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Billet de blog 26 mars 2018

Desseins, Dessins, Designs (DDD), d'Agnès Callu & Philippe Kong

Débat entre Agnès Callu et Philippe Kong, à l'occasion du séminaire "Desseins, Dessins, Designs (DDD) : Epistémologie du dessin: concepts, lectures et interprétations, XIX-XXIès", École des chartes, Paris, mars 2018

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Le débat du jour débute sur la question du rébus, un dessin qui est en même temps un phonème, porteur de sens, a posteriori. Le dessin porte-t-il la trace d’un déterminisme ? Bourdieu ou Marx peuvent-ils apporter une explication ontologique à l’esthétique et à la psychanalyse ?

Dans un article du Guardian, on découvrait récemment, à grand renfort de légendes urbaines, divers points de vue sur l’interprétation des dessins de rêves. L’inachevé révèlerait l’échec, le dessin terminé: une réussite, la nuit: l’argent ou la fiscalité, le noir: un impedimenta, le plan: une mauvaise nouvelle, le carton: un projet ajourné, la table: un projet in progress, le cadre: une spiritualité, un autoportrait de soi dessinant: un Am(o)ur de l’art.

Au commencement, Freud décrit l’inconscient comme le travestissement d’un souhait qui prendrait la forme d’un puzzle, dont les lignes aux extrémités révèleraient les failles du traumatisme. Adler s’interroge sur les déterminismes sociaux des rêves. Stekel voit dans l’érotisme urinaire une référence à la mort et à la religion. Jung, un matériel collectif, mythologique et archétypal. Lacan, voit le désir comme désir de l’autre, produisant des effets signifiants, des jeux de mots, des combinaisons, des collages linguistiques pour établir la primauté du signifiant et se déprendre d’un savoir factice. 

La neuropsychiatrie cherche dans l’imagerie cérébrale une activation synthèse pour comprendre les troubles neurologiques. Pinto évoque les langues non alphabétiques, critique l’erreur de l’interprétation des lettres en temps que dessin et cherche des déchiffrements contextuels avec de faibles translitérations. Sara Julidani, spécialiste milanaise de Proust, étudie la « ressemblance dissemblable », et Didi Huberman, l’Untformen, qui transforme et déforme.

Philippe Kong, psychanalyste également doté d'un DESS de psychologie comportemntaliste, et d'un DEA et un doctorat de psychanalyse auprès de Paul Laurent Assoun. il a oeuvré à la protection de l’enfance chez Olga Spitzer et travaillé comme psychothérapeute auprès d'enfants dans divers CMPP. Trois ruptures dans sa vie : l’exil de Chine de ses grand parents et la survie au génocide khmers, la carrière dans le nucléaire puis dans la psychologie et psychiatrie ; et enfin la psychothérapie avant la psychanalyse avec Philippe Julien. 

Il évoque le cas d’un dessin d’enfant représentant la nuit par une d'encéphalogramme accéléré et le cas du fils d’un grand réalisateur étrangleur. Mais il s’arrête et coupe court au débat : l’analyste n’a pas à interpréter, ni les dessins ni les rêves, qui produisent un sujet, durant la formation de l’inconscient. Il doit chercher une chaîne signifiante. Extraire S1 et S2.

S1 est le signifiant maître. Il est statique et se situe au delà du signe. Il représente l’amour et se décrit sous la forme d’une métaphore.

S2 est le signifiant du savoir. Il est en mouvement (ce qui court) et se situe en deçà du signe. Il représente le désir et se décrit sous la forme d’une métonymie.

Agnès Callu évoque l’intérêt d’archiver son expérience dans un journal intime, tout en organisant sa vie sans téléphone portable. Philippe Kong répond que trop de questions et d’interprétations tuent le désir. 

Un seul objectif : il faut trouver le réel dans le rêve, la lettre, son scénario. La lettre est ce qui fera son style. Elle évoque le cas de gens qui ne rêvent jamais qui vit dans la dénégation. Le rêve revient en analyse tout comme l’inspiration du dessinateur dont le dessin n’est plus forcément sans intérêt.

L’enfant dessine avant de parler et l’image précède le langage. Le mot vient tuer la chose. (Même si au commencement était le verbe) 

On évoque le Sinthome ou la suppléance, où se nouent le Symbolique, l'Imaginaire et le Réel (RSI), que Lacan écrit parfois Saint homme ou Saint Thom (Des sains, des seins, des saints), l’oeuvre d’art, l’effet d’écrit, qui permet la sortie de la cure par l’identification au symptôme, réussie chez Joyce (Ulysse) et  ratée chez Beckett (Godot). 

Le suicidaire souffre et agonise. Le suicidé n’a plus de mots, tant il souffre. Il produit un acte manqué qui ne rate pas, un discours et un acte réussi à la "beauté contagieuse" qui ne lui laisse que le beau, le sublime, entre la mort et la vie, comme barrière à la dignité de la Chose réelle. 

Christophe Gerbaud évoque le Souvenir d’enfance de Léonard de Vinci dont Freud disait qu’il avait « converti sa sexualité inachevée (infantile) en une pulsion de savoir (plutomythique) .»  

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