Syrie : chronologie, abus de langage médiatiques et fusion complotisme-djihadisme

Parce que des rappels sur la chronologie des faits, sur le vocable médiatiquement utilisé et sur la propagande totalitaire, s'imposent.

Petit rappel chronologique sur la Syrie : 2011/ Des révoltes pacifistes civiles violemment réprimées par le régime (comme à son habitude) et dénoncées en pleins printemps arabes. Une organisation de combattants nationaux (politiquement légitimes et juridiquement protégés) regroupant divers Syriens : l’ASL.

 

2012/2013 : Un régime syrien ignorant les demandes politiques soutenues jusqu’à l’ONU, laquelle reconnaît l’opposition syrienne conformément à la pratique onusienne lors des colonisations et de l’apartheid, des états de fait illégitimes sanctionnés au regard de la Charte ONU et des droits de l’Homme.

 

2012/2013 : Des mercenaires envoyés illicitement par des Etats pour soutenir le régime syrien dans son déni du droit et des demandes de ses administrés muselés depuis Hafez, contre les combattants syriens et les civils. Des mercenaires entrés sous le contrôle de régimes commettant des crimes.

 

2012/2013 : L’ASL reçoit des aides en armement, façon La Fayette en son temps. Une fourniture d’armes qui n’est ni constitutive de crime de guerre, ni d’une atteinte au droit humanitaire coutumier et conventionnel mais plutôt d’une ingérence, au demeurant jamais dénoncée juridiquement par le régime syrien.

 

2013/2014 : apparition de DAECH, des étrangers entrés en Syrie principalement par l’Irak (prise de Raqqa) pendant que le régime persécutait et bombardait ses administrés. Une organisation terroriste agissant aussi à l’étranger, notamment en UE. Une organisation persécutant les civils et les combattants ASL en Syrie.

 

2014 : Une ASL explosée et dilluée, notamment au moyen des revendications d’al-Nusra (actuellement Jabhat Fateh al-Sham/ Al-Qaïda) et de Kurdes instrumentalisés par le régime syrien (à qui il a vendu une autonomie en 2013 en draguant des radicaux et des organisations terroristes kurdes).

 

2015 : Intervention de la Russie sur demande de Damas. Intervention de l’ONU mandatant les Etats pour agir contre DAECH non combattue par le régime, en tous les cas pas avec le même acharnement que pour les administrés discriminés et assimilés à des terroristes. Un régime qui échange même avec DAECH.

 

 

 

Petit rappel des notions utilisées : La guerre en Syrie n’est pas une "guerre civile" (un conflit interne opposant des civils prenant part aux hostilités) mais un conflit international(isé) impliquant des Etats agissant en Syrie via des miliciens entraînés, armés et contrôlés et des Etats mandatés par l’ONU pour combattre DAECH de façon ciblée.

 

La guerre en Syrie n’est pas une "guerre civile" (abus de langage) mais la guerre d’un régime aidé de combattants et de mercenaires étrangers (illicites et agissant illégalement sous ses ordres ou non) contre des civils et combattants syriens juridiquement protégés au titre du droit international coutumier et conventionnel.

 

La guerre en Syrie est celle d’un régime ayant préféré faire entrer des armes destinées aux nationaux (sans le dénoncer juridiquement) et faire intervenir des mercenaires/ miliciens pour réprimer tous ses opposants, sans avoir à répondre à leurs demandes politiques fondées, ni à ses obligations internationales.

 

Un dictateur favorisant une extrême minorité nationale au pouvoir très concentré, qui a préféré mettre son pays à feu et à sang (comme il l’a fait au Liban), c'est dire son sens de l'Etat, et faire fuir ses administrés pour ne pas transiger politiquement et surtout rester au pouvoir, même sous la tutelle russe.

 

Oui le "rebelle modéré" est une aberration juridique. Soit les combattants sont légitimes et protégés par les conventions de Genève et le droit international coutumier (forgé notamment par Nicolas II via la clause Martens à La Haye, à propos des franc-tireurs vosgiens se voyant reconnaître le statut de combattants).

 

Il s’agit, en principe, des combattants nationaux portant des armes et utilisant des bannières de reconnaissance (comme l’ASL ou autres), lesquels se voient reconnaître l’application du droit de la guerre et humanitaire, conformément à la clause Martens portant sur la coutume et les conventions.

 

Soit les combattants sont illégitimes, il s’agit des combattants étrangers illégaux, notamment les mercenaires n’appartenant pas à une armée régulière et agissant de façon hors norme. En aucun cas, le critère d’une pensée modérée n’intervient dans l’application du droit, il s’agit d’une distorsion et d’un abus de langage.

 

Non, l’Etat islamique n’est pas un Etat. Un état de fait, tout au plus. Il s’agit surtout d’une organisation criminelle armée et opérant via des civils radicalisés, armés et envoyés sur le front pour commettre des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité en faisant échec à l’application du droit et à la paix.

 

La Syrie n’est pas un "trou noir de l’information", ce que recherche le régime syrien et qui constitue un déni des faits. Les exactions et le bilan humain est relaté depuis 2011 à l’ONU de façon plurielle et contradictoire (diverses ONGs, diverses structures, etc.). L’ignorer contribue au négationnisme.

 

Comme indiqué sur France culture, des journalistes doivent repenser certains abus de langage rendant service à une propagande bien connue, sous couvert d’une neutralité apparente, et penser à relayer les travaux ONU (au lieu de présenter le conflit comme une mésentente USA/ Russie).

 

 

 

Petit rappel sur le "djihadisme" : Une propagande utilisée par les nazis contre la Grande-Bretagne et la France, au Moyen-Orient. Il s’agissait de rebeller des locaux au moyen d’une propagande totalitaire utilisant le support de l’Islam, contre des Etats présents dans la région, représentant un obstacle politique pour les nazis.

 

Le "djihadisme" a ensuite été remis au goût du jour durant la guerre-froide pour lutter contre l’annexion par l’URSS de l’Afghanistan (illégale et dénoncée à l’AGNU suite à l’obstruction du Conseil de sécurité). Une propagande remise au goût du jour par une administration très droitière américaine, donc.

 

Une propagande portée par Ben Laden (soutenu par une administration USA) dans les 80/90 jusqu’à ce que la fin de la guerre-froide (c’est-à-dire la fin d’un jeu bilatéral malsain entre USA et URSS dans le déni du droit), mette fin à cette pratique, non conforme au droit onusien. Ben Laden qui s'est ensuite révolté.

 

Le "djihadisme" a été utilisé dans l'histoire comme une arme de guerre par des régimes autoritaires utilisant des civils endoctrinés et armés contre d’autres Etats et/ou des cibles civiles. Il ne s’agit aucunement d’une "voie naturelle de l’Islam", ni d’un courant ayant une véritable finalité politique (à part semer la terreur utile à d'autres).

 

Oui, les "djihadologues" sont des faux experts revendant fantasmes et délires n’acceptant ni les démarches publiques de déradicalisation/ prévention des dérives sectaires, ni les observations de juristes et les travaux universitaires sur le djihadisme. Des acteurs ambigus, donc, cherchant plus à pointer la complicité de la France.

 

Le "djihadisme" reprend tout du "complotisme" et dénonce, comme la Syrie et l'Iran, l’Arabie Saoudite et Israël (dans ses fondements légaux et conventionnels dont elle dépend même si elle tend à les ignorer à cause d’une droite dure historique ambiguë), leurs relations historiques avec des institutions et leurs liens avec des conventions.

 

Il reprend tout du "complotisme" en ce qu’il remet en cause un "nouvel ordre" (celui post guerre-froide), c’est-à-dire des normes internationales, le multilatéralisme et la pluralisation du politique et de l’économie, en assimilant l’ONU, la loi, une élite et des cibles civiles au mauvais et au subversif, cause des maux du monde.

 

Le "djihadisme" reprend toute l’idéologie totalitaire d’une nébuleuse de réseaux sectaires, identitaires et extrémistes à l’international, en ce qu’il dresse des cibles en les endoctrinant au moyen d’une Vérité de contrôle (du groupe) vs/ le monde mensonger (la réalité extérieure, l’autre) et en les incitant à transgresser dans le réel.

 

Oui le "djihadisme" utilise les mêmes moyens et méthodes que des structures totalitaires intégristes, en recrutant des individus devenant eux-mêmes les diffuseurs et les producteurs d’images chargées de populariser un mouvement (qui se veut pourtant celui "d’inititiés") auprès des masses.

 

Le "djihadisme" est une propagande de structures totalitaires s’en servant et dont le narratif est d’ailleurs proche de celui de régimes voyous bien connus : "vilaine ONU/ loi internationale, vilaines démocraties corrompues, vilains opposants et civils, vilain monde extérieur, tu vas intégrer ma toute puissance".

 

Au-delà de sa finalité (arme de guerre), le djihadisme, comme le complotisme, reflète le monde intérieur des idéologues étant à l'origine et la faillite des proies le diffusant, et même que c'est pas beau à voir... Cette propagande, une utopie d'autoritaires ignorant la singularité des individus dans un monde pluriel, est perdue d'avance.

 

 

 

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