Poser nue est-il un acte féministe?

Au milieu des revendications d'égalité salariale, de la parité, de la PMA ou encore de la reconnaissance de l'ampleur des violences conjugales, une question en apparence bien plus triviale anime parfois les réseaux sociaux : une jeune femme qui pose publiquement nue peut-elle revendiquer cet acte comme féministe ?

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Sur les réseaux sociaux, les guerres de positions sont légions. A chaque actualité, chaque buzz, chaque photo suscitant un questionnement plus ou moins moral et/ou politique, des militants de tous bords se déchaînent, tentant, à défaut de vouloir convaincre l’autre du bienfondé de leur pensée, d’écraser les représentants du camp adverse par des avalanches d’insultes, de mépris, de dégoût ou dans les cas les plus extrêmes, de menaces. Quand on ne peut pas rallier l’autre à sa cause, ce dernier doit être, dans le meilleur des cas ostracisé, dans le pire, détruit.

Et il suffit d’un rien pour lancer le feu aux poudres. L’exemple qui nous intéresse aujourd’hui est le suivant : certaines youtubeuses ont décidé de poser à moitié[1], voire complètement nue[2], et de poster les photos sur la célèbre plateforme de publication publique de photo Instagram. Applaudissement émus et soutien indéfectible d’un côté, insultes et de menaces de l’autre, les photos « érotiques » de ces youtubeuses cumulent les milliers de clics et de commentaires. Dans certains cas, la simple mise en ligne d’une photo de ce type se traduit par une brusque envolée des consultations et des réactions de la page de la jeune femme, suivi d’un article dans le réseau du « féminisme 2.0 »[3],[4]. Par « féminisme 2.0 », il sera entendu dans cet article les forums, les réseaux sociaux et certains sites comme madmoizelle.com, et non les blogs féministes parfois très documentés que l’on peut trouver sur internet[5]. On peut donc s’interroger sur cette soudaine attention portée à ces youtubeuses et aux tumultueuses réactions qu’elles suscitent.

Emma CakeCup sur Instagram, youtubeuse de la chaîne Emma CakeCup © emmacakecup

Charlie Danger sur Instagram, youtubeuse de la chaîne Les Revues du Monde © charlie__danger

Tout d’abord, constatons que les réactions sont globalement positives : Entre likes, commentaires de soutien et compliments, les internautes sont généralement heureux de contempler ces photos, et n’hésitent pas à le faire savoir.

Mais il arrive que certaines réactions soient négatives, se démarquant ainsi clairement des autres. Si certaines d’entre elles sont des insultes ou rabaissement purement sexistes, d’autres marquent leur désapprobation, voire une certaine déception.

Les réponses à ces commentaires négatifs ne se font pas attendre (parfois de l’intéressée elle-même), et tournent autour des fameux trois pôles classiques du féminisme 2.0 : 

- Les femmes sont libres, et donc libres de poser nues si elles le veulent.

- Les femmes se réapproprient une sexualité qui leur a trop longtemps été refusée/dévoyée/confisquée.

- Les réactions négatives sont une expression du sexisme qui perdure dans une partie de la société, et qui veut confisquer aux femmes leur liberté, qu’elle soit sexuelle ou générale.

Ce triptyque classique est devenu un mantra pour bon nombre de jeunes femmes, et se pose comme un argumentaire progressiste et féministe, au service de l’émancipation des femmes. C'est d'ailleurs dans ces termes que Charlie Danger revendique sa photo, avec le commentaire associé :

"(...) J'aimerais que les femmes ne ressentent plus de honte, de gêne ou d'anxiété vis à vis de leurs corps ou de leurs choix. En parlant de choix, J'aimerais qu'on en redonne à ces mêmes femmes. Qu'elles puissent être libres de choisir de montrer leurs torses, ou non, comme les hommes, sans que cela ne suscite surprise et révolte. Qu'elles puissent être libres de choisir de garder leurs poils, ou non, comme les hommes, sans que cela ne suscite surprise et révolte. Qu'elles puissent être libres, en fait, sans que cela ne suscite surprise et révolte."

Et c'est effectivement un très beau texte, progressiste et féministe. Pourtant, pour un bon nombre de personnes qui se réclament également du féminisme, cette démonstration ne convainc pas, et les commentaires d’opposition, sans être agressifs ou blessants, continuent d'apparaître dans les fils de commentaires, les forums dédiés (ou non) et les réseaux sociaux en général.

Des contre-argumentaires construits, même s’ils existent çà et là[6], sont cependant bien plus rares, parfois entachés de sophismes[7] plus ou moins évidents, et constamment noyés sous les réactions plus vives, plus courtes et plus émotionnelles. Et c'est bien dommage, car il y a beaucoup à dire. Mais surtout, les commentaires qui désapprouvent ces photos se heurtent à l'argumentaire bien rôdé des féministes 2.0. 

Car de ce côté, l’argumentaire est implacable : les femmes sont libres, point. Tout ce qui découle de cette liberté, comme la nudité, est acceptable tant que consenti. Si vous n’êtes pas d’accord avec cela, c’est que vous éprouvez une résistance émotionnelle ou morale d’ordre sexiste, dont l’origine est à trouver dans le modèle patriarcal de la société actuelle, et la misogynie, assumée ou non, des membres qui la composent.

En effet, c’est une théorie qui fait sens, et qui explique un grand nombre de phénomènes sociaux, et qui repose sur un point difficilement discutable : les femmes sont effectivement libres, ou en tout cas, doivent l'être dans une société progressiste et égalitaire. Cette démonstration explique d’ailleurs fort bien les réactions violentes et sexistes, qui mêlent insultes à caractère sexuel, menaces et parfois harcèlement, dont la réalité n’est plus vraiment à démontrer.

Mais du fait de son ressort de base, qui s’appuie sur les notions de liberté et de consentement, elle peut très vite s’effriter sur des sujets complexes, tels que la prostitution ou la notion de majorité. Si l'on choisit sa servitude, est-ce encore de la servitude, est-ce encore un choix ?

Le fait pour une femme de poser nue est-il donc un acte féministe ?

Argument ?

L’argument de la liberté est l’argument le plus utilisé dans les débats entre progressistes et conservateurs. Cette notion de liberté est (chez  les progressistes, dont les féministes font partie) intrinsèquement liée à la notion d’égalité entre les membres de la société, qui demeure le principe premier, la liberté s’arrêtant, selon l’adage « là où commence celle des autres ».

Pour être plus précis, la liberté s’arrêterait là où commence la nuisance envers les autres. L’argument progressiste de la liberté peut ainsi être résumé de la manière suivante : 

Si une action n’est pas interdite par loi, elle ne peut en aucun cas être reprochée à la personne qui prend la liberté de l’effectuer.

Si une action est interdite par la loi, mais que cette interdiction contrevient au principe d’égalité des droits entre tous les individus en accordant plus de liberté à certains qu’à d’autres, alors la loi doit être corrigée pour rétablir le principe premier de l’égalité des droits.

Enfin, si une action est interdite par la loi, mais qu’en l’état actuel des connaissances, elle n’entraîne aucune conséquence néfaste, ni pour autrui ni pour la société, alors la loi doit être adaptée pour englober cette action dans le cadre des libertés.

C’est un argument particulièrement solide d’un point de vue logique, et certaines avancées sociales historiques ont été arrachées grâce à la force de ce raisonnement[8]. Seuls des conservateurs peuvent s’opposer moralement à ce type d’argument, et ils ne s’empêchent d’ailleurs pas de faire[9]. Mais comme la morale n’est pas un argument, la question n’est pas de savoir si les conservateurs ont raison de s’opposer à cet argument, mais de savoir si les progressistes ont raison de le soutenir.

Tout d’abord, l’argument est-il effectivement valide ?  

On peut reconstruire l’argument de manière suivante :

Si (1) une action ne contrevient pas au principe premier de l’égalité de droits entre les membres de la société, et si (2) cette action n’est pas néfaste pour autrui et/ou pour la société, alors (A) les membres de la société sont libres d’effectuer cette action, et l’exercice de celle-ci ne peut ni être entravé, ni être reproché à son auteur.

Ici, l’argument repose sur l’acceptation des deux prémisses (1) et (2), qui entraîne logiquement la validité de la conclusion (A). Autrement dit, si l’on accepte les affirmations (1) et (2) on est obligé d’accepter la conclusion (A) : l’argument est valide[10].

En suivant cet argument et en l’appliquant au fait de poser nue, le système de défense dialectique du féminisme 2.0 fonctionne : comme le fait de poser nue ne contrevient pas au principe de l’égalité des droits et n’est pas néfaste pour la société, alors poser nue relève de la liberté individuelle et il n’est pas possible de reprocher à quelqu’un de le faire. Etre contre cette liberté relève donc soit du sexisme, qui voit des conséquences néfastes d’ordre moral, soit du fascisme, qui s’oppose à l’égalité des droits des individus.

Poser nue, c’est donc, d’une certaine manière, revendiquer une opposition aux sexistes et aux fascistes. C’est donc un acte féministe et progressiste. CQFD. 

Du coup, si l’argument est valide, et si l’on exclut les considérations morales qui font dire à quelques-uns que certaines libertés (et notamment sexuelles) entraîneront une conséquence néfaste sur la société par le biais d’un châtiment divin[11], pourquoi pose-t-il problème à de nombreuses personnes encore aujourd’hui, et notamment à des personnes qui se revendiquent elle-même féministes ?

Et bien parce que cet argument occulte totalement deux aspects qui existent bel et bien dans le monde réel : 

- Le fait que des actions puissent être considérées par leurs auteurs comme librement exercées, alors qu’elles ne le sont pas forcément, soit du fait d’une addiction[12], soit d’une manipulation.

- Le fait que la conséquence d’une action puisse ne pas être directement perçue comme néfaste pour la société, alors qu’elle l’est bel et bien[13].

Notons au passage que la prémisse (2) n’inclut pas « soi-même » dans ceux qui subissent les conséquences néfastes. Mais ce point ne sera pas discuté ici, car celui-ci nous amènerait sur d’autres sujets sociétaux et philosophiques tels que le droit à la mort ou à la libre consommation des drogues, qui nous éloignerons du sujet principal.

Nous parlerons ici des deux premiers problèmes évoqués : celui de la réalité du libre exercice, et celui de la perceptibilité du caractère néfaste d’un comportement.

 

Liberté ?

La question à laquelle il nous faut répondre modestement est donc la suivante : choisit-on véritablement librement d’exercer une action plutôt qu’une autre ?

A la lecture de cette question, on peut très vite penser qu’un poisson s’apprête à être noyé à grand renfort de relativisme. Et pourtant, en l’état actuel des connaissances en sciences humaines et sociales, en neurosciences, ou en psychologie, on peut commencer à établir que le libre arbitre est une notion particulièrement floue, au mieux assez réduite par rapport à l’idée que l’on s’en fait habituellement, au pire totalement inexistante[14].

L’expérience de Milgram est un parfait exemple de perte de libre arbitre sous contrainte mentale : il n’y a ni menace, ni contrainte physique, ni chantage. Le principe de cette expérience était assez simple. Sous couvert d’une expérience scientifique, Milgram demandait à des personnes d’infliger des décharges électriques de plus en plus fortes (et donc de plus en plus douloureuses) à une autre personne (un complice) à chaque fois que celle-ci se trompait dans un test de mémoire.

On pourrait penser que sauf dans des cas très rares comme chez les psychopathes, jamais un membre de notre société ne serait prêt torturer volontairement par chocs électriques un autre individu qu’il ne connait pas, pour la simple raison qu’il ne parvient pas à répondre à test de mémoire. Et pourtant, dans des conditions particulières (avec une figure d’autorité scientifique qui incitait le sujet à poursuivre la torture), 100 % des sujets en sont arrivés à infliger des souffrances assez importantes pour que la victime en hurle de douleur, et 65% ont infligé les sévices maximums prévus par l’exercice, c’est-à-dire entraînant la mort quasi-certaine de celle-ci[15].

En 2010, le documentaire « le Jeu de la mort » a même remis sur le devant de la scène médiatique l’expérience de Milgram, en la reproduisant dans un contexte de jeu télévisé. Les sujets, bien qu’étant assurés de ne percevoir aucune rémunération pour ce jeu (il s’agissait d’un test), ont été plus de 80% à poursuivre les décharges électriques jusqu’à l’évanouissement de la victime (et même au-delà), simplement parce que le présentateur et le public les y incitaient[16].

 

L’idée de cet exemple n’est évidemment pas de comparer le fait de poser nue à celui de torturer un individu. Il met simplement en évidence le fait que les injonctions répétées et pressantes peuvent contraindre mentalement un individu, pourtant libre et conscient, à choisir de torturer un individu sans aucune raison. Les sujets des expériences citées précédemment pouvaient en effet refuser à tout moment de continuer l’exercice sans aucune conséquence pour eux. Il leur suffisait « simplement » de résister à 3 injonctions verbales du scientifique, du présentateur ou du public. Mais voilà, résister seul face à une injonction soit autoritaire (le scientifique ou le présentateur), soit collective (le public) n’est pas si simple que ça.

Prenons un exemple concret un peu plus léger, dont les conséquences sont d’une toute autre nature : la longueur des cheveux. Chacun est parfaitement libre dans nos sociétés de choisir sa coupe de cheveux, à l’exception des personnes exerçant une profession particulière comme les militaires. Malgré cette liberté totale, la majorité des personnes qui composent notre société suivent le principe des cheveux courts pour les hommes, et des cheveux longs pour les femmes. Si rien n’empêche légalement les individus de choisir leur coiffure, pourquoi cette différence est-elle aussi marquée ?

D’abord parce qu’il y aurait éventuellement un lien entre la longueur du cheveu et le signal social de la capacité reproductive des femmes[17], mais nous allons essayer d’éviter d’entrer dans les influences du biologique sur le culturel, qui demeurent difficiles à mettre en évidence de par la diversité des phénotypes et des cultures chez l’être humain.

La deuxième explication se trouve dans le principe de la norme sociale. Porter, contrairement à l’usage en place, les cheveux courts pour une femme et les cheveux longs pour un homme marque un décalage avec la norme sociale dans laquelle nous évoluons. Et ce décalage, sans susciter des holas d’indignations, est perçu à très petite échelle par le reste de la société comme une action transgressive. Porter des cheveux dont la longueur est socialement usuelle indique que l’on accepte, consciemment ou non, les codes esthétiques de la société, et notamment ses standards de séduction[18].

Bien que tout à fait libre de leur choix de coiffure, la majorité des personnes choisira donc de n’exercer cette liberté que dans le cadre convenu de la société. Cette « liberté totale de coupe de cheveux » a ainsi quelque chose d’illusoire, dans le sens où elle seule ne permet en aucun cas de s’affranchir de la norme sociale.

 

Cette incidence de la société sur le choix des individus par le biais des normes sociales est aujourd’hui particulièrement bien intégrée dans le processus des progressistes. Elle est étudiée depuis plusieurs décennies par les chercheurs sous divers angles[19], et peut modifier de manière très profonde des mécanismes que l’on pourrait penser comme purement biologiques, tels que le désir, le dégout, la peur, ou encore les relations parents-enfants.

C’est d’ailleurs ce phénomène qui est mis en avant, à juste titre, pour expliquer la résistance des conservateurs moraux : influencés par la société patriarcale qui exerce un diktat sur les consciences, les individus sexistes ne font que conserver les normes sociales qui imposent la dominance, qu’ils analysent comme naturelle ou de bon sens, des hommes sur les femmes.

Cependant, s’il est aisé de voir chez l’autre les incidences évidentes de la société patriarcale sur des comportements considérés comme ouvertement rétrogrades, il est plus difficile de voir chez soi-même les influences insidieuses qui nous formatent de manière presque imperceptibles[20]. Si les exercices de déconstruction de l’impact de ces messages insidieux sont possibles, ils sont longs, inconfortables voire douloureux. D’ailleurs, ils ne permettent généralement  pas de s’affranchir complètement des comportements sociaux ancrés depuis le plus jeune âge, mais parfois simplement de comprendre le pourquoi de nos actes, sans pour autant parvenir à s’en défaire.

 

Pour prendre un exemple très concret : il est impossible de remplacer sa langue maternelle par une autre tout en continuant de vivre dans un environnement social qui pratique cette même langue quotidiennement. Quand on sait qu’il n’y pas de consensus scientifique sur le fait d’oublier sa langue maternelle, et ce même en ne la pratiquant plus[21], il est illusoire de penser pouvoir le faire en y baignant quotidiennement. Or la langue est une norme sociale[22]. C’est d’ailleurs « la » norme sociale par excellence, puisqu’elle est également le premier support d’information des êtres humains, et est donc le vecteur d’autres normes sociales. Ce caractère particulier de la langue comme norme sociale est particulièrement bien mis en exergue dans le célèbre ouvrage 1984 de Georges Orwell, et notamment utilisé comme argument de fond par les défenseurs de l’écriture inclusive. Et malheureusement, si l’argument de l’impact de la norme sociale conditionnant la liberté des individus fonctionne pour défendre les positions des progressistes sur de nombreux sujets, il fonctionne également contre eux quand ils invoquent la liberté individuelle comme argument pour défendre un grand nombre de positions, y compris la nudité des femmes.

 

Car, oui, nous sommes donc tous, et sans exception, façonnés par les normes sociales qui nous entourent, et chacun de nos actes découle, au moins en partie, d’un conditionnement par ces normes. Croire un instant que les conditionnements touchent uniquement les autres, mais non soi-même, c’est s’empêcher une lecture critique de ses propres actions, et ouvrir la porte aux influences les plus intrusives qui soient : celles dont on ne suspecte pas la présence, et dont on va finir par jurer de l’absence.

C’est, par exemple, être persuadé que de voir le logo Coca-cola sur la boisson que l’on consomme n’a pas d’incidence sur notre appréciation de la dite boisson, et qu’en procédant à l’aveugle, on puisse tout à fait retrouver sa boisson préférée, ce qui se révèle faux pour la majorité des gens[23]. C’est le fait de choisir avec soin sa coiffure et son maquillage avant de sortir de chez soi au prétexte que l’on veut se « sentir belle/beau », sans comprendre que les codes esthétiques du « beau » sont définis par la société et non par nous. C’est également le fait de défendre l’achat d’un vêtement pour la raison qu’on le trouve « objectivement beau »… tellement objectivement beau qu’il se trouve en tête des ventes chez personnes correspondant à votre catégorie d’âge, de sexe, de culture et socio-professionnelle, à l’instar, pour rester dans le domaine du féminin, du legging de la fin des années 2000, ou de la réémergence récente de la basket féminine.

 

La liberté est un degré, non un état de fait. Professer d’être totalement libre, c’est indiquer que l’on ne perçoit pas ses chaînes.

 

 

Transgression ?

Revenons donc au sujet qui nous concerne : Quand une youtubeuse avec une certaine audience pose nue, le fait-elle par choix conscient et éclairé, dans le but de revendiquer une sexualité libre dont elle et ses congénères sont privées par la norme sociale ? Difficile de répondre de manière nette et précise, d’autant plus que la question en soulève en réalité trois :

 

- Le fait de poser nu publiquement est-il le résultat d’un choix libre et conscient ?

- Si oui, le fait de poser nu est-il transgressif dans la société actuelle ?

- Si non, existe-t-il d’autres raisons pouvant pousser à faire le choix de poser nu ?

 

La liberté totale dénuée de toute influence sociale et culturelle étant, comme nous l’avons vu, parfaitement impossible, nous allons simplifier le propos et partir du principe qu’il est possible de faire des choix « relativement » libres et conscients. Il est alors effectivement possible de choisir de manière libre et consciente de poser nu, tout simplement parce qu’historiquement, nous avons une multitude d’exemples de personnes[24] (femmes et hommes) ayant posé nu avec de réelles motivations conscientes (pour des raisons artistiques, pour des causes militantes, etc.). Répondons pour l’instant « oui » et passons à la question suivante. A partir de maintenant, nous parlerons exclusivement de poser nue puisque ce sont de femmes dont il s’agit ici.

 

Poser nue est-il transgressif dans la société actuelle ? Là, il est plus aisé de répondre.

Le fait de poser presque nue pour une femme n’est ni particulièrement rare, ni particulièrement troublant. Aujourd’hui, seuls les conservateurs moraux continuent de s’offusquer des poses nues. L’appel à la décence, argument purement moral, n’est pas vraiment dans l’air du temps ; il est bien plus fréquent de voir des femmes poser nues ou à moitié nues dans les magazines, à la télévision et sur internet que de trouver des articles grand public d’opposition franche à la nudité féminine.

La nudité féminine (au regard de la nudité masculine) est un aspect tellement normal de notre société que nous ne posons plus du tout un certain nombre de questions qui, en mettant de côté le sujet très clivant de la nudité des seins par rapport à la nudité des torses masculins, découlent des différences de coupe de vêtement entre les hommes et les femmes.

Par exemple, sur les plages ou dans les piscines, un maillot de bain attaché par quelques fines cordelettes ne nous surprend pas particulièrement sur un corps de femme, pas plus que la courte taille des shorts féminins en comparaison de ceux de leurs homologues masculins. Décolletés et dos-nus sont également des éléments typiques des vêtements féminins, qui n’ont pas d’autre objectif que de dénuder la personne qui les porte. Que les femmes portent jupes et robes à mi-cuisse (voire au-dessus), nous semble parfaitement naturel, tout comme le caractère moulant caractéristique des vêtements féminins, épousant les formes du corps et suggérant, sans révéler pour autant, la nudité du corps qui se cache derrière cette enveloppe textile.

Même dans le sport, que ce soit en athlétisme, en volley-ball, en tennis, les vêtements féminins en dévoilent bien plus que les vêtements masculins, à l’exception notable du football, du rugby ou encore du basketball. Si l’on oublie l’étrange, mais non moins explicable[25], aversion du public occidental pour la révélation les tétons féminins, la nudité féminine s’est imposée à nous de manière naturelle, imperceptible, au travers des films, des séries, des publicités, et surtout, de la mode. Il est donc aujourd’hui acquis et considéré comme parfaitement normal qu’une femme soit plus dénudée qu’un homme, et ce de manière générale.

 

L’idée que la nudité des femmes est transgressive est en réalité un reliquat de la grande époque de la révolution sexuelle, qui a permis une émancipation sexuelle des femmes et une réappropriation de leur corps par celles-ci. Elle débute en France, selon les sources, autour de 1960, avec la mise sur le marché de pilule contraceptive, et atteint son apogée en 1974 avec la loi sur l’avortement. Durant cette période, la nudité féminine devient un véritable outil de transgression, tant au cinéma que dans l’industrie musicale. L’essor des minijupes et de l’industrie vestimentaire de grande consommation participe également à ce mouvement de réappropriation de leur sexualité par les femmes. C’est d’ailleurs à cette période que les mouvements féministes dits de la « deuxième vague » se développent, influencés par le célèbre livre en deux tomes de Simone de Beauvoir paru en 1949, le Deuxième Sexe.

A la suite de ces acquis, les années 1980 marquent l’essoufflement des mouvements de revendications sexuelles chez les femmes occidentales[26]. Mais les industries du cinéma, de la télévision, de la musique et de la mode, toujours tenues par des hommes et qui ont entre-temps opéré le tournant complet du capitalisme triomphant, ont saisi un phénomène qui deviendra fondamental dans le milieu culturel occidental : Le sexe fait vendre.[27]

 

Depuis le début du siècle déjà, les artisans de la fabrique du consentement sont à l’œuvre[28] pour faire accepter d’éventuelles déclarations de guerre ou des mesures politiques antisociales aux populations des pays démocratiques. Et le constat est sans appel : manipuler l’opinion est tout à fait possible grâce à des techniques de communication bien connues, telles que l’utilisation de stars et d’égéries du cinéma, la saturation régulière d’informations répétitives, ou l’emploi de figures d’autorités scientifiques. Les années 1970 et 1980 voient l’explosion de ces pratiques dans le domaine commercial, où là, l’objectif de manipulation est tout autre : Pousser à acheter et à consommer, toujours plus, toujours plus vite. La révolution sexuelle est finalement une aubaine pour les industriels de l’audio-visuel et de la mode, qui sont bientôt rejoints par ceux du parfum et des produits cosmétiques, puis par l’ensemble des industries de consommation (boissons, électroménager, voitures). Ils peuvent alors puiser dans un réservoir érotique dopé par une jeunesse qui assume les acquis de la révolution sexuelle, touchant de ce fait le meilleur des publics, celui que l’on peut fidéliser à vie.

Dès lors, poser nue n’est vraiment plus transgressif. Le phénomène devient au fur et à mesure des années 90 tellement banal, que la seule manière de continuer dans la transgression et d’aller toujours plus loin dans la sexualisation des femmes, d’où l’émergence du porno-chic[29].

De la réappropriation de leur corps par les femmes qui leur permettait de sortir du carcan « pute ou soumise » pour ne choisir ni l’un ni l’autre ni l’autre, l’industrie capitaliste réalise le tour de force de retourner cette idée et d’accoucher d’un concept novateur d’une femme à la fois « pute et soumise » : la femme objet.

 

Construction ?

Aujourd’hui, pour une femme qui commence à acquérir une certaine renommée dans l’univers culturel audiovisuel, poser nue ou à demi-nue relève presque du passage obligé, à tel point qu’il est aujourd’hui bien plus difficile de trouver une star féminine n’ayant pas posé au minimum en sous-vêtements (et ce en excluant les publicités pour des sous-vêtements) que l’inverse[30]. Ces clichés sexy faisant régulièrement la une des magazines ou des campagnes publicitaires, on peut difficilement argumenter de la transgressivité d’un tel acte. Preuve en est avec les photos qui nous occupent aujourd’hui : l’immense majorité des réactions sont positives, voire voyeuristes, avec des compliments sur la beauté du corps, le rebondi des fesses, le ventre plat, etc.

Pointé du doigt par de nombreuses associations féministes[31], l’objetisation sexuelle de la femme est un des problèmes de notre époque, auquel les photos partiellement ou totalement dénudées participent activement. Poser nue en revendiquant la réappropriation sexuelle du corps de la femme, c’est donc faire un léger un anachronisme. Cette action avait un sens à l’époque où la nudité féminine était un tabou, et la sexualité féminine un non-sujet. Aujourd’hui et depuis les années 80, le corps de la femme et le désir qu’il suscite sont utilisés comme un argument de vente, un élément marketing au même titre que l’humour ou que les prouesses de la technologie.

En effet, si l’idée qu’une femme est une personne indépendante égale à un homme a fait son chemin et que seuls les conservateurs moraux les plus farouches continuent de contester[32], le fait qu’elle soit un objet constant de désir charnel s’est lui aussi installé en parallèle par le biais de la publicité, de l’industrie du cinéma ou de la musique.

 

Cette fixation du désir sur la femme objet, comme pour tout bien de consommation, s’est évidemment organisée par rapport à un standard, qui bien que propre à chaque homme, conserve « quelques » grandes lignes assez classiques pour qui vit dans une société occidentale :

Le ventre doit être plat, la peau lisse et épilée (particulièrement les aisselles et les jambes), la chute de rein cambrée et la taille marquée, les fesses rondes et rebondies, les jambes longilignes, le cou mince, les pieds petits, les seins fermes et raisonnablement gros. Le visage joue également un rôle puisque les yeux doivent être sublimés par un maquillage complexe, à la fois naturel et élégant, la bouche mise en valeur par une couleur et une pulpe de préférence charnue, la peau sans imperfections de couleur ou de texture, et les rides inexistantes. Côté cheveux, la tolérance va du lisse à l’ondulé, et si la couleur blonde a souvent les faveurs du grand public, la large gamme de coloris allant du noir au roux proposée par l’industrie cosmétique saura ravir les yeux des hommes qui, dans leur immense magnanimité, vous laissent le choix de votre couleur préférée. D’ailleurs, côté longueur, optez plutôt… pour les cheveux longs. Et tout cela sans même aborder les questions pourtant essentielles de la parfumerie ou des injonctions vestimentaires[33].

Ces standards, absolument inatteignables pour la majorité des femmes en condition naturelle, sont ancrés dans nos esprits si fortement qu’il en devient presque impossible de les en expurger, hommes comme femmes. Il existe également des standards masculins (un peu moins contraignants et un peu plus divers), mais ce n’est pas le sujet ici.

 

Les standards de beauté féminine ont cela de formidable qu’ils réussissent à convaincre les femmes elles-mêmes qu’elles doivent s’y plier, et ce sans recours ou presque à l’injonction directe d’un homme. Bien sûr, les femmes peuvent lutter, et nombreuses sont celles qui le font, contre ces standards abusifs, mais l’injonction est si complexe, si complète, si totale, que l’écartement, volontaire ou subi, ne serait-ce que d’un seul des éléments cités ci-dessus conduira inévitablement à des réflexions ou des regards allant du curieux au dégout, entraînant chez les concernées complexes, voire détestation de soi[34]. De plus, non content de nier aux femmes la possibilité d’être désirables sans correspondre à ceux-ci, les standards esthétiques doublent leur peine en excluant toute caractéristique qui ne serait pas d’ordre physique ou lié de manière directe au rapport sexuel[35]. L’intelligence, la force, le courage, la lucidité, la persévérance et le sens de l’humour, pour n’en citer que quelques-uns, sont parfaitement inexistants de ces standards, sous-entendant par là que pour susciter le désir, seul le corps et le sexe de la femme comptent.

Il en résulte l’idée, bien ancrée dans nos inconscients, que les femmes sont à la fois des personnes et des objets sexuels plus ou moins « disponibles à la consommation », que celle-ci soit visuelle ou charnelle[36]. Si leur consentement, voire leur enthousiasme, à l’idée d’un coït est effectivement plébiscité par les hommes, celui-ci n’en reste pas moins accessoire lorsqu’il s’agit simplement d’admirer leur plastique et de faire des commentaires appréciatifs sur leur corps. Cette notion de « disponibilité de consommation » existe dans chacun d’entre nous, hommes comme femmes, et ces dernières sont, de ce fait, tenues d’accepter inconsciemment l’idée de cette disponibilité, non seulement comme une composante inévitable de leur existence, mais également comme quelque chose qu’elles doivent faire leur, en la valorisant, en en jouant, en s’en satisfaisant[37].

 

En acceptant ce fait, on peut commencer à percevoir l’ampleur du phénomène, que ce soit du petit regard baladeur masculin une chaude journée d’été et de ce petit sentiment fugace de satisfaction féminin d’avoir capté ce regard[38], jusqu’aux réactions d’incompréhension d’hommes face au refus de certaines pratiques sexuelles de la part de leur partenaire, ou aux complexes obsessionnels de micro-défauts de certains membres de la gent féminine. Commencer à déconstruire ce phénomène, outre sa complexité du fait de son omniprésence dans notre quotidien, c’est également être prêt à subir une forme de vindicte populaire douce.

C’est, pour un homme, passer pour un rabat-joie ou un coincé quand il se refuse à faire des commentaires sexuels sur le corps les femmes avec sa bande de copains, ou à rire à des blagues ouvertement sexistes. C’est, pour une femme, devoir répondre à des interrogations sur son état de fatigue ou de santé lorsqu’elle n’a pas mis de maquillage. C’est un combat d’usure, éprouvant lorsque l’on s’attaque à des petits aspects, et qui peut tourner au calvaire quand on s’en prend à des mœurs ancrés bien plus profondément, comme l’épilation des aisselles ou le port de certains vêtements genrés. Pourtant, il n’y a absolument aucune raison objective sur laquelle s’appuyer pour considérer qu’un homme ne doit pas porter de jupe, ou qu’un femme doit s’épiler ou se raser les aisselles. Mais nous nous y plions tous, car s’y opposer entraînerait des conséquences sociales bien plus coûteuses que de s’y conformer.

 

Dans ce contexte social, poser nue apparaît alors sous un autre angle. Si le but de transgression n’est plus d’actualité, et que les valeurs esthétiques mis en exergue par les clichés correspondent aux standards esthétiques de la société, en quoi cette action peut-elle être interprétée comme relevant d’un choix libre et éclairé prônant l’émancipation des femmes ? Selon toute vraisemblance, elle semble plutôt s’inscrire, de par son omniprésence et les valeurs esthétiques valorisées, dans la continuité de l’image de la femme objet disponible, valorisée pour sa beauté et sa désirabilité, bien plus qu’elle ne permet une réappropriation des femmes de leur corps. Elle peut donc s’inscrire, et ce malgré les apparences anodines, comme une « liberté » qui, de manière indirecte, dessert la cause des femmes, et leur est donc néfaste.

 

Et comme on ne peut absolument pas accuser ces femmes de chercher volontairement à asservir leur gent dans un diktat patriarcal, la seule explication est qu’elles n’ont tout simplement pas conscience du phénomène social qui les a poussées à le faire, celui qui les incite à se sentir valorisées en tant qu’objet. Et comme nous l’avons dit précédemment, la plus dangereuse des influences, c’est celle dont on ne suspecte pas la présence, et dont on va finir par jurer de l’absence.

 

Validation ?

De nombreuses raisons existent pour qu’une femme décide de révéler publiquement des photos d’elle dénudée, qu’elle soit consciente du phénomène d’entretien de l’image de la femme objet ou non. Sans être exhaustif, on peut citer pêle-mêle la création artistique, l’appât du gain, le militantisme, le voyeurisme, la recherche de notoriété, et sûrement d’autres encore. Mais dans le cas de ces youtubeuses, comme dans une grande majorité des cas d’ailleurs, la raison est bien plus classique. Il s’agit d’un simple phénomène de validation sociale de leur beauté et/ou désirabilité.

 

Une des raisons pour laquelle l’objetisation sexuelle des femmes est si insidieuse, c’est qu’elle imprègne avant tout les femmes elles-mêmes, qui, bien que luttant parfois contre l’injonction de rentrer dans les standards de beauté et d’être désirables en permanence, ne peuvent s’empêcher de ressentir de la souffrance quand elles n’y parviennent pas, et de la satisfaction quand elles y arrivent.

Un des effets pervers de cette objetisation est que souvent, les concernées peuvent considérer qu’elles n’y parviennent pas « suffisamment », et vivre une véritable torture émotionnelle et une culpabilisation[39] face à un corps qu’elle vont juger trop gros, trop petit, trop flasque, trop musclé, trop différent, bref, trop éloigné de l’idée qu’on leur a implanté d’un corps idéal.

Pour lutter contre cette insécurité parfois chronique, la validation de leur « beauté » par un panel de personnes inconnues et issues de la même société qu’elles est donc un moyen d’obtenir une forme de satisfaction qu’elles ne peuvent obtenir ni d’elle-même, ni de leurs proches, jugés généralement trop aimants pour être objectifs, ou pire encore, trop aimants pour être sincères. S’il faut une vraie dose de courage pour livrer ainsi une partie de son intimité au regard du monde, c’est que le gain potentiel est à la hauteur du risque : une validation sociale, et la plus grande possible, de leur beauté féminine, et de leur existence en tant qu’objet de désir.

 

L’idée selon laquelle les femmes qui publient sur les réseaux sociaux des photos d’elles dénudées correspondant aux standards de beauté se livreraient à un acte féministe est donc, selon toute vraisemblance, erronée.

Il existe bel et bien des femmes qui posent nues dans cette optique féministe, mais leurs objectifs étant clairement différents, leurs photos le sont également, à l’instar de certains artistes qui publient des nus de « vrais gens »[40] pour expliquer que la beauté de réside pas uniquement dans les standards, ou qui veulent montrer que la diversité des corps ne remet pas en cause le désir[41], ou encore d’internautes qui montrent les réalités cachées dans les poses, les ombrages ou les traitements d’images qui masquent les imperfections bien réelles des modèles[42]. Dans ces cas, la démarche de déconstructions des standards imposés aux femmes est évidente.

Dans les photos « standardisées » dont nous parlons aujourd’hui, ce n’est nullement le cas. Et y apposer un caractère féministe peut finalement avoir un effet bien plus grave qu’il n’y paraît.

 

En justifiant par un mouvement de libération des femmes des actions qui leur sont en réalité néfastes, le public féminin peut y trouver une solution psychologique confortable, pour se revendiquer féministe tout en entretenant le standard de la femme objet, et s’épargner ainsi le lourd et douloureux travail de déconstruction qu’il implique, et conforter finalement le patriarcat actuel dans sa position. Pire, du fait de la disparition du caractère éprouvant de la lutte réelle contre le patriarcat, le public féminin peut se détourner des mouvements féministes qui combattent effectivement le phénomène de la femme objet, qui se retrouveront (si ce n’est déjà le cas) dans une position minoritaire, considérés comme extrémistes, ou tout simplement dilués et oubliés par le grand public.

 

Conclusion ?

A l’heure du bilan de cette analyse, il apparaît que l’argument de la liberté soit illusoire, à moins de penser très sincèrement que les jeunes femmes choisissent naturellement et par choix conscient et éclairé d’avoir les cheveux longs, et les hommes d’avoir les cheveux courts. Si l’on considère les résultats de la science en la matière, il nous faut accepter l’idée que nous sommes dans une certaine mesure (difficilement quantifiable) conditionnés à choisir telle ou telle chose, et ce quelle que soit notre conception personnelle de la liberté.

L’argument de la réappropriation sexuelle par les femmes est également fallacieux. La révolution sexuelle est passée par là depuis une cinquantaine d’année déjà, et aujourd’hui, seuls les représentants d’un conservatisme moral dépassé continuent de s’offusquer de l’indécence des photos érotiques. Le problème de l’objetisation sexuelle est bien plus d’actualité que celui de la confiscation sexuelle, et le premier entraîne des conséquences bien différentes du deuxième. Les démarches militantes doivent donc coller avec les problèmes de leur temps.

Célébrer la « beauté féminine » telle que véhiculée par la société en posant nue ne fait que confirmer l’idée que la beauté et la désirabilité sont correctement décrits par ces standards esthétiques. En quoi une femme qui ne correspond pas aux canons classiques se trouvera-t-elle confortée dans l’idée qu’elle peut être belle et désirable en regardant une photo et des commentaires qui lui valident comme « beau » les mêmes traits qui lui sont présentés dans la publicité et le cinéma, et qu’elle ne possède pas ? Enfin, en quoi ces photos promeuvent-elles une vision de la femme positive qui ne soit pas d’ordre esthétique et/ou sexuelle, et donc hors de l’objetisation standard qu’elles subissent ?

Enfin, la théorie des féministes 2.0 soutenant la liberté de poser nue des femmes s’appuie sur un dernier argument qui  pose question.  Dans celle-ci, les comportements négatifs suscités par les photos érotiques sont motivés par un diktat d’une société patriarcale qui refuse aux femmes une liberté dont elles peuvent pourtant jouir : celle de poser nue si elles le désirent, de coucher ou de refuser de coucher avec qui elles veulent, et ce sans rendre compte à personne. Mais en y regardant de plus près, quelque chose cloche dans ce raisonnement.

 

Car si la société actuelle est bien patriarcale en poussant les femmes se standardiser et à poser nues comme des objets de consommation charnelle, comment peut-elle en même temps inciter les hommes à rejeter cette sexualisation ? L’acceptation de la sexualité des femmes est en effet une condition sine qua non à cette objetisation, puisqu’on ne peut à la fois prôner le caractère sexuel d’un objet tout en niant l’existence de ce caractère. D’où vient donc cette idée, encore bien présente dans certains esprits, qui voudrait interdire aux femmes de s’exprimer sexuellement ?

Simplement du résidu du patriarcat pré-révolutionnaire, qui, bien que très minoritaire du fait des générations qui le séparent de notre époque actuelle, continue d’exister dans certaines niches de la société. C’est bien ce patriarcat, et non l’actuel, qui niait aux femmes leur sexualité. Celui d’aujourd’hui a au contraire besoin de la sexualisation de la femme pour la maintenir asservie.

 

Il y a donc bien 2 patriarcats, l’un conservateur et l’autre moderne. Le premier incite les hommes à dominer les femmes en les privant de leur sexualité, le deuxième incite les hommes à dominer les femmes en les réduisant à leur sexualité. Ce sexisme à deux facettes confère donc un caractère bancal à la théorie des féministes 2.0 dans son ensemble, car en ne considérant non pas deux adversaires patriarcaux, mais un seul, celle-ci se rend incapable de répondre correctement à une double opposition à un même acte : ceux qui s’opposent au fait que les femmes posent nues parce qu’ils nient leur sexualité, et ceux qui s’y opposent car ils refusent l’objectisation sexuelle dont les femmes sont victimes, y compris quand elles y participent elle-même de leur propre chef.

Et une observation que l’on peut faire au sujet de la théorie des féministes 2.0, c’est qu’elle écarte effectivement les critiques ou les expressions de déception de certaines personnes qui, sans être agressives envers les femmes qui posent nues, marquent leur désapprobation ou leur désaccord. Cette disqualification s’effectue soit en associant ces réactions à des petites expressions inconscientes du sexiste ordinaire, soit en les marquant comme « exceptions ultra-minoritaires » que l’on ne peut traiter comme un phénomène général.

 

Or, il est plus probable que cette opposition en soit en réalité une deuxième, bien différente de la première et pas si minoritaire que ça, et qui considère le fait de poser de manière érotisée comme une action qui valide les standards esthétiques et l’idéologie qui en est à l’origine, plutôt qu’il ne les combat. Seulement, il est bien difficile d’expliquer cette position dans le domaine restreint des espaces de commentaires des réseaux sociaux, d’une part car celle-ci résulte d’une analyse longue, et d’autre part car l’éventualité d’un débat d’arguments et de contre arguments peut sembler fastidieux et risqué lorsque l’on n’est pas soi-même doté de facilités ou d’armes dialectiques.

D’autant plus que les tenants de l’argumentaire de départ sont aujourd’hui nombreux, organisés, médiatisés, souvent dans des processus d’audovalidation bien installés, et peuvent être prompts, eux aussi, à l’ostracisation ou au mépris. Il n’est donc pas interdit de penser que ces derniers soient également dans une posture de résolution de dissonance cognitive, et que face au risque d’invalidité de leur théorie, et donc de potentielle remise en question de leur façon de penser le réel, ils préfèrent à leur tour rentrer dans une forme de déni et chercher à réduire au silence leurs contradicteurs. D’où la réaction de lassitude, et parfois d’énervement de cette deuxième opposition.

 

En suivant ce raisonnement, il est donc possible de reconsidérer l’analyse des positions de chacune des parties en présence, et de conclure à une situation de double opposition au discours du féminisme 2.0. L’une est une opposition purement sexiste et relevant du patriarcat historique, et l’autre est une opposition au patriarcat capitaliste moderne, et qui réunit peu ou prou les tenants de la théorie suivante :

 

« Le patriarcat actuel, bien que conservant l’idéologie fondatrice de la domination des hommes sur les femmes, n’est plus le même patriarcat que celui qui régnait avant la révolution sexuelle. Intégré dans un capitalisme omniprésent qui tend à faire de tout un objet de consommation pouvant s’acheter et se vendre selon le principe de l’offre et de la demande, ce nouveau système a récupéré l’idée de l’émancipation sexuelle des femmes pour en faire un objet marketing. La réussite de cette reconversion a permis d’installer durablement dans les esprits des populations occidentales et occidentalisées l’idée que le corps de la femme est un objet de désir, disponible à la consommation visuelle et/ou charnelle, et que correctement standardisé, celui-ci offrait de nouveaux horizons en terme de commercialisation, toujours plus rentable, d’une multitude de produits de consommation.

Socialement, cela se traduit par une attitude consommatrice des hommes envers les femmes, et d’une recherche permanente de validation de leur beauté et de leur désirabilité chez ces dernières. Cette dynamique entraîne un double effet bénéfique pour les dominants :

- d’un point de vue commercial, à travers la soumission des femmes à un grand nombre de diktats esthétiques, allant du maquillage aux lourdes opérations chirurgicales en passant par l’achat de vêtements spécifiques, ce qui leur demande une énergie et un temps qu’elles ne peuvent allouer à des combats d’émancipation.

- d’un point de vue patriarcal en installant les hommes dans une position de consommateur sexuel, donc de décideur, et les femmes dans une position de fournisseur sexuel, qui doit donc redoubler d’efforts marketing pour battre la concurrence et provoquer l’acte « d’achat ».

Cette même dynamique entraîne un grand nombre d’effets pervers, en particulier pour celles qui ne parviennent pas ou se refusent à rentrer dans ces standards, effets qui peuvent aller de simples regards curieux ou désapprobateurs jusqu’aux obsessions maladives et à la détestation de son corps, en passant par le fait de poser nue dans l’attente d’une validation sociale de leur beauté.

Les oppositions à cette analyse de la femme actuelle comme objet sexuel sont de deux ordres : l’une relevant du conservatisme moral qui voudrait rétablir le patriarcat d’avant la révolution sexuelle et qui ne peut que s’offusquer de la sexualisation des femmes, et l’autre, d’héritage féministe et voulant donc conserver les acquis de la révolution sexuelle, mais imprégnée d’un modèle capitaliste omniprésent qui prône à la fois la liberté totale d’action et le principe premier du marché de l’offre et de la demande, qui ne peut donc se résoudre à s’interdire certaines actions bien que celles-ci alimentent le patriarcat moderne, et s’oblige de ce fait à repeindre en tant que « féministes » des actions qui ne le sont en aucune manière, et qui se révèlent à long terme néfastes pour les femmes. »

 

 

Cette théorie, même si elle dérange du fait de la perte partielle de ce qu’on considère comme le libre arbitre et de l’implication de sortir du confort illusoire de la situation actuelle, semble expliquer un nombre de phénomènes bien plus important que celui de la théorie initiale.

Poser nue est-il féministe ? Selon cette deuxième théorie, non. C’est ce qui est esthétiquement mis en valeur à travers cette pose qui peut l’être, ou pas. Poser nue peut donc être féministe ou sexiste, et ce même si cette pose est « librement » consentie. Et dans le cas des photographies citées en début de texte, elles relèvent malheureusement de ce sexisme moderne qui tend à pousser les femmes à se dénuder pour jouir d’être considérées comme belles et désirables.

 

Mais alors, dans le cas de l’acceptation de la deuxième théorie, doit-on dire adieu au prochain achat de vêtement genré ? Doit-on s’empêcher de poser nue publiquement ? Doit-on renoncer à ses cheveux longs ?

 

Pas nécessairement.

Car il n’est pas de plus grande censure que celle qu’on s’impose soi-même, et les revirements extrêmes de positions peuvent souvent entraîner des effets contre-productifs, voire destructeurs. De plus, l'ampleur des conditionnements dont nous sommes les sujets est telle qu'il nous faudrait presque renoncer à tous nos objets de consommation genrés, tous nos actes non militant, à toutes nos relations sociales et ne montrer aucun signe de faiblesse face à la tentation omniprésente pour espérer éventuellement s'approcher un juor d'une forme hypothétique de non-conditionnement.

Il s’agit simplement de percevoir que la raison pour laquelle nous avons envie d’effectuer ces actions ne dépend pas de notre libre arbitre. En prenant conscience de cela, nous pouvons alors commencer à exercer celui-ci de manière relative, en choisissant ou non de répondre à notre envie, et accepter qu’en tant qu’humain, nous ne pouvons pas lutter uniformément et en permanence contre la totalité de nos conditionnements. Comprendre que l’on est conditionné à vouloir acheter un vêtement ne nous interdit en aucun cas de l’acheter malgré tout. Cela nous permet simplement de savoir qu’on l’achète pour une raison qui nous a été inculquée, non parce qu’on le désire objectivement, et ainsi d’éviter de le justifier auprès des autres d’une manière fallacieuse et d’entretenir une forme de déni collectif qui nous rend tous un peu plus vulnérables aux influences de la société de consommation. 

 

Et cette conscience du phénomène permettra, parfois, de remettre en question nos actions et de nous interdire, hommes et femmes, certaines pratiques évitables qui perpétuent, à leur échelle, un diktat sexuel omniprésent.   

 

PS : Ne suivant pas Emma CakeCup, je ne peux pas m’exprimer sur la qualité de son travail, mais en ce qui concerne Charlie Danger et sa chaîne Les Revues du Monde, je tiens préciser que cette analyse ne remet d’aucune manière en cause l’excellent travail que celle-ci fournit en tant que vidéaste. Le professionnalisme et la créativité de Charlie Danger sont à saluer, et je recommande sans modération de suivre sa chaîne, où elle vulgarise avec talent l’histoire et l’archéologie. Considérer que poser relativement découverte délégitime la qualité du travail qu’elle accomplit sur sa chaîne est d’une absurdité sans nom, et je me désolidarise d’avance de toute personne qui tiendrait ou sous-entendrait un tel propos.

 

Le lien vers la chaîne Les Revues du Monde : https://www.youtube.com/channel/UCnf0fDz1vTYW-sl36wbVMbg

 

 

[1] Charlie Danger (Les Revues du Monde) https://www.instagram.com/p/BieeQzqHaz0/?taken-by=charlie__danger

[2] Emma CakeCup (Chaine du même nom) https://www.instagram.com/p/BiRZZMDl6nf/?taken-by=emmacakecup

[3] Pour Emma CakeCup : http://www.madmoizelle.com/emma-cakecup-photo-nue-917087, pour Charlie Danger : http://www.madmoizelle.com/charlie-danger-seins-instagram-917875

[4] Féminisme dont la particularité est d’agir en priorité sur Internet à travers les réseaux sociaux, suivi par des femmes jeunes ayant intégré les codes du numérique. Incarné notamment, sans s’y limiter, par le site français madmoizelle.com et par des figures comme Marion Séclin, le féminisme 2.0 est articulé autour d’une communauté ouverte de blogueuses, de youtubeuses, d’influenceuses, de modèles, de chanteuses et d’actrices qui revendiquent une liberté et une égalité réelle des femmes par rapport aux hommes, tout en défendant la liberté individuelle de chacun. Pour les lecteurs avertis : https://journals.openedition.org/aad/2345

[5] Le blog https://antisexisme.net/, à titre d’exemple, est une mine d’informations, très documenté sur les ressorts du patriarcat, et soutenu par de nombreux écrits universitaires en sciences humaines et sociales.

[6] Le fil de commentaires sous l’article consacré à Charlie Danger est très riche de ce point de vue : http://forums.madmoizelle.com/sujets/charlie-danger-seins-nus-sur-instagram-defend-la-liberte-des-femmes.143313/

[7] La vidéos IDÉOLOGIE FÉMINISTE - Différences entre hommes et femmes de la chaîne Kriss Papillon est un bon exemple de contre-argumentaire qui peut contenir bon nombre de sophismes : https://www.youtube.com/watch?v=QSHCcFKoU90.

[8] Le dernier exemple en date en France étant l’adoption du mariage pour tous, mais historiquement, on peut également citer toutes les lois relatives à la fin de l’esclavage, aux droits des minorités ethniques et aux droits des femmes.

[9] Un panel de ces réactions dans le débat du mariage pour tous est consultable ici (Source Huffington Post) : https://www.dailymotion.com/video/xxe42k.

[10] Pour comprendre les mécanismes de l’argumentation, la chaîne youtube de Mr Phi est une référence, et en particulier sa playlist Logique et épistémologie https://www.youtube.com/watch?v=2DOYvDWZWwo&list=PLuL1TsvlrSnfFoWrxq-ai2tSWABRroQKT

[11] Comme l’a très bien exprimé cette militante de la manif pour tous : https://www.youtube.com/watch?v=a3WuxELOKJA

[12] A titre d’exemple, on peut parler de la pratique des jeux d’argent, considérée par certains comme l’exercice d’une liberté individuelle, et par d’autres comme le résultat d’une addiction incontrôlée entraînant des conséquences néfastes pour la victime ainsi que pour ses proches.

[13] Souvent, les conséquences néfastes le sont manière indirecte, ou sur une échelle de temps et d’espace tellement grande qu’elles ne sont pas perçues immédiatement par la population, comme dans le cas de la destruction ou de la pollution de l’environnement par exemple.

[14] Un billet et une vidéo de Science étonnante sont consacrés à cette notion de libre arbitre : https://sciencetonnante.wordpress.com/2012/03/05/le-libre-arbitre-existe-t-il/.

[15] L’expérience de Milgram a été reproduite un grand nombre de fois avec des variantes, qui informent sur les raisons qui ont poussé inconsciemment les sujets à infliger des tortures à des victimes supposées. Attention, de nombreuses études ont été menées par la suite qui relativisent l’importance des résultats de ces travaux, tout en ne remettant pas en cause le fondement de ceux-ci. https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Milgram

[16] Le Jeu de la Mort est disponible ici : https://www.youtube.com/watch?v=6w_nlgekIzw. Des critiques ont été émises sur le caractère peu représentatif de cette expérience, d’autres y ont vu la confirmation que la télévision jouait un vrai rôle d’autorité dans la prise de décision des populations.

[17] Lien suggéré par cet article scientifique de Hinsz, Matz et Patience (2001), Does Women's Hair Signal Reproductive Potential ?, Journal of Experimental Social Psychology : https://www.researchgate.net/publication/229136335_Does_Women's_Hair_Signal_Reproductive_Potential

[18] Outre les cheveux, de nombreux signes d’ouverture à l’autre et de séduction sont aujourd’hui étudié par les scientifiques, comme rapporté dans ce dossier de Futura-sciences : https://www.futura-sciences.com/sante/dossiers/biologie-dessous-seduction-1097/.

[19] Un exemple, mais sans s’y limiter : Normes sociales, normes morales, et modes de reconnaissance (2012), Pierre Livet : https://www.cairn.info/revue-les-sciences-de-l-education-pour-l-ere-nouvelle-2012-1-page-51.htm

[20] Un excellent témoignage de la blogueuse et médecin Jaddo, sur le moment où elle a réalisé l’emprise de ce conditionnement : Comment j'ai compris que le débat sur «Mademoiselle» et les jouets roses, c'est fondamental (2015) http://www.slate.fr/story/99699/vrai-cliches-egalite-hommes-femmes.

[21] Une très bonne vidéo de la chaîne Les Langues de Cha’ compile de nombreux résultats dans ce domaine : https://www.youtube.com/watch?v=7BfVA_tjxa8.

[22] « La langue est un fait social ». Rapports entre la linguistique et la sociologie avant Saussure, https://www.cairn.info/revue-langage-et-societe-2012-4-page-103.htm

[23]  M.McClure et al. (2004) Neural Correlates of Behavioral Preference for Culturally Familiar Drinks, Neuron, Volume 44, Issue 2, 14 October 2004, Pages 379-387 : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0896627304006129.

[24] Des enseignants qui posent nus pour lutter contre le dépouillement financier de leur système scolaire, des militants de la cause animale pour sensibiliser sur le commerce de fourrure, ou encore plus récemment, l’exemple des Femen, pour n’y citer que quelques-uns.

[25] Une analyse très complète et historique de ce phénomène : https://www.buzzfeed.com/daphneeleportois/pourquoi-le-teton-des-femmes-est-autant-erotise?utm_term=.nuR3xkJ0RY#.qo1qYO8r3X

[26] La précision « femmes occidentales » est formulée ici pour ne pas nier l’existence de la troisième vague féministe, qui concerne les femmes issues des minorités ethniques, justement à partir des années 80.

[27] Une chronologie de l’évolution de la sexualité dans les sociétés occidentales est assez bien résumée ici : https://www.scienceshumaines.com/la-liberation-sexuelle-et-ses-lendemains_fr_2582.html.

[28] Voir le récent documentaire Propanganda- La fabrique du consentement de Jimmy Leipold sur ARTE : https://www.youtube.com/watch?v=FPbxJV4QKso

[29] Les pages de références citées dans l’article de Wikipédia sont de bonnes sources de lectures : https://fr.wikipedia.org/wiki/Porno_chic

[30] Taper le nom d’une actrice suivie du mot « sexy » ou « hot » dans google image en est une parfaite illustration. Leurs homologues masculins n’ont pas le même traitement. En prenant l’exemple d’un duo récent du cinéma, Chris Pratt et Zoe Saldana, cette différence apparait clairement : les clichés dénudés de Chris Pratt son issus de ses films ou de photos non officielles, quand celles de son homologue Zoe Saldana sont des poses volontaires.

[31] La phrase « Le corps des femmes n’est pas une marchandise », reprise par de nombreuses associations féministes qui luttent contre l’hypersexualisation des femmes et l’utilisation qui en est faite dans la publicité.

[32] En démontre le discours du député Polonais Janusz Korwin-Mikke au parlement européen en 2017 : https://www.youtube.com/watch?v=xt5dA6PZVcA

[33] A travers notamment le concept du corset invisible, issu de l’ouvrage « La Domination masculine » de Pierre Bourdieu.

[34] Une petite bande dessinée sur le site Positivr.fr fait un bel état de cette situation de souffrance vis-à-vis des standards de beauté, Souffrir pour être belles a été réalisée par Marine Spaak (Dans Mon tiroir) pour le magazine féministe Femmes Plurielles : https://positivr.fr/souffrir-pour-etre-belles-bande-dessinee/

[35] Toujours dans le dossier de Futura-sciences, une étude statistique révèle les « atouts » mis en avant par les femmes pour séduire, tous en rapport au physique, au sexe ou la valorisation de l’homme : https://www.futura-sciences.com/sante/dossiers/biologie-dessous-seduction-1097/page/9/

[36] La comparaison de la femme à un objet de consommation est relativement fréquente, dans les publicités évidemment, mais également dans les productions de la pop-culture comme la série How I Met Your Mother dans cet extrait : https://www.youtube.com/watch?v=wbMrc2_tXUU

[37] Un conseil de lecture (très long, mais très documenté) sur l’impuissance et la beauté féminine : https://antisexisme.net/2016/01/02/impuissance-01/

[38] Cette même pop-culture joue également un grand rôle dans la normalisation de la satisfaction des femmes à être désirable aux yeux des hommes, toujours dans la même série : https://www.youtube.com/watch?v=kxnFLOA9PVc

[39] Culpabilisation détaillée ici, par exemple : https://www.cairn.info/revue-travail-genre-et-societes-2004-2-page-55.htm

[40] Un exemple parmi tant d’autres, le photographe Arnaud Bertereau qui a exposé les photos de 50 « vraies » femmes sans retouche : http://www.paris-normandie.fr/region/rouen--le-vrai-corps-feminin-mis-a-nu-IF11508909.

[41] Les clichés de Jade Beall par exemple : https://www.huffingtonpost.fr/2016/06/30/poser-nu-photo-lettre_n_10717000.html

[42] La fitness girl et modèle imrececen qui poste régulièrement des comparaisons entre ses photos « réussies » et la réalité de son corps : https://www.instagram.com/p/BQ-Fy2dAyN2/.

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