Brest - "Fermez le ban", vraiment ?

Pour justifier l'importante aide publique allouée aux Fêtes Maritimes de Brest (1.2 M€ budgétés par la Métropole pour le seul budget 2016), François Cuillandre, maire PS de la ville, vante à qui veut l'entendre la publicité nationale qu'elles apportent à la métropole. L'édition 2016 aura bénéficié d'un coup de projecteur un peu particulier.

 Le 8 juillet dernier, Marianne consacrait à l'évènement deux pages titrées « Brest : avis de gros temps sur la mairie ». Un article exprimant de sérieux doutes sur le marché confié à Rivacom, filiale du groupe Le Télégramme, par l'association Brest Evènements Nautiques, dont François Cuillandre est le président, et sur les véritables raisons du licenciement de François Arbellot, directeur de Brest Evènement Nautique, remplacé, à quelques mois des fêtes, par Marc Matthieu, chef de cabinet du Maire. Un jeu de chaises musicales déjà observé lors des deux éditions précédentes…

Un papier passé sous silence par la Presse Quotidienne Régionale, et à peine évoqué lors d'un entretien télévisuel mené par Hubert Coudurier (directeur du Télégramme), où les deux hommes se borneront à mépriser « l'oreille complaisante » accordée par Marianne à François Arbellot…

Faute de relais dans les médias locaux traditionnels, l'information sera, tout au long de l'été, diffusée aux brestois par le biais des réseaux sociaux, d'un site indépendant d'information locale, et de séances de distributions de l'article à la population. Elle le sera également, le 7 septembre, via le blog de Julie Le Goic, unique élue d'opposition de gauche au sein du Conseil Municipal de Brest.

 

Le 30 septembre, le conseil des Prud'hommes de Brest s'est déclaré compétent pour juger l'affaire Arbellot/Cuillandre (audience prévue en mars prochain), et a d'ores et déjà condamné Brest Evènements Nautiques à 15.000 € de dommages et intérêts pour procédure dilatoire.

Par un savoureux concours de circonstances, le même jour, Julie Le Goic recevait un courrier de François Cuillandre.

Six pages fourre-tout, mélangeant justifications superficielles, attaques personnelles maladroites, menaces infondées, détestation de « l'ultra gauche », des médias indépendants et des réseaux sociaux. Si l'on reconnaît, par moments, le style et les tournures de phrases du maire, certains passages peuvent laisser penser que ce pamphlet incohérent a été écrit à plusieurs mains.

Après s'être assurée de la légalité de sa démarche, Julie Le Goic a choisi de rendre public ce courrier. Extraits choisis.

 

« J'ai hésité à vous répondre car ce que vous cherchez n'est pas la vérité mais à essayer d'exister en faisant de la politique politicienne de bas niveau et peut-être vous faire pardonner par les réseaux d'ultra-gauche d'avoir collaboré avec l'ennemi. ».

Ultra gauche…

Un terme traditionnellement utilisé par la fachosphère, mais que d'autres ne rechignent pas, on le voit, à reprendre à tort et à travers. C'est ainsi que furent qualifiés, dans Le Télégramme, les 70 manifestants qui tentèrent, le 24 septembre, de perturber l'étape brestoise de l'Université d'Eté du Parti Socialiste. Point de « groupuscules d'ultra gauche », pourtant, mais une union de déçus du socialisme, d'anti-aéroports de Notre Dame des Landes, d'opposants à la Loi Travail et de membres de divers collectifs citoyens…

 

« La nomination de Monsieur Mathieu comme directeur général de BREST EVENEMENT NAUTIQUE n'a rien d'une faveur pour ce dernier, contrairement à ce que vous insinuez, tant il est vrai qu'il a dû pendant plusieurs mois travailler considérablement, souvent jusqu'à 23h, pour permettre la réussite des fêtes (...) »

François Arbellot remplacé au dernier moment par un proche du maire, certes, mais un proche QUI FINISSAIT TARD SES JOURNEES. Le citoyen est en droit de juger cet argument indigne d'un juriste.

 

« Pour ma part, je souhaite attirer votre attention sur une valeur qui fonde la vie collective et qui est aujourd'hui bien fragilisée avec la multiplication des réseaux dits sociaux que vous adorez : celle du respect humain. »

Un des sujets favoris de François Cuillandre : sa détestation des réseaux sociaux. Pas une interview qui ne lui donne l'occasion d'en faire part, avec, comme point culminant, cette interview donnée à Tébéo en juin 2015.

Bien qu'y jurant, la main sur le coeur, ne pas disposer de compte Twitter, le maire a pourtant confié les clés de FCuillandre à une « équipe du compte Twitter », et peut compter sur celle de BrestFr pour donner ou reprendre l'accès à l'information municipale, comme on donne des bons ou mauvais points aux flagorneurs ou aux détracteurs.

 

« Je pourrais rechercher votre responsabilité personnelle pour avoir tenu des propos aussi outranciers, injurieux ou diffamatoires. Certains le font sous l'anonymat le plus total, planqués derrière leur ordinateur. (…) Et leur prose ressemble étrangement à celle d'un autre site de corbeaux : « Breiz atao » ! »

Brest Médias Libres, jeune webzine brestois, se retrouve comparé à un site plusieurs fois condamné de la fachosphère bretonne. Son tort ? Avoir évoqué l'article de Marianne. A la différence du Télégramme, qui n'a à ce jour, pas évoqué l'affaire. A la différence du Ouest France, qui a patiemment attendu la fin des fêtes maritimes pour... se cantonner à un copier/coller d'un publi-communiqué du maire adressé par mail aux élus brestois (sauf à Julie Le Goic, qui eut l'honneur de se voir adresser ledit communiqué par mail ET se le voir remettre en mains propres, par chauffeur. Motif invoqué : « vous ne souhaitez plus m'a t'on rapporté, utiliser votre mail d'élue… Les autres destinataires l'ont reçue par cette voie ! ». Première tentative d'intimidation ? Julie Le Goic a d'ailleurs publié sur son blog une capture d'écran dudit mail, envoyé… et donc reçu.)

 

« Tout d'abord si les conditions de départ de Monsieur ARBELLOT vous sont apparues floues, cela tient au fait que ce Monsieur a largement diffusé des informations très partielles et largement inexactes, sur les conditions de son départ. »

Si ces conditions, et nombre d'autres zones d'ombres liées à Brest 2016, apparaissent floues, c'est aussi parce que le maire, interpellé à de nombreuses reprises en Conseil Municipal sur ces sujets, s'est toujours résolu à balayer d'un revers de main les interrogations soulevées. « L'essentiel est que le public s'amuse, le reste n'est qu'anecdote. » «Ces attaques glissent sur moi comme l'eau sur les plumes d'un canard » : telles sont les réponses argumentées et chiffrées censées lever les doutes émis par l'opposition…

 

« Vous produisez l'allégation suivante :

« En mai, nous apprenions qu'un entrepreneur, réputé proche de François Cuillandre, avait acheté en 2015 un vignoble Montagne Saint Emilion, qui justement se trouvait « vin exclusif » de Brest 2016. » »

Et François Cuillandre de contester, sur cinq paragraphes, le terme de « vin exclusif de Brest 2016 », visible sur le site officiel de Jura Plaisance, dans un article étonnamment supprimé (comme toute mention à Brest 2016)… mais que l'on peut toujours retrouver sur le site officiel des fêtes maritimes (dont nous avons pris soin de prendre les captures d'écran, sait-on jamais…). Pour l'explication de l'un de ses proches, propriétaire récent d'un vignoble qui se retrouve propulsé, quelques mois plus tard, fournisseur officiel de l'évènement, il faudra sans doute repasser.

 

« J'attire votre attention sur le caractère diffamatoire de vos propos et je me garde la possibilité de les traduire, le moment venu, en justice en assortissant la poursuite pénale d'une demande de dommages et intérêts ».

Les propos incriminés n'étant que le parfait reflet du travail journalistique entrepris par Marianne, il est surprenant que les menaces de procès ne leur soit pas adressés, mais réservés aux élus qui s'en font le relais.

Par peur qu'une éventuelle procédure, vouée à l'échec, contre un hebdomadaire national, soit médiatisée au-delà des frontières locales ?

 

Dès le lendemain, Julie Le Goic apportait une courte réponse à ce courrier.

Où elle renvoie François Cuillandre au "Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales", qui précise ceci : « Qui est l’objet d’un doute, faute d’éléments suffisants d’information . »

 

« Fermez le ban »… jusqu'à mercredi, date du Conseil Municipal de rentrée ?

 

 

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