industrie pharmaceutique, en particulier les laboratoires implantés en UE.

 

Ces thèses et accusations diffamatoires relayées par les néoconservateurs via leurs organisations et médias, ont eu des conséquences désastreuses sur la politique de santé publique en Afrique du Sud. Là est le véritable scandale liés aux « AIDS denialists ». A la fin des années 90, le Président sud-Africain Thabo Mbeki s’est rapproché des « denialists » via un avocat d’affaire, Anthony Brink, et a fondé sa politique de santé sur leurs élucubrations (https://web.archive.org/web/20070702083352/http://journaids.org/politicsofhiv.php). Il s’agissait de minimiser la situation de la pandémie dans son pays, en expliquant qu’avec une bonne alimentation tout irait bien (point besoin de traitement antiviraux, de traiter les femmes enceintes…). Une maladie qui selon certains ne touchait que les « homosexuels, les travailleuses du sexe, les drogués, les sales, les pauvres… ». Le scandale a été dénoncé par diverses organisations gouvernementales et non-gouvernementales intervenant dans la santé, dans le domaine des droits de l’homme et les associations LGBT.  Entre 2000 et 2005, on a enregistré plus de 330 000 décès et 35 000 enfants sont nés avec le HIV en Afrique du sud, selon un rapport de l'université de Harvard (http://image.guardian.co.uk/sys-files/Guardian/documents/2008/11/26/harvard-universityreport.pdf?guni=Article:in%20body%20link). Une situation qui, avec de la prévention et une réaction thérapeutique appropriée, aurait pu être endiguée.

 

Voici une étude documentée émanant de l’organisation « Political Research Associates » qui est spécialisée dans l'observation des milieux de la droite radicale aux USA (suprématistes, paramilitaires…). Elle traite du réseau d’influence créé par des fondamentalistes américains pour intervenir dans la politique de santé et d’éducation en Afrique :  http://www.sxpolitics.org/wp-content/uploads/2012/08/colonizingafricanvaluespra.pdf. Parmi les instigateurs de cette politique, figurent Pat Robertson et son American Center for Law & Justice (ACLJ). Pour mémoire, Robertson est un fondamentalisme, sioniste chrétien, connu pour son soutien en faveur des colonies israéliennes. Il a d’ailleurs été récompensé par l’American Zionist Organization, comme Glenn Beck (le « conspi » bircher de Fox News). Il a aussi rédigé un ouvrage sur le New World Order visant les juifs, francs-maçons et Illuminati, il y a plusieurs années. Les féministes et lois en faveur de l’avortement seraient à l’origine du 11 septembre, selon lui. A l’origine du dernier ouragan en Haïti également… Possédant un réseau de médias évangélistes étendu et régulièrement invité sur Fox News, il est moins connu pour son implication dans les contras au Nicaragua, ses relations avec Mobutu ou encore avec Charles Taylor et ses diamants, au Liberia. The American Center for Law & Justice n’a d'ailleurs pas hésité à engraisser des dictateurs pour voir prospérer sa vision sociétale arriérée et obscurantiste. Le nouveau dirigeant de l’ACLJ est un avocat qui se dit « juif messianique » et qui prône la morale judéo-chrétienne à la base de la société. Il a juridiquement représenté des organisations religieuses engagées dans des procès, parmi les plus extrémistes.

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