Bienvenue au Moyen-âge

La sortie prochaine de la saison 5 de Game of Throne, sur HBO nous rappelle que depuis des années, les fictions ou les jeux de rôle, qu’ils soient de plateau ou en ligne, ont remis le Moyen-âge à l’honneur. Un Moyen-âge mythifié, plus proche de Tolkien que de Jacques Le Goff, mais un Moyen-âge tout de même, avec ses chevaliers, ses paysans, ses seigneurs, ses religions et ses territoires en lutte.

La sortie prochaine de la saison 5 de Game of Throne, sur HBO nous rappelle que depuis des années, les fictions ou les jeux de rôle, qu’ils soient de plateau ou en ligne, ont remis le Moyen-âge à l’honneur. Un Moyen-âge mythifié, plus proche de Tolkien que de Jacques Le Goff, mais un Moyen-âge tout de même, avec ses chevaliers, ses paysans, ses seigneurs, ses religions et ses territoires en lutte. Un âge où la nation n’existait pas, où la vie se déroulait au sein de sa communauté, à l’intérieur de sa caste, dans un espace limité par les interdits sociaux et religieux.

 Un monde où quelques puissants disposaient d’un pouvoir qui n’avait pour limite que la volonté d’autres puissants, générant des luttes dans lesquels ils n’hésitaient pas à sacrifier les hommes ou les biens dont ils avaient la charge. Un temps où les écarts entre riches et pauvres étaient abyssaux, où les puissants accumulaient les privilèges qu’ils s’arrogeaient eux-mêmes, chargeant le reste de la population de travailler pour leur seul profit, contrepartie d’une hypothétique protection que les seigneurs assuraient en sacrifiant souvent ceux dont ils devaient pourtant assurer la sécurité. Un temps où l’élite médiévale, l’oligarchie caractéristique du système féodal, était mondialisée, se jouant de frontières mouvantes, voyageant ou s’établissant à travers toute l’Europe quand l’immense majorité des hommes était sédentaire, liée à sa terre et ne se déplaçant que fort peu.

 Un Moyen-âge où les religions n’étaient pas la marque, l’incarnation d’une transcendance, mais des outils au service d’un pouvoir temporel, faisant fi des croyances et des rites. Un temps où l’on passait de catholique à protestant, de tel pape à tel autre au gré des alliances entre rois et seigneurs, des frustrations personnelles ou des possibilités d’ascension sociale, parce qu’après tout « Paris vaut bien une messe ». Un temps où les religieux prétendaient dicter aux autres les normes de la vie sociale, du bien et du mal, de la manière de naître et de mourir. Un temps où, au nom de la foi et de la lutte contre l’hérésie, les Bernardo Gui n’hésitaient pas à torturer et à tuer, où vaudois et cathares, templiers ou béguines, juifs, musulmans ou simples adversaire de la couronne étaient condamnés au bûcher par d’impitoyables Tomas de Torquemada et où d’improbables prédicateurs incitaient à la guerre sainte.

 Un temps où les villes, dans leur organisation politique, sociale, culturelle, bâtissaient une société en archipel, se répondant l’une l’autre et construisant un développement autocentré. Une manière de métropolisation dont les villes de Toscane, Florence, Pise, Sienne ou Lucca, sont les meilleurs exemples, conservant jalousement leur indépendance par des systèmes de gouvernance innovant, réinventant la République et ouvrant une nouvelle période artistique. Un temps où d’autres villes encore, dominées par la bourgeoisie, s’associaient, à l’image de la ligue hanséatique, de Hambourg à Lübeck, pour donner naissance à des échanges marchands internationaux et florissants.

 Un temps où une langue internationale supplantait les parlers vernaculaires, maitrisée par une élite qui l’utilisait indifféremment à Paris, à Florence où à la cour de Frédéric 1er de Hohenstaufen. Un temps où une évolution technologique, l’imprimerie, permit une accélération de la diffusion des idées et transforma durablement l’accès au savoir et la forme même de la langue. Un temps où les textes étaient sans auteur ou presque, pris dans une logique de diffusion où chacun ajoutait sa patte, biffait ou commentait, où un texte évoluait au gré de sa diffusion, dans une logique « collaborative », où le polygraphe s’effaçait devant le collectif.

 Un temps sans, évidemment, aucun point commun avec le nôtre, tellement différent qu’on peine à le comprendre…

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