Pour en finir avec l'antisionisme et les débats stériles

La migration de juifs européens vers la Palestine ottomane, puis sous mandat britannique, est un fait qui ne se juge pas. Une initiative résultant de l’antisémitisme ambiant (antijudaïsme chrétien) et montant au XIXème siècle et des pogroms, particulièrement en Europe de l’Est et en Russie, et parfois (plus rarement) dans les régions ottomanes. Une initiative également soutenue par certains nationalistes et antisémites allemands, considérant que les juifs assimilationnistes, plutôt libéraux ou communistes, se camouflant dans le peuple "pur" était un danger; qu'il valait mieux des juifs sous étiquette affichée, concentrés en un seul lieu.

C’est ainsi que des nazis, dans un premier temps (années 30), furent favorables au sionisme (le théoricien du nazisme Alfred Rosenberg, notamment) et que l’accord Haavara a même été accepté par Hitler en 1933 : système où les migrants juifs devaient payer un « droit d’immigrer » finançant l’exportation de biens allemands vers la Palestine. En 1939, les nazis ne soutinrent plus du tout le sionisme (ni ne soutirèrent plus l’argent des juifs en exigeant l’achat de biens allemands) et trouvèrent une autre solution à « la question juive » et une autre manière de leur soutirer des biens…

La revendication d'un Etat juif (+ construction nationaliste dénoncée par l’historien Shlomo Sand) est une autre histoire génératrice de conflits avec des arabes locaux (à qui un Etat indépendant avait été promis par les Britanniques en échange d’une lutte contre le pouvoir ottoman), également contestée par nombreux juifs parmi des personnalités notoires du XXème siècle (dont Arendt et Einstein, cf. à la lettre adressée et publiée dans le New York Time en 1948) mais aujourd'hui il faut faire avec le réel. Israël est juridiquement reconnu et en tant qu'Etat souverain, Israël est libre de déterminer sa politique migratoire.

La colonisation israélienne (annexion d’un territoire sous status quo doté d’un exécutif et d’administrés, constitutive d’un crime contre l’humanité), entre autres infractions au droit mises en avant à l'ONU, notamment dans les résolutions du Conseil de sécurité, y compris vis-à-vis du Liban dans l'incapacité de régler à l’amiable le conflit à cause du Hezbollah (milice paramiltaire fantoche de l'Iran/Damas), est, par contre, à dénoncer mais sans amalgame avec le "sionisme". Un conflit qui résulte d'atteintes matérielles qui n'ont rien à voir avec le "sionisme" en tant que tel (mythe fondateur).

L'antisionisme (mot dont la valeur dépend du locuteur) est surtout une propagande totalitaire venant principalement de l’Iran/Syrie utilisant des réseaux d’extrême-gauche, d’extrême-droite et djihadistes, en surfant sur des rancœurs populaires (divisions des arabes et juifs au Maghreb durant la colonisation, divisions entre arabes et juifs au Levant) et sur les conflits politiques et diplomatiques locaux, ce qui dessert les Palestiniens, tant sur le plan politique que juridique, et renforce l'extrême-droite israélienne, le discours d'un autre maître sur ses ouailles...

Par ailleurs, Yasser Arafat n'a jamais été "antisioniste" (bien que critiquant le sionisme, dans un cadre particulier, pour dénoncer la colonisation israélienne, une atteinte aux droits les plus fondamentaux reconnus à l'ONU). Il a surtout été victime d'organisations terroristes dissidentes reliées à Hafez el Assad et à l'Iran, gangrenant le monde arabe et empêchant toute solution politique favorable à l'autodétermination des Palestiniens et à la paix avec le voisin israélien, pourtant quasiment atteinte avec Isaac Rabin, politiquement modéré, en 1992, après la première intifada laïque, ne se résumant pas à des détecteurs de métaux...

 

 

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