Se donner les moyens de recommencer

Mediapart a lancé le mot d’ordre #RienNeSePasseraCommePrévu. Je dois dire que je suis globalement d’accord – au moins par l’envie – pour que 2017 soit bousculée, et que d’autres possibles émergent. C’est un peu le B.A.BA d’une attitude révolutionnaire, chercher à créer l’instant propice et à détruire les temps trop calmes, trop plats.

« Que les lendemains, chantants ou non, ne soient plus exactement prévisibles n’implique pas que le présent déchiré de contradictions ouvertes soit désormais inintelligible. Renoncer aux prédictions historiques n’invalide pas les projets de transformation sociale. Le conflit demeure, et qui dit conflit dit choix, décision, pari raisonné entre plusieurs issues. « L’Histoire ne fait rien », mais nous la faisons, plus que jamais, pour le pire souvent, pour le meilleur parfois. Sans la belle assurance des croyances révolues, nous avons la terrible charge et l’exaltant défi laïque de « travailler pour l’incertain », selon la belle formule de saint Augustin. A quoi Pascal ajoutait : « Quand on travaille pour demain et pour l’incertain, on agit avec raison ». »

Daniel Bensaïd,  Travailler pour l’incertain, tribune parue dans Le Monde en 1996.

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Mediapart a lancé le mot d’ordre #RienNeSePasseraCommePrévu. Je dois dire que je suis globalement d’accord – au moins par l’envie – pour que 2017 soit bousculée, et que d’autres possibles émergent. C’est un peu le B.A.BA d’une attitude révolutionnaire, chercher à créer l’instant propice et à détruire les temps trop calmes, trop plats.

La présidentielle de 2017, en ça, est caractéristique à la fois d’une crise politique sans équivalent depuis longtemps, et de soubresauts d’un vieux monde qui s’accroche, avec par là un Raymond Barre de « gauche », par là un Tribun mégalo, à côté d’un Clémenceau sans jeunesse. Les Macron, Mélenchon, Valls, ce triumvirat de fait, qui milite pour le maintien du monde de la représentation par en haut, du chef-sauveur pour le bas (et haut) peuple. Cette gauche-là qui pour des intérêts particuliers laisse s’implanter les monstres : nos vrais adversaires, qui ont le champ libre...

J’ai la conviction qu’aucune solution ne peut venir de ces gens-là, soi-disant de gauche. Bien sûr qu’il y a des différences entre eux, des liaisons, nous pouvons en avoir avec Mélenchon, et pas avec les autres. Structurellement, ils sont républicanistes et légalistes. Mais malgré les désaccords, ils existent. Il faut penser notre action avec leur existence, prendre en compte que la scène du spectacle est pleine à craquer. Nous ne sommes ni des spectateurs, ni des cautions. Mais nous voulons faire, avec les spectateurs d’aujourd’hui, les scènes autogérées de demain. Et dès maintenant ! C’est notre croyance, c’est le possible que nous voulons, mais « du possible, non comme certitude, mais comme tâche ; non comme promesse, mais comme virtualité ». Un horizon qui détermine des paris, et cela n’existerait pas sans l’indignation préalable.

Toutefois, au-delà de la foi, j’ai du mal à penser que 2017 n’arrivera pas. La présidentielle aura bien lieu. Et il faut agir.

Et me vient à nouveau une conviction, celle qu’on ne construit rien de solide et de jouissif sur les seules élections.

Néanmoins, l’absence d’un courant politique à cette élection complique la donne pour ce courant à exister dans le paysage politique tel qu’il existe.

C’est bien là une contradiction assumée, mais dans la période de faiblesse organisationnelle (au sens large) où nous sommes, c’est une approche tactique importante pour reconstruire du neuf, pour lancer les prémices d’une nouvelle expression politique. 2017 ne reconstruira rien, mais pour reconstruire, il faut être présents partout, y compris à la présidentielle.

Vous n’êtes pas sans savoir que nous avons choisi (NPA) de présenter Philippe Poutou à l’élection présidentielle. Personnellement, si je fais cette campagne, c’est avec une idée essentielle qui est celle que l’on peut tous faire de la politique, celles et ceux d’en bas. C’est important, pour relever la tête, pour faire briller nos regards fixes, pour gagner en dignité, face aux racistes, face aux dominants. Dans le moment de replis et de reculs actuels, la dignité de lutter, de dire non et d’agir, sont des moyens de recommencer. Et il y a des défaites qui valent des victoires, si on les conçoit comme des points d’étapes et des moments d’élévations. L’élection n’est pas un moment d’insurrection, il n’y a pas de révolution par les urnes, mais une continuité systémique, une alternance bien maîtrisée, une illusion citoyenne. De Mitterrand à Mélenchon, en passant par Jospin et même Hollande, tous ont dénoncé la 5è république. Ceux qui ont accédé au pouvoir s’en sont accommodés, en ont joué, ont été, parfois, les pires monarques. Changer de système démocratique via le système en place – le légalisme – est au mieux une réforme de bon sens, au pire (c’est ce que je crois) un argument électoral. C’est d’une rupture, d’une cassure globale (et de masse) avec cette république autoritaire et cet Etat policier dont nous avons besoin, pour imposer un contre pouvoir par en bas, qui remette en cause, de fait, l’ordre établi.   

L’autre point qui me pousse à agir dans la campagne Poutou, c’est le fait de poser sur la table l’idée qu’une nouvelle expression politique est nécessaire dans ce pays, c’est-à-dire une nouvelle forme organisationnelle. C’est notre réponse partielle à la crise démocratique : la déprofessionnalisation de la politique.

Mais surtout, à la vue de l’ensemble des candidats qui postulent en 2017, nous sommes persuadés qu’il faut impérativement une candidature qui porte sans ambiguïté un discours internationaliste, antiraciste, écosocialiste. Nous serons les seuls à faire cela, dans une logique de recomposition et d’ouverture. Pas dans une logique partisane de renforcement de notre petit parti.

Je sais que des désaccords existent, et j’ai personnellement milité pour l’unité. Mais celle-ci n’est pas au rendez-vous, en partie car il y a peu de partenaires pour faire l’unité sur des bases saines. Or, nous ne pouvons régler les désaccords politiques par des procédés administratifs, et la loi des 500 signatures de maires obligatoires est un véritable affront à la démocratie. A l’heure où j’écris ces lignes, le NPA ne pourrait pas être présent en 2017. Mais nous ne baissons pas les bras.

Je pense qu’il s’agirait d’un scandale démocratique supplémentaire d’empêcher une expression à un parti présent dans toutes les luttes locales et nationales de progrès sociaux et écologistes. Le NPA a été aux avant-postes contre la déchéance de la nationalité et l’état d’urgence, contre la loi travail. Au même titre, nous avons été l’un des seuls courant politique à défendre, là encore sans ambiguïté, la révolution syrienne, en condamnant les interventions russo-iraniennes, et tous les impérialismes. Notre originalité n’est pas vraiment à démontrer, même si nous sommes dans une crise difficile que je ne nie pas.

L’une des causes de nos difficultés à avoir les signatures, c’est l’invisibilité de notre candidat, complètement oublié des médias, car il ne répond pas aux critères du bon candidat du système. C’est vrai qu’un ouvrier qui bafouille, ne porte pas de costume, et n’a pas réponse à tout, ne fait pas bon genre. C’est pourtant sans doute le candidat qui représente au mieux l’exigence de démocratie permanente, en tant que travailleur et syndicaliste (la démocratie dans l’entreprise), et surtout, en continuant à travailler alors qu’il est candidat à la présidentielle. De plus, Philippe Poutou est accompagné de porte-parole de qualités, dont Christine Poupin et Olivier Besancenot. Nous refusons d’individualiser notre candidature, c’est pourquoi Christine Poupin et Olivier Besancenot sont très présents partout sur le territoire.

Je ne sais pas ce qu’il est possible de faire en dehors des rencontres quotidiennes avec les maires. Mais je connais la conviction démocratique de nombre d’entre vous, d’où ce message. N’hésitez pas à aller voir vos maires. Si vous voulez en faire plus, contactez-nous pour nous organiser.

Je pense que le NPA et son candidat ont leur place dans le débat politique actuelle, surtout parce que nous refusons le cirque qui englobe la présidentielle. J’espère que ces quelques lignes convaincront le plus de personnes possibles d’agir pour que le seul ouvrier de 2017 puisse s’inviter au banquet des politiciens professionnels, pour défendre un autre paradigme politique, et, demain, gagner le droit de recommencer.  

Poitiers, le 4 janvier 2017.

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