Le printemps brûle

Témoignage d'un cauchemar à Saint-Emilion, mercredi 7 et 8 avril 2021.

8 avril 2021 © photo personnelle 8 avril 2021 © photo personnelle

Au environ de 7h, une odeur de fumée réveille mon compagnon et moi-même malgré les volets et les fenêtres fermées. Nous habitons une location dans un petit bourg tout près de Saint-Emilion. Nous entendons le bourdonnement constant d'avions, je pense immédiatement à un incendie. Les Canadair doivent sûrement quadriller la zone afin de maitriser le feu. Ces derniers jours sont venteux et les sols sont plutôt secs, d'autant plus que 300 hectares sont partis par les flammes le week-end dernier https://www.francebleu.fr/infos/.

Mon compagnon s'apprête à partir au boulot, je décide également de m'habiller et de préparer mon sac dans l'éventualité de devoir évacuer en urgence. Aucun doute ce n'est vraiment pas loin. Curieux de savoir ce qui se passe dehors, il sort une minute à peine et revient avec les vêtements imprégnés de cette même odeur du fumée mais bien plus forte. Il me raconte éberlué que les vignes qui nous entoure ne sont plus visibles mais n'en sait pas plus. Il part travailler et découvre sur la route des hélicoptères volant bas sur les exploitations, des bottes de paille enfumées ainsi que des flammes alignées dans les rangs de vignes.

The Huffington Post expose la situation dans son article intitulé Les viticulteurs se démènent pour empêcher leurs vignes de geler et c'est spectaculaire " ... certains viticulteurs décident d'embraser de la paille entre les allées de leurs vignes. Ils mettent le feu dans des braseros pour éloigner le gel de leurs plantations . Cette technique permet au fil des heures de créer un nuage ...". Ce choix est imposé puisque l'espace concerné est également notre cadre de vie. Je suis directement impactée sans une quelconque information au préalable, notamment les risques que peuvent engendrer l'inhalation de ces fumées.

Je me pose des questions en ce contexte de pandémie (article de Amélie Poinssot du 12 avril 2020 La saison d'épandages agricoles commence au risque d'aggraver l'épidémie ), soucieuse de la loi climat en cours, voyant ces nuages anthropiques sur le territoire agricole de nos campagnes girondines. Ça me désole de nous exposer à un potentiel danger (rapport de juillet 2016 ADEME; Solutions alternatives au brulage à l'air libre des déchets verts) pour protéger les récoltes de ces châteaux de renoms contre des gelées de saison. Ils ne font cas ni de la sécurité de leurs employés, ni des gens du territoire.

Aujourd'hui encore, où est le ciel bleu immaculé de ce début de printemps, volé. Je me vois obligée de fuir la vallée en quête d'air frais pour la promenade du chien, mais où puis-je aller, sur 10km, je me sens oppressée, piégé par le nuage de fumée qui s'étend à perte de vue. J'apprends de mes proches que le Sauternais et le Médoc sont dans la même situation. Un voile gris embrume l'horizon alors je marche dans la forêt masquée refusant de respirer à plein poumons cette grisaille. Ma marche s'accompagne d'un mal de tête, d'une gorge sèche et de larmes devant ce spectacle déconcertant que je ne peux ignorer. Deux jours, deux jours de trop a étouffer. Et demain?

Maëlle

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