Zemmour ne dérape pas: il milite pour l’extrême-droite

Eric Zemmour, chroniqueur d’extrême-droite exerçant sur la chaîne C-News, est au cœur d’une polémique suite à des propos ignobles tenus à l’encontre des jeunes mineurs isolés.

Sans hésiter « l’éditorialiste » de l’émission Face à l’info a affirmé que les jeunes migrants (et plus précisément les mineurs isolés, car c’était le sujet du débat) sont des voleurs et/ou des violeurs : « Les jeunes issus de l’immigration (…) ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c'est tout ce qu'ils sont. ».

L’absurdité et la violence de ses propos ont, à juste titre, créé des réactions d’hostilités.

Il est effectivement urgent de s’opposer à la parole de Zemmour. Mais il n’aurait pas fallu attendre cette énième sortie pour enfin comprendre qu’il est un militant médiatique de l’extrême-droite et que la chaîne C-News l’aide à distiller sa propagande. Depuis des mois, et ce chaque jour, Eric Zemmour bénéficie d’une tribune libre, sans aucune contradiction, dans l’émission présentée par Christine Kelly nommée Face à l’info. Il y est présenté comme un « éditorialiste ». Habitués du plateau, nous retrouvons également l’économiste Éric de Riedmatten, en bon défenseur de l’idéologie néolibérale, et le pitoyable pseudo-historien Marc Menant, contant l’histoire des « grands » qui « firent le monde », avec son lot de sexisme (l’usage permanent du terme « gourgandine » étant, notamment, sa marque).

Bref, c’est tout un décor de l’extrême-droite à la sauce C-News que l’émission Face à l’info. Christine Kelly, présentatrice, représentante, normalement, de la « neutralité journalistique » (pour ce que cela veut dire), est dans une partialité connivente avec Zemmour. Tentant à peine de le raisonner (parfois) en l’appelant à de la nuance (alors même que celui-ci balance des propos racistes), mais en affirmant, dans le même temps, une sympathie réelle… allant jusqu’à lui offrir des chaussettes « made in France » le jour de son anniversaire… Sourires et regards complices garantis.

Zemmour fait de l’islamophobie la colonne vertébrale de sa pensée raciste. Et c’est à partir de là qu’il s’oppose à toute forme d’immigration, car pour lui l’immigration porte en elle l’islam, et l’islam porte en elle la violence « anti-blanche ». Pour Zemmour, la France est victime d’une colonisation. Les colons, ce sont les migrants qui viennent en France, et qui, dans leurs bagages, apportent leurs coutumes et un projet politique : celui du « grand remplacement », qui vise à en finir avec le peuple français et plus largement avec « les blancs » ou « les chrétiens », ce que certains appellent la civilisation chrétienne.   

Spécialiste du coup d’éclat médiatique, Zemmour s’est fait connaître pour avoir reproché aux parents d’enfants issus de l’immigration de ne pas leur donner de prénoms « français ». Ce fût le cas notamment avec Hapsatou Sy. Mais là encore Zemmour n’avait qu’une idée en tête : affirmer un refus de l’immigration, ou la défense d’une immigration minimaliste et assimilationniste. Un vision de la République restrictive, que l’on pourrait même qualifier de raciste (lorsque, de nos jours, l’on entend parler de « valeurs républicaines », cela est synonyme de « valeurs de droites »). D’ailleurs, Zemmour lui-même, l’assimilation, il connaît. Il se dit en être un héritier. Il est naît dans une famille juive en Algérie. Il regrette que l’Algérie ne soit plus française. Il défend la colonisation. Il se dit français jusqu’au bout… au point de détester les autres immigrés ou enfants d’immigrés d’aujourd’hui…

Zemmour a également défendu des thèses antisémites… C’est ainsi qu’il va jusqu’à revendiquer les théories négationnistes et révisionnistes consistant à dire que le Maréchal Pétain a sauvé des juifs, et particulièrement les juifs français, durant l’occupation nazie… Laurent Ripart revient sur cette idéologie dans la dernière revue L’anticapitaliste.

Ce que cela montre, c’est que derrière toute critique d’un musulman, d’un arabe, d’un juif, d’un noir, d’un rrom… il y a une critique de tous les autres. Le racisme, et de surcroit le fascisme, porte en lui l’idée qu’il y a une race supérieure et que toutes les autres sont à rejeter, avec des degrés divers selon les époques ou les pays.

Après les attaques racistes dont fût victime Danièle Obono dans Valeurs Actuelles, un vent de réactions s’est fait entendre dans le pays. Mais le vent est déjà retombé et Zemmour continue de diffuser ses idées. Et il n’est pas le seul : il ne faut pas oublier de citer le café du commerce raciste que représente l’émission L’heure des pros, elle aussi diffusée sur C-News, présentée par Pascal Praud et ses sorties démagogiques, racistes, sexistes…

Bien entendu nous devons espérer des condamnations pour ces personnages, mais le fond du problème reste qu’une société, la notre, sombre de plus en plus, chaque jour, dans l’idéologie réactionnaire et raciste. Le gouvernement Macron n’aide en rien pour lutter contre cela : d’abord parce que la politique qu’il mène est une politique elle-même raciste, elle-même autoritaire… Mais aussi parce que Macron a tout intérêt (d’un point de vue électoral) à ce que ce soit l’extrême-droite qui incarne l’opposition à sa politique, car il sait que Le Pen représente encore un épouvantail suffisant pour l’emporter contre elle au second tour de la présidentielle.

C’est pourquoi il faut que vive une opposition farouche et unitaire face au racisme et au fascisme : il ne faut rien laisser passer. Et, dans le même temps, il faut faire vivre un autre possible, une autre alternative, basée sur une opposition à leur monde, pour aller vers des lendemains qui chantent… pour toutes et tous.

Alexandre Raguet

Poitiers, le 1 octobre 2020.

 

 

 

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