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Billet de blog 11 juin 2015

labourage et pâturage

alexandre fabry
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Il est des noms qui nous semblent aujourd’hui innocents mais dont la banalité même masque une origine plus tourmentée. Prenez la Suisse : la simple évocation de ce nom amène à notre esprit des images paisibles et bucoliques. Pourtant, elle cache une violence intrinsèque et originelle. Je ne parle pas ici de la prestation de ses ressortissants sur la terre battue parisienne, même si la violence infligée aux petites balles jaunes témoigne bien de ce caractère helvète, mais du pays dans son ensemble qui, s’il est aujourd’hui synonyme de calme et de neutralité, est en fait une terre de sauvagerie et de férocité : « Suisse » est issue de « Schwytz », du nom de la tribu qui, s’alliant avec Uri et Nidwald en 1291, donna naissance à ce qui deviendra la confédération helvétique ! Or, la désignation du pays par le terme Schwytz était une manière de dénigrement, ceux-ci étant réputé être particulièrement barbares et cruels ! Etymologiquement, Schwytz vient même du haut-allemand « suedan » signifiant brûler, car ils étaient connus pour mettre le feu aux forêts à des fins d’agriculture !

Ce retour dans le passé linguistique nous dévoile un autre oxymoron caché, celui-là même que Maximilien de Béthune associé au pâturage -alpin, il va sans dire- pour en faire les mamelles de la France. Car le labourage cher à Sully, s’il charrie avec lui l’image bucolique du champ que des bœufs traversent lentement pour créer de vastes sillons propre à accueillir le bon grain, est en fait une manière de violence faite à la terre et à la vie. Cette pratique, bien que multiséculaire, contribue à l’appauvrissement des sols et renforce la nécessité d’un enrichissement artificiel et issu d’apports extérieurs. Les socs, araires, coutres ou charrues, en retournant la terre, détruisent l’habitat et la vie de nombreux animaux au rôle pourtant essentiel tel l’ensemble de la famille des lumbricina et leurs commensaux mycellaires. Car la richesse d’un sol et, partant, sa fertilité et l’abondance de la production, est d’abord lié au travail des lombrics et autres vers fouisseurs qui, digérant la matière organique en décomposition, la transforme en matière fertile propre à donner la vie. Le labour, en détruisant ce milieu, impose à l’agriculteur d’apporter à son sol ce qu’il en retire, grâce à force épandage d’engrais organique ou chimique.

Il est pourtant possible de cultiver sans détruire le sol, en participant au contraire à sa régénération permanente. La permaculture, en laissant le sol en état, participe du processus naturel et en tire de meilleures ressources. L’agroforesterie également, qui privilégie la culture des arbres et autour des arbres à celle sur des terres dénudées et retournées. Cette dernière, associée à la pratique du brûlis cher à nos amis schwytz, a d’ailleurs contribué à la désertification de ce qui fut, au néolithique, le croissant fertile. Si le nord du pourtour méditerranéen en a réchappé, c’est grâce à l’olivier dont la culture a ralenti la diffusion de cette pratique pyrophile.

Aujourd’hui, les nouveaux brûlis sont chimiques ou génétiques, mais comme les suedans, ils se cachent sous des noms et des pratiques d’apparence innocente… Mais il ne faut pas s’y fier, car comme le Suisse dissimule un barbare violent, le labour escamote une agression pédologique, une attaque en règle contre la terre, fut-elle battue. D’ailleurs, sous celle-ci, nulle trace de vers ou de lombric… Or, n’est-ce pas un Suisse qui vient de s’y illustrer ?

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