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Billet de blog 4 mai 2015

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Réenchanter la révolution en permanence. Se réapproprier le temps et la politique.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

La révolution sociale, dans l'imaginaire du mouvement ouvrier, n'est pas toujours l'ouverture vers le paradis de l'abondance pour tous. Certains, à l'image de Walter Benjamin, voient la révolution comme un coup de frein de l'humanité avant qu'elle ne fonce dans le mur auquel le capitalisme la destine. C'est à un mixe des deux notions qu'invite le court texte suivant. Se réapproprier le temps, stopper l'idée d'un monde régit par la montre, doit être une priorité des révolutionnaires. Rêver d'un autre monde, le promouvoir, militer en sa faveur, le faire vivre dès maintenant par nos discussions et nos comportements, est un objectif militant écosocialiste.


Le temps de prendre le temps

Les temps de l'amour, des voluptueux amours,

Tout comme ceux de l'Enfant à la fin du repas,

sont calmes...

Assis près de lui sur les berges d'un lac,

je mire ses cheveux où vient, des eaux et des vaguelettes,

se poser une orange lumière.

Je regarde son visage, au profil égyptien

Et ses joues toutes gonflées sont rouges d'horizon...

C'est hier dans les faubourgs que le tintamarre

de la foule ouvrière sur la Terre tremblante

Créa cette brèche, d'une puissance rare,

Dans la muraille de Chine du monde sablier.

Et de la révolution, nous gagnâmes le Temps.

AR


Le socialisme, l'éco-socialisme, est un modèle en permanent mouvement où le réenchantement de l'Homme est la priorité. Permanence de l'action démocratique, permanence de l'harmonie avec la nature, permanence de la remise en cause pour l'épanouissement total et, donc, permanence de l'approche critique du monde.

Rien est figé, seule la mort est éternellement à l'arrêt. Quoi qu'elle vogue dans l'imagination des hommes.

Celui qui n'avance pas recule. Il est de coutume de dire que les sociétés avancent et reculent en terme de progrès, d'où le progressisme et le conservatisme. Ces notions sont forts contestables, car très subjectives, les avancées des uns étant les reculades des autres, et les définitions de progrès variant selon les crânes qui les hébergent.

La notion de mieux-être semble plus adaptée. Le mieux, pas le plus, le mieux se révélant souvent être l'ami du moins. Moins de nucléaire, plus de nucléaire du tout, sera de l'ordre du mieux. Idem pour le racisme, le sexisme, l'homophobie, et toutes notions discriminantes. Dans le domaine de l'écologie, il y a également beaucoup de moins à développer pour faire du mieux. Moins de voitures, de camions, d'avions... moins de production, moins de « travail », moins de consommations inutiles. Mais aussi moins d'Ordre, moins d’État, moins de police, d'armée... moins de mensonges, moins de trahisons, et, donc, moins de politiciens professionnels. C'est l'éloge du moins ! Bien que beaucoup de moins laisseraient gaiement leur place à des plus, dans le sens négatif « On ne veut plus de politiciens professionnels, plus de police, d'armée... ! ».

Rassurons-nous, l'esprit positif du plus fait, lui aussi, battre moult cœurs révolutionnaires. Plus de démocratie, d'amour, de loisir, de politique, la vraie, la belle, la passionnée, l'élogieuse. Celle accessible à tous et, surtout, celle pratiquée par tous. Cela implique d'ajouter à toutes, puisque pour que tous la pratiquent, la politique avec un petit p, la populaire et la rêveuse, il faut que les femmes s'en emparent. Sans cela, elle n'est point belle. Quoi qu'il soit difficile d'interdire la politique à qui conque. Et la plus belle des politiques n'est-elle pas la clandestine, la révoltée, l'intrépide et... la maladroite, mais d'une maladresse charmante, loin des froides « réformes sans réforme », des « appels solennels », à l'opposée des courbes et des chiffres du chômage, pire, de ceux des morts qui s'accumulent dans les guerres impérialistes, ou dans la Méditerranée ; ou encore, dans un autre univers que celui des « charges », de la « croissance » et de la « flexi-sécurité ». On est beau dans notre humaine maladresse face aux robots de l'Ordre. Nous sommes la politique de l'émancipation humaine.

L'utopie post-capitaliste est à revendiquer (abolition du salariat, démocratie directe, satisfaction des besoins humains par l’extension de la gratuité...). Les chemins vers cette Utopie sont à discuter autour de formules et d'actions transitoires répondant à des exigences actuelles liées aux crises secouant notre monde (nucléaire, climat, pauvreté, vie chère, logement, racisme...).

Le travail des militants – il faut affirmer ce noble mot – est celui-ci : servir de passerelles entre l'esprit défensif de la lutte des classes et le projet utopique de l'écosocialisme.

Ce monde utopique n'est pas un paradis terrestre déterminé. Les militants écosocialistes ne promettent rien de tout fait, de tout prêt. Ils disent simplement que la société capitaliste c'est l'exploitation de l'homme et de la nature par l'homme, et que cela est le fait d'une minorité qui exploite la majorité. Si la majorité décide que cela a assez duré, et qu'il est temps que la majorité décide par et pour elle-même, tout en ayant conscience qu'elle est un élément de la nature, alors, un autre monde est possible. Nous sommes ces militants des possibles, qui par leur seule existence, permettent de penser autre chose que le statu quo. L'antithèse du fatalisme, en somme.

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