Quel est le plus moral: faire fabriquer une paille ou l'utiliser?

Lassé de lire des critiques venant de droite, de gauche, sur "la sur-consommation", renvoyant la crise écologique sur les épaules des peuples, voici une courte tentative "d'explication" anticapitaliste des crises écologiques que nous vivons.

La sur-consommation de masse est un problème, certes. Mais ce problème découle d'une sur-production de masse. C'est la logique marchande, et non la réponse aux besoins essentiels, qui pousse à produire toujours plus, puis la publicité (en partie) qui pousse à créer des besoins qui n'existent pas à la base (à consommer des choses inutiles). Mais si on fait un peu de politique, plutôt que de la moraline, on peut comprendre facilement que s'en prendre d'abord à la consommation, c'est s'en prendre d'abord aux populations - premières victimes de l'exploitation, de la pollution, de la mal-bouffe, etc - alors que s'en prendre à la production, c'est s'en prendre au système économico-politique, et à la classe parasitaire qui s'enrichie sur le dos du reste de la population et de la destruction de la nature. Le système capitaliste se maintient aussi via les contradictions populaires. La contradiction inconsciente - dont peut faire preuve le prolétariat (au sens large, celles et ceux qui vendent leur force de travail, manuelle ou intellectuelle) - est justement le point à débloquer pour qu'une prise de conscience politique puisse apparaître. Cette conscience n'est pas inée. Mais surtout la contradiction peut revêtir plusieurs robes : consommer des choses inutiles et ainsi enrichir des capitalistes, tout en continuant à travailler pour un mauvais salaire (contradiction inconsciente), ou bien ne plus consommer, ne plus travailler (ne plus être salarié) et vivre en autarcie sans pour autant participer à changer le monde, à en finir avec le pouvoir capitaliste (contradiction consciente). Ou encore être conscient de la crise, et choisir de participer à un réseau marchand bio, qui respecte l'environnement (tout comme l'économie capitaliste). Est-ce pire de participer à la destruction de l'environnement sans en être conscient ou de le laisser se détruire en choisissant des solutions individualistes qui ne remettent pas en cause le système ? 

Pour en revenir à la question préalable, Marx disait que toute production est consommation. Dans la même veine, un exemple simple avec un sujet qui a fait quelques vagues dernièrement: si on veut que les gens roulent à 80 km/h, ou 130 km/h sur autoroute, pourquoi fabriquer des voitures qui roulent à 220 km/h ? En revenant à notre sujet : pourquoi, si l'on sait que la consommation de plastique est désastreuse pour l'environnement, des entreprises produisent-elles du plastique ? Et la conclusion de demander : pourquoi parle-t-on alors plus souvent du problème de la consommation de masse et pas de celui de la production de masse ? Ainsi, la petite classe parasitaire peut continuer de produire, les "écolos", eux, continuent de lutter contre la "sur-consommation".

AR.

Pour aller plus loin, je vous propose de lire deux textes de Daniel Tanuro, écosocialiste belge.

Vous pouvez retrouver ici un texte (un peu daté) qu'il a écrit sur le sujet du "jour de dépassement". 

Et un autre qu'il vient de publier sur la canicule actuelle. 

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