Snowden, un pur produit de l'extrême-droite

Plusieurs articles laissant entendre que les USA ont pu suggérer de commettre des attentats, ont été publiés récemment, y compris sur Médiapart. Le rapport de Human Right Watch (sur lequel s’appuie cette information) s’exprime quant à lui au conditionnel et évoque des incitations ainsi qu’un soutien matériel apporté par des personnalités du FBI. Le fait de soutenir des activités illégales dans le cadre d’infiltration de réseaux criminels ou de copiner avec des terroristes, est pourtant une vieille technique policière et militaire. En outre, le soutien apporté par des personnes du FBI ne signifie aucunement que le FBI lui-même, et encore moins l’administration américaine, ont commandité des actes terroristes. Ce n’est d’ailleurs pas ce que dit le rapport dont la quasi intégralité ne fait que dénoncer les procédures arbitraires, les emprisonnements et sanctions démesurées à l’encontre de groupes ciblés, pour sensibiliser la société civile sur ses propres lois.

 

Pour répondre à la complosphère, les Américains en tant qu’Etat n’ont aucun intérêt à commanditer des attentats (même d’un point de vue géostratégique et militaire) dans la mesure où ils sont des va-t-en-guerre décomplexés n’ayant pas besoin de telles actions pour belligérer sans l’aval de la communauté internationale et imposer un impérialisme d’entreprises privées. Leur côté va-t-en-guerre a même été utile aux européens dans l’histoire, n’en déplaise aux négationnistes et libertariens qui considèrent que l’Etat, qui avait eu connaissance de Pearl Harbor, aurait pu éviter la seconde guerre mondiale et qu’il est donc autant responsable que les nazis et leurs alliés (4). Bien que le plan Marshal fût un lourd tribut qui aura permis aux USA de devenir la 1ère puissance économique mondiale et bien que l’Europe occidentale a embrassé le modèle économique et culturel de leurs libérateurs, un esprit nuancé saura faire la différence entre le régime nazi et celui des USA. Entre le régime stalinien (un autre libérateur de l’Europe) et le régime américain, également.

 

Médiapart a également publié deux articles tirés de The Intercept (1), le site de Greenwald, puis de Hacking news (2), le site qui fait la publicité de groupes de hackers syriens, iraniens, russes et chinois, tous unis contre les programmes d'espionnage des USA... En parlant de Hacking news, il est étrange que des jeunes révolutionnaires du web défendant les libertés civiles ne s'en prennent pas d'abord à leurs propres régimes. Pays dans lesquels la liberté journalistique est très limitée, la liberté d'accès à l'information également. Les sanctions étant, le cas échéant, la censure, l'enferment, voire l'assassinat. Hacking news semble être un très joli site de propagande fasciste !

 

 

Les programmes de surveillance de la NSA, y compris PRISM, sont issus de lois votées publiquement par des représentants élus, lesquelles impliquent des opérateurs privés qui bénéficient d'une immunité légale (5). Le FISA amendments a été voté à une très large majorité au Congrès sous Obama, en 2011, et cette loi a été soutenue par des opérateurs privés à travers des Political action committees (PACs). PRISM a ainsi été renouvelé jusqu’en 2017. Autant dire que si ces programmes existent, si même Guantanamo existe, c'est d'abord parce qu'une majorité d'américains y est favorable... Bien plus que d'un Etat, cette politique relève d'une volonté citoyenne à laquelle Snowden s'est opposé.

 

Les USA et les Etats d'Europe sont incontestablement des démocraties et des Etats de droit même si le système est loin d’être parfait : les contre-pouvoirs s'exercent encore, les Etats doivent rendre des comptes a minima et les sanctions pénales s'inscrivent dans des procédures légales qui sont contrôlées, contradictoires et où les droits de la défense s'exercent. Quant à l'existence des lois liberticides, elles ne sont que le reflet de la société et des hommes ordinaires. En France, l'abolition de la peine de mort n’est pas passée par référendum et aucun régime totalitaire n'aurait pu exister sans la complicité des hommes ordinaires : des "bons pères de famille" et des "bonnes filles de famille" à la structure autoritariste et conformiste.

 

S'agissant de Snowden, le héros qui s'est élevé contre le FBI et la CIA pour lesquels il a travaillé (comme beaucoup de suprématistes-blancs, racistes, révisionnistes et libertariens), il n'a pas caché son attachement à Ron Paul (branche libertarienne du parti républicain affiliée au Tea Party), ni ses idées arriérées sur les noirs, l'immigration et le port d'armes, par exemple. Et Greenwald, encensé par Ron Paul, a consacré sa carrière à défendre des suprématistes, néo-nazis et révisionnistes (6, 7, 8). Il est intéressant de visiter un autre site de propagande d'extrême-droite, le Reason (free minds and free markets), dans lequel on retrouve tout sur le monde fantastique de Ron Paul, des libertariens, de Snowden, de Poutine, Bachar et du régime iranien. Reason a été créé par les fondateurs de la John Birch Society, laquelle a combattu les libertés individuelles des minorités dans les années 60, en diffusant le grand complot mondial des communistes via l'ONU.

 

 

Alors c'est très bien de vouloir assouplir la loi en la rendant plus protectrice des libertés et plus adaptée à la réalité des risques sécuritaires, tout en garantissant des procédures contrôlées. C'est très bien de se servir du cas Snowden pour sensibiliser le public sur la question de la vie privée et des libertés civiles, mais il ne faudrait pas pour autant tomber dans l'irrationnel en avalant comme de la bouillie la propagande de manipulateurs qui accusent l'autre de tyrannie alors même qu'ils sont passés maîtres dans l'art de tyranniser et de conspirer contre les masses, l’intérêt général et la démocratie.

 

Les organisations d'extrême-droite en France (comme le FN, Démocratie royale, Egalité et réconciliation, Riposte laïque, le GUD, Civitas, le parti antisioniste, etc.), les libertariens américains dominés par des militaires et industriels (marchands d'armes, de pétrole, etc.) qui copinent avec la mafia et les narcotrafiquants, l'extrême-droite russe mafieuse et le régime iranien tiennent tous un discours identique. Il suffit d'observer leurs sites officiels de propagande pour s'en rendre compte. Point besoin de lire leurs mails privés (comme la NSA pourrait le faire) pour deviner leur entente et leurs liens. Par extrême-droite, on peut entendre toute organisation ou idéologie autoritaire fondée sur l'autorité du chef, sur des valeurs conservatrices et sur le grand complot, qui se plait à répandre la terreur dans l'esprit des gens pour désorganiser la société et mieux régner.

 

D'ailleurs, l'histoire a montré que les actes de terreur commis sur une population ont été souvent perpétrés par des structures autoritaires (régimes, partis ou organisations) pour être ensuite instrumentalisés contre des groupes cibles et contre des Etats, alors accusés de les avoir commis. Des terroristes manipulateurs qui projettent sur les autres leur propre complot... L'OAS, l'extrême-droite italienne dans les années 70, l'extrême-droite américaine représentée jusqu'au sein du FBI, durant la guerre froide, en sont des exemples. Sans parler des régimes autoritaires russes, syriens et iraniens qui ont une certaine expertise dans l'art de perpétrer des actions de terreur et d'accuser les autres à travers des complots. Le régime stalinien et la police secrète tsariste ont d’ailleurs colporté les plus grands complots de l’histoire récente (le protocole des sages de Sion, notamment).

 

 

Snowden n'est ni un héros, ni un traitre (sauf pour les personnes qui veulent le voir ainsi), il a plus l’allure d’un guignol. Et comme Guignol, il a son public d'enfants. Quant à la surveillance, lorsqu’elle est justifiée, contrôlée par des structures démocratiques et proportionnée, elle peut avoir du bon. Les cadres des réseaux d'extrême-droite la redoutent cette surveillance, c'est pour cela qu'ils se liguent contre les structures étatiques contraignantes qu'ils assimilent à la démocratie et donc au peuple. Ce sont leurs activités prédatrices qu'ils protègent, certainement pas les libertés civiles des individus dont ils n'ont que faire. D’ailleurs la surveillance, il faudrait pouvoir l’appliquer à la finance internationale en cas de suspicion de contournement de la loi, d’évasion fiscale et de blanchiment. Pour cela, il faut poser des règles de régulation à l'échelle internationale afin d'éviter que certains dominateurs ne fassent tout et n’importe quoi, tout en diabolisant les contraintes étatiques décidées par le peuple, lesquelles sont faussement assimilées à du totalitarisme.

 

(1)    http://www.hrw.org/node/127456

(2)    http://www.mediapart.fr/journal/international/090714/la-nsa-et-le-fbi-ont-espionne-des-personnalites-musulmanes-americaines

(3)    http://www.mediapart.fr/journal/international/210314/espionnage-microsoft-collabore-avec-le-fbi

(4)    http://reason.com/blog/2014/07/26/did-reason-really-publish-a-holocaust-de)

(5)    http://en.wikipedia.org/wiki/Foreign_Intelligence_Surveillance_Act_of_1978_Amendments_Act_of_2008

(6)    http://www.newrepublic.com/article/116253/edward-snowden-glenn-greenwald-julian-assange-what-they-believe

(7)    http://www.lapresse.ca/international/201402/05/01-4735878-les-convictions-troubles-dassange-snowden-et-greenwald.php

(8)    http://www.newstatesman.com/politics/2014/01/would-you-feel-differently-about-snowden-greenwald-and-assange-if-you-knew-what-the

 

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