L'Irak de Bush : de la connexion iranienne à DAECH

DAECH ou la fabrication d'une propagande dans l'Irak post-Bush devenue un satellite iranien.

Dans la tradition ONU, quand un régime tombe, une opération de construction de la paix et de transition via une force internationale mandatée à cet effet, sont organisées, comme on a pu le voir en Europe de l'Est avec des missions, outre celles de l'ONU, de l'OSCE notamment. Le cas de l'Albanie (protection des archives, protection d'Albanais contre les représailles de civils) n'est qu'un exemple. Or, rien en Irak n'a été fait dans les règles de l'art, surtout s'agissant de la protection des civils: éviter la répression contre les Irakiens notamment ceux associés au régime Hussein. Le mandat ONU, en 2004, a, quant à lui, été très minimaliste, se réduisant à une simple mission de cautionnement.

Dans l'Irak de l'occupation Bush : une constitution confessionnelle et communautariste (contrastant avec le régime laïc précédent) qui a favorisé les tensions confessionnelles, les exactions de milices et les attentats dès 2003. Un régime islamiste chiite porté au pouvoir, des enlèvements forcés (extraordinary renditions), des geôles irakiennes et syriennes pratiquant le décervelage, des procès en toc contre les opposants surtout laïcs, une fuite des cerveaux et de toute une élite éduquée et modérée. Au total, plus de 5 millions d'Irakiens ont été déplacés de leur foyer, outre les nombreux morts parmi les civils (des milliers) dans cette société cosmopolite et de culture diverse.

On a aussi vu des députés laïcs de l'ancienne Irak être arrêtés et accusés d’attentats sur la base de témoignages douteux qui ont pu être extorqués. Et c'est facile d'extorquer des témoignages dans un Etat de non droit. Les procès de l'occupation Bush (celui d'Hussein, de ses proches directs, d'autres cadres et plus généralement de tout irakien associé au parti Bass) posent de sérieux problèmes en termes de droit de la défense, tout a été bafoué. Rien n'a été fait dans les règles de droit, ni les normes internationales malgré les experts dépêchés par l'administration Bush pour attester de la conformité au droit.

Quasiment tout l’entourage de Saddam Hussein a été condamné à mort et certains emprisonnés sans aucun droit. Il existe peu de déclarations publiques de Hussein, suite à son éviction (de fausses déclarations sur des sites de propagande iranienne, notamment en langue arabe, tout au plus). Tout a été fait pour empêcher les proches du régime Hussein d'exprimer leur position (des témoins ont été poursuivis par les autorités irakiennes) et de sortir les dossiers au moment de l'épuration de l'Etat irakien. D'autres proches, dont ses filles, ont du s'exiler en Jordanie et ont été condamnés au silence, à vivre reclus, sans possibilité de faire valoir leurs droits. 

Ce, sous le regard du régime pro-iranien accusé à nombreuses reprises de double-jeu, de laisser-faire (vis-à-vis de milices chiites, entre autres violences), de trafics, de corruption et de mal-gouvernance par les Irakiens (nombreuse manifestations dès 2011 et après). C'est ainsi qu'al-Qaïda en Irak et son état islamique autoproclamé ont pu voir le jour dans un Etat à l'origine laïc, avec des combattants recrutés à l'international via une idéologie totalitaire diffusée. Un support à endoctrinement relayé par Ben Laden, son clan, celui qui a logé en Iran après 2001 (dont le fameux Hamza Ben Laden), ce que Bush qui a vu la Russie de Poutine armer l'Iran dès 2001, ne pouvait ignorer.

Sur des sites de propagande iranienne, notamment en langue arabe, on trouve de fausses déclarations de Hussein et ses filles concernant une forme d'appel au "djihad". Pourtant, si les proches du régime (dont les frères de Saddam) ont appelé à une résistance irakienne contre l'occupant illégitime, jamais l'Islam politique n'a été le fondement de leur combat faisant suite au démantèlement d'un Etat régionalement puissant qui fut une dictature socialiste de guerre-froide peu clémente vis-à-vis de l'Islam politique, davantage l'apanage du voisin iranien. Les accusassions de Bush concernant le rattachement d'al-Qaïda à Hussein n'ont pas survécu à cette réalité, à l'époque, d'où le prétexte des armes à saisir.

Al-Baghdadi, figure de propagande, est un individu existant mais le personnage semble avoir été créé de toute pièce. Un pseudo pour les appassionati du terrorisme et de sa lutte. Sa véritable identité n'a jamais été prouvée. Les américains ont même cru à un acteur dans le passé, le type est d'ailleurs mort au moins 10 fois depuis 2008. Un personnage à l'identité inconnue nourrissant le mythe, nourrissant la propagande. Un personnage faisant des petites apparitions de temps en temps, dans des vidéos de mise en scène, montées, puis diffusées, y compris innocemment sur nos médias. Al-Qaïda/DAECH a l'allure d'une propagande.

"Al-baghdadi", un pseudo pour faire croire que Al-Qaïda/ DAECH, ce sont les anciens d'Hussein. Une histoire inventée par l'Irak post-Bush (satellite iranien). D'ailleurs, après les multiples morts et résurrections de celui se présentant comme Omar al-Baghdadi, un autre personnage utilisant le même pseudo "al-baghdadi al-Husseini" a suivi. Il faut que ça sonne Bagdad/Hussein, on l'a bien compris. Les combattants, eux, sont bien réels (il ne s'agit pas de nier la réalité des attentats, ni les crimes perpétrés). Mais ils servent une idéologie totalitaire utile fabriquée par des régimes militaires les exploitant.

C'est ainsi que l'armée américaine (diverse et variée) s'est trouvé engagée dans une sorte de Vietnam avec des paramilitaires Blackwater sous-traitants (tous juridiquement protégés via un accord USA/Irak) et que la coalition internationale (dont la France) a été chargée de former les forces de sécurité irakienne. C'est ainsi, aussi, que tout le monde a été pris pour cible (civils, forces de sécurité, militaires). Des démocraties "occidentales" impliquées dans la lutte contre le terrorisme (une obligation de droit public) et visées par des islamistes (notamment par les milices chiites associées au régime iranien et par l'organisation al-Qaïda liée au clan Ben Laden résidant en Iran).

L'administration Obama, après avoir revu l'accord USA/Irak (US-Iraq statuts of forces agreement) en permettant, cette fois-ci, les poursuites juridiques (non pour autant mises en oeuvre par l'Irak pro-Iran/Damas, premiers bénéficiaires de l'intervention Bush), et après avoir mis fin à plusieurs années d'occupation, est retournée en Irak suite au Califat autoproclamé de DAECH et à son expansion dans la région (notamment dans une Syrie en crise, au régime très en difficulté avec les rebelles et la diplomatie), en opposant aux autorités irakiennes un manque de cohérence dans la lutte contre DAECH. L'Irak n'a alors pas pu refuser cette intervention.

Aux vues de ce qui précède, mais chacun en tirera ses propres conclusions, al-Qaïda / DAECH a plus l'allure d'une idéologie utile fabriquée par des régimes militaires et alliés "occidentaux" (extrémistes), avec l'aide d'un clan terroriste dissident de l'Arabie Saoudite,  pour reconfiguer le Moyen-Orient et l'ordre mondial fondé sur la coopération et le droit international (délité ces dernières années). Et plus on essentialisera l'Islam en mettant en avant DAECH (entre mythe et réalité), plus la propagande prendra sur des personnes s'identifiant (les recrues de diverses nationalités, tantôt laissées entrer sur le territoire, tantôt emprisonnées, tantôt libérées).

Mettre fin à Al-Qaïda/DAECH, c'est démanteler des régimes s'en servant contre l'ordre mondial, les démocraties, la société civile et les printemps locaux, notamment arabes. Les experts et médias diffusant cette propagande, ainsi que les forces politiques entrant dans cette rhétorique, ne font que le jeu de ces régimes, en focussant sur les crimes écrans de propagande de nébuleuses impalpables, en recherchant des combattants à pseudos morts plusieurs fois, en véhiculant leurs vidéos, en s'enfonçant dans le sécuritaire et la panade. Et ce, au lieu d'agir à la source en se posant les bonnes questions : cui bono?

Tout a été fait pour tenir une histoire serinée en boucle, celle des Hussein, cause du djihad islamique menaçant la terre entière. "Al-Baghdadi al-Husseini"... DAECH ou la fabrique d'une propagande iranienne avec le soutien de l'oligarchie Poutine et d'une extrême-droite "occidentale". Ce week-end, encore, pour les fêtes de l'Aid, Bachar el Assad (allié de l'Iran et de l'Irak satellite) a relâché 83 combattants DAECH (jouets des services syriens) ainsi que des rebelles syriens re-dressés en prison ayant promis, bien repentis face à l'horreur de l'enfermement et des traumatismes subis, de ne plus intervenir contre le régime et de se battre contre qui? Les Syriens. Les civils. 

 

 

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