La gauche impuissante et la gauche trompeuse

Régionales en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Les préliminaires de l'élection présidentielle s'annoncent pitoyables... Bâclées, sans saveur, sans caractère. Le romantisme, à gauche, laisse place aux tromperies, à un échangisme vulgaire.

Régionales en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Les préliminaires de l'élection présidentielle s'annoncent pitoyables... Bâclées, sans saveur, sans caractère. Le romantisme, à gauche, laisse place aux tromperies, à un échangisme vulgaire.

Alors que cette étape peu réjouissante du chemin vers 2017 va se dérouler en pleine période hivernale, loin de nous donner chaud, les protagonistes nous empêchent de rêver ni à des lendemains qui chantent, ni à des aujourd'hui qui réveillent. C'est la danse funèbre des hésitants et des lunaires, permettant aux crapules de maintenir la gauche dans un état d'impuissance.

Alors, que faire ? Voici un petit tour d'horizon des éventualités dans ma Région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes.

 

NB : Rappelons d'abord que l'auteur de ces lignes est lui-même militant de gauche, anticapitaliste assumé et adhérent du NPA à Poitiers. Je m'éviterais donc, vous le comprendrez, d'énumérer les raisons de mon non-vote pour la droite et l'extrême-droite (listes LR, FN, DLF). Ces fascistes ou autres voleurs (parfois – souvent – l'un n'empêche pas l'autre) sont des adversaires de classe, des ennemis de la jeunesse et des travailleurs, des femmes et des LGBTI, de l'environnement et des peuples.

 

Alain Rousset, candidat du PS ?

 

Pourquoi un paragraphe propre pour ce candidat ? Il eut été assez juste de le placer dans le précédent ? Est-il l'ami des jeunes et des travailleurs, des femmes et des LGBTI, de l'environnement et des peuples ? Le candidat de François Hollande et du premier ministre du gouvernement PS-MEDEF, Manuel Valls, peut-il se targuer d'être de gauche ? En quel honneur ? Que dire des cadeaux fiscaux aux riches et aux patrons ? De la casse du droit du travail ? Des milliards offerts au patronat au détriment des services publics ? Que dire encore du recul sur le droit de vote des étrangers, sur le sort réservé aux sans-papiers ? Comment juger la politique du quota pour accueillir les demandeurs d'asiles, cela à la lumière des guerres impérialistes en Afrique ou de l'intervention en Syrie ? Comment ne pas s'énerver devant la classe politique dans laquelle le PS se vautre depuis des décennies, au national comme au local, pour mieux servir une petite élite de nantis ? Et que penser de sa position sur NDDL, Sivens et les autres projets inutiles ? Ou encore, à quand la sortie du nucléaire, ou du moins la réduction du nucléaire comme annoncée en 2012 ? Enfin, comment est-il possible de laisser passer, lorsqu'on est de gauche, le racisme d’État, l'impunité des flics, ou, encore, la société de contrôle qui se met en place (ou qui se légalise) via la loi de renseignement, entre autre ?

Jamais plus un bulletin PS n'ira dans l'urne de mon effet. Ce parti est un digne représentant de la bourgeoisie, un parti d'élus déconnectés de la vie réelle.

Mais il était important de faire un point sur le PS, pour comprendre mes choix sur les possibilités qui suivent.

 

Françoise Coutant, candidate de EELV ?

 

Cette candidate a l'originalité d'être, déjà, conseillère régionale. Elle est même, plus précisément, vice-présidente de la Région Poitou-Charentes, en co-gestion avec... le Parti Socialiste. Avant les dernières élections municipales à Angoulême, où la droite l'a emporté, elle co-gérait la ville avec le PS et le PCF. Une vraie gestionnaire avec "les mains dans le cambouis". (A noter que ces mains, ainsi que celles de toutes celles et ceux à gauche qui goûtent au cambouis, doivent se tromper de moteur tellement les résultats sont... inexistants). Elle a décidé, avec les militants de EELV sur la nouvelle grande région, de partir seule « au premier tour », déclinant l'offre du Front de Gauche pour une liste commune. Sur le deuxième tour elle dit ne « rien s'interdire ». Très léger si on prend un peu au sérieux le paragraphe sur le PS écrit plus haut. Enfin elle défend un programme typique des écologistes. Très joli à l'extérieur, très peu radical à l'intérieur. Aucune remise en cause du capitalisme. On parle de solutions sans prendre en compte les causes de la crise écologique. Je ne voterai pas pour cette liste. L'ambiguïté sur le deuxième tour (« ne rien s'interdire ») me gène. La seule chose à s'interdire c'est d'aller avec le PS. Par ailleurs, le slogan de campagne est « Osons Mieux ». Or, aux municipales de 2014 à Poitiers, une liste vraiment à gauche (NPA, EELV, PG, Ensemble et des citoyens) s'appelait « Osons Poitiers écologique, sociale, solidaire et citoyenne ». Quel est donc le sens de ce slogan ? Oser mieux que Osons Poitiers ? Oser seuls et avec le PS au deuxième tour ? C'est, au minimum, une bien belle maladresse.

 

Olivier Dartigolles, candidat « communiste » du Front de Gauche ?

 

C'est, sans aucun doute, l'une des deux listes pour laquelle j'aurais pu voter (avec celle de LO). Néanmoins, je ne le ferai pas. En grande partie parce qu'une fois de plus, le FDG parvient à ne pas être clair sur le PS. Le discours est pourtant radical. La critique de la politique du gouvernement et des régions PS est forte. Le contenu programmatique, bien que l'on pourrait titiller sur quelques points comme sur « l'aide aux entreprises », est correct. C'est, en gros, un programme anti-austérité.

Mais à quoi bon défendre une telle ligne d'opposition à l'austérité pour décider, là encore (attention c'est radical !), de « ne fermer aucune porte sur le second tour ». Cela devient lassant. Quel manque d'imagination. Aussi, avec une telle position, le doute plane sur le PS.. est-il de gauche, ou non ? Qu'a à gagner le FDG, ultra minoritaire, qui n'a aucune chance de gagner, à laisser l'hégémonie au PS plutôt qu'à le détruire ? Tactiquement, et politiquement, c'est une erreur. Tout cela pour influencer la politique du PS ? Pour faire entendre une autre voix dans les assemblées (comment croire que le PS laissera faire cela ?) ? Ou bien, pour avoir quelques strapontins et faire vivre des appareils ?

Le meilleur moyen d'influencer une politique c'est de la mettre en place, en étant majoritaire. Sinon, de lutter... Tous les acquis sociaux ont été obtenus dans la rue, par la lutte. Combien de temps faudra-t-il encore à nos camarades pour comprendre qu'ils se suicident avec le PS, et que faire gagner la gauche, c'est tuer le PS et les appareils qu'il tient avec des perfusions ? Puisque, disons-le aussi, la tête de liste « communiste » du FDG, Olivier Dartigolles, est élu à Pau, dans l'opposition, avec le PS... et se trouve totalement sur la ligne de Pierre Laurent qui, en Île-de-France, « ne veut pas faire gagner la droite »... et donc se ralliera au PS.

En fait, bien avant la question du deuxième tour, le Front de Gauche n'est pas clair sur le PS puisque certains de ses candidats siègent avec le PS. C'est le cas, à Poitiers, avec Nathalie Raimbault-Raitière, adjointe du Maire PS Alain Claeys, ou encore en Charente, avec le Maire du Maine-de-Boixe, Patrick Berthault, également conseiller départemental en binôme avec la sénatrice PS Nicole Bonnefoy. Toujours en Charente, on apprend que le secrétaire de la cellule PS de Ruffec est présent sur le liste. J'ai stoppé là mon investigation (en bon charentais vivant à Poitiers), mais connaissant les PC du 17 et du 33, je pense que l'on "s'amuserait" encore à chercher les parcours des candidats. 

Mais comme le FDG n'est pas très homogène, et que nombres de personnes sont hostiles au PS en son sein, gageons qu'ils parviendront à « prendre le pouvoir » dans ce « front ». Mais je n'y crois pas une seconde. Le PS est l'ennemi mortel de la gauche. Ceux qui le soutiennent sont complices, au 1er, au 2ème ou au 3ème tour. Il faut construire autrechose et se débarrasser de ses boulets. Cela vaut pour tout le monde.

 

Guillaume Perchet, candidat de Lutte Ouvrière ?

 

Les camarades de Lutte Ouvrière sont très clairs sur le PS. Ils ne feront aucun accord avec ce dernier. En même temps, il y a peu de chance qu'ils fassent suffisamment de voix pour prétendre à une fusion. Mais ils n'appelleront pas à voter pour le PS au deuxième tour. C'est une bonne chose. Le B.A.BA pour construire une alternative. Le problème ? LO ne veut pas construire une alternative. Ces camarades ne veulent jouer qu'un rôle d'avant-garde éclairée de la révolution communiste (cela en apparaissant essentiellement dans les élections). Mais comment construire la convergence des luttes anticapitalistes ? Comment faire émerger des luttes spécifiques et auto-organisées ? Comment construire un parti de masse, ou un mouvement, au caractère anticapitaliste, avec des milliers de membres, dans lequel la démocratie interne sera de mise ? LO ne répond pas à ses questions pour rester dans un entre-soi sectaire. Aucune référence à l'écologie, au féminisme, aux LGBTI, à l'antiracisme, n'est mise en avant pour créer un mouvement d'ensemble. Voter pour LO, c'est, certes, montrer son opposition au PS, mais c'est aussi conforter LO dans une position hermétique au mouvement réel. Cela n'est pas bon. Je ne voterai donc pas pour eux non-plus.

 

***

 

Et, comme il fera sans doute un peu froid, je n'irai pas à la pêche. Ma voix sera donc diluée dans la grande masse des abstentionnistes, et cela demeurera à chaque élections tant qu'aucun projet anticapitaliste ouvert (et oserai-je unitaire?) ne portera l'espoir des oppriméEs de ce monde. Dans cette situation, la lutte et le travail de terrain ont bien plus de valeur que la farce électorale.

 

Alexandre Raguet,

Poitiers, le 1 novembre 2015.

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