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Billet de blog 12 avr. 2022

« Faites mieux... » - Pensées d'un jeune

Si l'assemblée se met à l'applaudir, pour moi, le raffut s'amenuise puis, c'est le silence d'une nuit. Je n’entends plus. C'est un froid. Une fin sombre, une fin muette. Ce billet décrit ma réaction, celle d'un jeune parmi des milliers. Une interprétation personnelle du discours de Jean-Luc Mélenchon au soir du 1er tour.

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20h01 - la douche froide, pas tant pour les résultats que l'implication de ce vote sur les jeunes générations et celles à venir. Peu importe leurs idées, leurs milieux sociaux, leurs couleurs de peau, leurs religions ou leurs nationalités. Ce ne sont plus des choix individuels qui comptent, comme les néolibéraux aiment à nous le marteler. Le périmètre de l'écologie dépasse la famille, le quartier, la ville, la nation. Il est mondial.

L'écologie est le plus grands défis que l’humanité ait eu à affronter. L'inertie de notre société, les dégâts intangibles d'aujourd'hui ne permettent de réagir "au pied du mur". La perte de confort, de pouvoir d’achat, l'instinct de survie du système néolibérale sont d'autant d'obstacles aux changements.

L’élection à la présidence de la République a confirmé que l'écologie prend une place importante pour les jeunes. Petit à petit, elle se développe. Les discussions se diversifient. Il n'est plus seulement question de trier ses déchets ou d'éteindre la lumière, il est discuté de décarboner, de sobriété, de souveraineté, de place dans le monde, de relation à l'autre. La beauté de la question écologique repose sur sa nécessité de la penser au global. Tous les thèmes sont abordés : industrie, urbanisme, transport, pouvoir d'achat, géopolitique, énergie, immigration, économie ou solidarité. Les amoureux de la politique vous diront qu'une fois que l'on rentre dedans, tout n'est plus que politique.

Peu de choses sont aussi stimulantes, d'autant dans un monde nécessitant une transformation systémique. Des esquisses sont portées par quelques candidats. Abordant, tous, au moins une fois l'écologie. Il n 'est plus aujourd'hui question de nier la problématique, il ne faudrait pas passer pour un climatosceptique. Ce n'est pas bon électoralement.

Je voyais en certains candidats un avenir, solidaire, d'entraide, pour les jeunes un souffle d'espoir. L'Avenir en commun porté par Jean-Luc Mélenchon en faisait partie.

Cette vision de l'écologie donnant espoir concordait avec le nouveau rapport du GIEC qui, lui, est sans appel : les émissions de GES doivent atteindre leur pic au plus tard en 2025 avant d’être diminuées de 43% pour 2030 . Ceci pour rester sous la barre des 1,5 °C. Cette présidentielle est d'une importance capitale. Macron ayant détruit les partis traditionalistes, polarisant les opinions, les cartes auraient pu être rebattues.

Malgré la défaite de la pensée sociale-écolo, je n'en reste pas moins optimiste, pensant que nous avons tout de même le temps, plus tard, pour l'écologie. Que nos ainés et nos parents ne sont pas prêts, qu'il faut attendre, encore.

Une tirade m'a profondément marquée, celle clôturant le discours de Jean-Luc Mélenchon au soir du 1er tour. Avant, un discours motivant les troupes. La bataille est perdue mais pas la guerre, rappelant que le bloc social est toujours présent malgré l'effondrement du parti traditionnel. C'est un discours enflammé, plein de convictions, d'applaudissements, de cris et d'union. A tout cela, il y a une fin.

L'assemblée assistant au discours se focalise à nouveau sur Jean-Luc Mélenchon qui termine son discours solennellement: « Alors bien sûr ! Les plus jeunes vont me dire : eh ben on n'y est encore pas arrivé ? C'est pas loin... Faites mieux... Merci. »

Les acclamations reviennent de plus belle avant que le candidat ne quitte la scène. Si l'assemblée se met à l'applaudir, pour moi, le raffut s'amenuise puis, le silence d'une nuit. Je n’entends plus. C'est un froid. Une fin sombre, glaçante comme le voile de l’hiver s’ôtant d'un tabou. Une fin muette, qui ne dit pas ce qu'elle est. Seules ses dernières paroles résonnent en moi, comme celle d'un proche que l'on perd. Faites mieux. Je me suis senti comme un enfant dont les parents proclamaient dans un dernier éclair de lucidité : « Désolé, faites mieux ». Faites mieux. J'ai senti pour la première fois l'héritage des choix de nos ainées, de nos parents. Un ultime au revoir avant de nous souhaiter bon courage, avant de nous laisser seuls. Seuls face aux défis, seuls face aux contraintes, seuls face aux dégâts. Seuls face à ce qui ressemble à une fin du monde. Quel monde va-t-on laisser à nos enfants ? Disaient-ils. Plus le temps passe plus l'avenir prend l'esquisse du chaos. C'est du moins ma conclusion  et celles des jeunes que je fréquente. Retour sur terre et gueule de bois, le néolibéralisme restera au pouvoir, l'extreme droite est le plus gros parti de France.

Le désir est l'essence même de l'homme, c'est à dire l'effort par lequel l'homme s'efforce de persévérer dans son être. Mon désir, aujourd'hui, était cet avenir vert et solidaire. Le Désir étant l'essence de l'homme. Sans cet avenir j'ai perdu une part de mon humanité.

Bon courage à toutes et à tous.

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