Poitiers: comprendre la victoire écologiste et citoyenne

Suite à la victoire de listes citoyennes et écologistes, ce texte propose, à partir de l'exemple de la ville de Poitiers, une analyse de fond et des pistes pour construire une alternative anticapitaliste crédible.

Ce texte a préalablement été publié ICI

Le 28 juin 2020, la ville de Poitiers est passée des mains d’une alliance PS/PCF à celles d’une alliance regroupant EELV, le PCF, Génération.s, Génération écologie, Nouvelle Donne, A Nous la Démocratie, et de nombreux/ses citoyenNEs membres d’aucune organisation. Afin d’avoir une vision plus claire de ce qui s’est passé, mais aussi pour donner quelques pistes pour la gauche et, dans une autre mesure, pour les anticapitalistes, je propose ici des éléments d’analyse et des pistes à suivre.

1. Retour sur la victoire de Poitiers Collectif, analyse des résultats

Nationalement, les médias n’ont eu de cesse, dans la foulée du deuxième tour des municipales, de parler de « vague verte ». Assurément, dans la continuité des européennes où EELV avait réalisé de bons scores, il y a un électorat écologiste qui grossit et se stabilise autour d’un socle électoral conséquent (plus de 10%). Néanmoins, cette vague, fût-elle existante, n’est pas suffisante à elle seule pour gagner des villes. Aussi, partout où des victoires écologistes sont survenues, des « accords électoraux » furent de mire. Ici avec le PS ou des centristes, où la vague devient « rose-verte ». Là avec le PCF où les Insoumis, la vague se faisant alors « verte-rouge ». Certaines fois les alliances rassemblèrent même verts, roses et rouges.

Bien sûr, jamais le rouge de ces listes n’est rouge vif. Mais il serait faux pour autant de limiter les victoires écologistes à des victoires de type « union de la gauche » traditionnelle.

Si cela est vrai pour Paris, ou encore pour Bordeaux, avec des candidatures plus proches du PS que de la gauche, ce n’est pas réellement le cas pour Poitiers où la liste « Poitiers Collectif » s’est imposée face au PS et à En Marche.

Comme je le disais dans un texte publié le 24 mai 2020, Poitiers Collectif pouvait gagner seule à partir du moment où cette liste se situait « à gauche du PS ». En disant cela je ne cherchais pas à gauchir Poitiers Collectif mais je faisais l’analyse que cette liste, aux yeux des électeurs/trices de gauche de Poitiers, serait vue comme celle pouvant virer le candidat PS proche de Valls, et ce, via un vote de gauche. Ce fût le cas. Avec 24% au premier tour, et des gros scores réalisés essentiellement en centre-ville ou proche centre-ville, la liste Poitiers Collectif passe au second tour à 43% et distance le candidat PS (moins de 36%). D’abord les près de 13% des électorats de Osons 2020 (proche FI) et de Poitiers Anticapitaliste (soutenu par le NPA) semblent s’être reportés assez naturellement, et ce malgré l’absence de prise de position de « Osons 2020 ». Ensuite, le vote est plus populaire puisque dans les quartiers périphériques (notamment aux Couronneries, à Beaulieu mais aussi aux Trois Cités) on note une nette augmentation des voix pour Poitiers Collectif.

Autrement dit, pour moi, le vote du deuxième tour est à déconnecter de celui du premier tour. Si les 24% semblent être un vote d’adhésion, pour ce qui concerne les 19% s’y ajoutant, il y a un vote « de classe », autrement dit une volonté de changement, de rupture, et non pas une continuité ou une adhésion. Une envie de gauche qui dépasse largement le programme de Poitiers Collectif.

Aussi j’ajouterai deux choses.

D’abord le fait que Léonore Moncond’huy soit une femme, et donc la première femme maire de Poitiers, est une bonne chose, même si cela n’est pas suffisant. Dans le contexte de luttes féministes qui ont existé dans la vie sociale des derniers mois, cette victoire là et ce message ne sont pas anecdotiques. Nous avions aussi dans une moindre mesure ressenti beaucoup de sympathie autour de la candidature de Manon Labaye, jeune de 28 ans et militante féministe.

Ensuite la jeunesse de la candidate tête de liste mais aussi de la liste tout entière. Ce renouvellement générationnel qui, rappelons-le, ne veut pas forcément dire changement politique, est perçu à une large échelle comme une bonne chose. Et à juste titre. Il est positif de changer la classe politique, d’y donner une bouffée d’air frais. Cela ne vaut pas soutien, c’est simplement un fait. La liste soutenue par le NPA était encore plus jeune… avec une moyenne d’âge de moins de 40 ans, et une tête de liste de 28 ans !

Le premier bilan à faire est donc le suivant : la liste victorieuse à Poitiers a une légitimité réduite pour deux raisons. D’abord à cause de l’abstention extrêmement forte (35% des inscrits). Ensuite parce qu’une grosse partie de son électorat de deuxième tour est plus à gauche que son programme et beaucoup plus populaire socialement que ses candidatEs et éluEs. Il y a donc un fort risque de désillusions, basé notamment sur l’absence de relais sociaux forts et d’une organisation de masse structurante.

2. Qu’est ce que Poitiers Collectif, programme, partis, groupes sociaux, etc

Il est intéressant de prendre quelques lignes pour revenir sur la nature de Poitiers Collectif. Nous le ferons rapidement car cela a déjà été abordé indirectement dans la première partie.

D’abord il s’agit d’une initiative dite « citoyenne ». Aussi, d’entrée de jeu se pose un problème autour de la logique « interclassiste » du citoyennisme. À Poitiers Collectif cette logique est poussée loin car on retrouve à la fois des sans emplois ou des salariéEs, mais aussi des petits patrons, notamment de start-up. En soi, cela n’est pas nécessairement un problème si le programme défendu est anticapitaliste. Mais ce n’est pas le cas. Nous reviendrons brièvement encore dans la partie 3 sur la logique légaliste de Poitiers Collectif. Globalement, les classes populaires sont peu présentes sur la liste de Poitiers Collectif, celle-ci rassemblant plutôt, pour dire vite, une fraction de la petite-bourgeoisie ainsi que des éléments du prolétariat, notamment issus du milieu culturel et associatif, voire de l’éducation.

Nous l’avons déjà évoqué dans la première partie mais la liste est très jeune (moyenne d’âge autour de 40 ans). Les éluEs comptent de nombreuses nouvelles têtes. Cette liste est aussi très féminine est beaucoup de femmes sont aux avants postes et occuperont, dans les prochaines années, des places importantes. Il y a à ce niveau-là une avancée significative.

Enfin n’oublions pas de souligner le poids des partis composants l’alliance. D’abord EELV, qui est un parti de gouvernement. EELV fût à la mairie avec le PS de 1977 à 2014. Le PCF ensuite, qui lui était encore avec le PS il y a quelques mois (et ne fait pas de bilan négatif des mandats passés). Génération.s, scission du PS dans la foulée des présidentielles de 2017. Autant dire tous les ingrédients pour refaire le coup de la gauche plurielle, à laquelle pourrait se greffer d’autres éléments, notamment autour de la France Insoumise (on entend ce discours-là chez Ruffin).

Néanmoins, malgré toutes les critiques que nous pouvons faire, il faut aussi souligner cette rupture avec le PS même si celle-ci n’est pas évoquée de la bouche même de Poitiers collectif. Elle est là « de fait », mais s’incarnera-t-elle politiquement ?

Reste maintenant à montrer les limites et les points positifs pour Poitiers, puis, dans un autre temps, à donner des pistes pour les anticapitalistes.

3. Critique de l’approche légaliste

Si l’on peut s’accorder pour dire que la victoire de Poitiers Collectif est une victoire de la « gauche », il est utile de montrer les grandes limites du positionnement politique de la nouvelle équipe municipale.

En réalité, il y a 3 points (légalisme, localisme, économicisme) qui s’entremêlent et qui rendent le discours de Poitiers Collectif extrêmement « gestionnaire ». On pourrait par exemple partir des prises de position de la liste souhaitant être « dans la continuité » des anciens maires PS, et non dans la rupture. Ces formulations sont de mauvais augures, c’est certain, car les politiques menées par le PS à la municipalité de Poitiers ont toujours été des politiques d’accompagnement de l’austérité. Des politiques de gestion où, jamais, la municipalité n’a un rôle de combat, d’alternative au système, ou même, plus modestement, de tentative d’alternative sur tel ou tel sujet.

Il y a plusieurs pistes pour comprendre ces choix-là. La simplicité voudrait qu’on limite Poitiers Collectif à une version verte de la Macronie, la start-up city étant le projet. S’il est possible que quelques personnes souhaitent cela, il me semble que le problème de fond est ailleurs, et qu’il est double, à minima.

D’abord Poitiers Collectif n’est pas anticapitaliste. Ni même réellement antilibérale. Cette liste se place sur le terrain de la gauche social-démocrate, qui souhaite améliorer la vie des gens mais sans remettre en cause le fond du modèle économique, et sans vouloir révolutionner le pouvoir « économique », au sens de « qui dirige ? ».

Ensuite, et c’est lié au premier point, Poitiers Collectif se place sur le terrain « républicain », au sens légaliste du terme. Autrement dit, comme ils ne remettent pas en cause la légitimité même de ce système bourgeois, ils sont dans l’obligation de faire avec et sont donc bloqués pour mettre en place des politiques ambitieuses. En effet, les institutions, notamment locales, sont ainsi faites que, si l’on se limite à respecter les lois, alors on s’oblige à ne quasiment rien faire. Je reviendrai plus tard sur les positions qui sont les nôtres en la matière, même si l’on peut reconnaître qu’il n’est pas aisé de prendre des positions « contre la loi » alors même qu’il n’y a pas, en l’état, de mobilisations populaires ; et alors, aussi, que l’abstention record des dernières élections enlève une grande part de légitimité à l’équipe en place.

Enfin, c’est une troisième hypothèse qui pourrait justifier les discours sur la « continuité », il s’agirait d’une manœuvre tactique pour mieux être accepté des services, et même, plus politiquement, des autres éluEs de Grand Poitiers, ou encore du département. Une volonté de ne pas « affoler » la droite, le patronat et l’Etat. Mais même cela abonde le caractère légaliste de Poitiers Collectif, qui cherche à ne surtout pas crisper, alors même que le moindre choix politique de gauche serait en situation de crisper tout le monde (et on le voit déjà avec la question de l’aéroport).

Néanmoins, pour nuancer les propos, on pourrait quand même dire que des choses sont « possibles » à faire. Par exemple, mettre les bus gratuits ou re-municipaliser la traite et la collecte des déchets. Ces mesures là permettent d’orienter une politique économique vers des choix « de gauche », ils ne seraient pas suffisant mais donneraient des pistes, des orientations, afin d’aller vers des changements qui dépassent Poitiers (en coordonnant des réseaux de villes en résistances par exemple). On ne peut pas en dire autant du soutien à l’économie locale… Cela ne voulant rien dire… D’autant plus que la question écologique et des circuits-courts ne peut pas être laissée aux mains du bon vouloir des entreprises privées, celles-ci soient-elles locales ou écologistes. Il n’y a pas de capitalisme vert possible… enfin, si, il est possible, mais il nous mènera à la catastrophe ! A ce sujet-là, Poitiers Collectif fait [pour le moment] un choix : celui de miser en partie sur le privée pour sortir de la crise. Un choix qui conduira à l’aggravation de la crise si, dans le même temps, les services publics ne sont pas renforcés, les salaires augmentés, le temps de travail diminué, les grands groupes (notamment bancaires et de l’énergie) expropriés et mis sous contrôle des salariéEs et de la population…

Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de dire que les petits commerces, ou toutes les petites entreprises, sont de méchants capitalistes. Y compris, il est positif de permettre à des SCOP, des lieux alternatifs, ou autres petites entreprises alternatives de vivre, et la municipalité peut aider. Néanmoins, cette stratégie là est très loin des enjeux pour freiner puis enrayer la catastrophe écologique ET sociale. Je reviendrai là-dessus dans la partie 5 et la partie 6, lorsque je parlerai de « leur écologie et la notre », puis des « pistes pour une ville de combat ».

4. Défense de certaines positions démocratiques et sociétales

L’objet de ce texte, rappelons-le, est de faire un article d’analyse. Pas de plaider pour ou contre Poitiers Collectif, mais de montrer les choses qui semblent aller vers l’anticapitalisme, ou du moins être de gauche, et les choses qui, au contraire, se complaisent dans le capitalisme et la gestion. Nous avons déjà abordé les « mauvais » côtés. La partie qui suit va essayer de pointer les points positifs. Et il y en a.

D’abord quelques mots pour rappeler qu’avec de nombreux/ses militantEs de Poitiers Collectif, nous nous sommes retrouvéEs dans la mobilisation contre la réforme des retraites. Nous nous côtoyons aussi dans le soutien aux migrantEs. C’est le cas également dans les luttes féministes. Nous pouvons ajouter que Poitiers Collectif a signé avec nous [et beaucoup d’autres] des appels à manifester contre les violences policières et le racisme d’Etat. Cela est à souligner car il s’agit de prises de positions courageuses à gauche, alors même que toute une partie de la gauche sombre dans des logiques « souverainistes » et réactionnaires.

Je ne parle volontairement pas de la question européenne, et de l’Union européenne, justement parce que je suis dans la partie « positive », mais il y aurait effectivement certainement des désaccords importants sur l’UE [même si l’auteur de ces lignes a plus de mal avec les souverainistes qu’avec les européistes (je suis par ailleurs pour les Etats Unis Eco-Socialistes d’Europe), il n’en demeure pas moins que l’UE capitaliste est un scandale démocratique, social, et humain, les frontières extérieures de l’UE, notamment, étant un cimetière de migrants].

Sur les engagements politiques poitevins, Poitiers Collectif s’est dit pour l’accueil inconditionnel des migrants. La liste s’est aussi positionnée pour que plus personne ne soit à la rue dans la ville [il faut aussi veiller au mal logement et lancer un plan de rénovation et de relogement de certaines familles]. Ces deux positions sont déjà très importantes dans la situation. Si, à la fin du mandat, les engagements ont été tenus, nous pourrons déjà avoir pour acquis ces marqueurs sociaux réels.

Sur les bus gratuits j’ai du mal à savoir la position de Poitiers Collectif. Pour, contre ? On ne sait pas. Selon les positions on peut voir que Poitiers collectif mettrait la gratuité des bus en fin de mandat, mais pas dans tous les documents. Ce qui revient le plus, c’est le souhait d’améliorer le réseau, d’augmenter la fréquence et de fluidifier les déplacements entre quartiers. Nous souscrivons à ces objectifs, mais pour nous la gratuité des bus serait ce qui permettrait de passer dans un autre paradigme du déplacement, une autre façon d’envisager la vie et le mouvement, et donc, in fine, une mesure radicalement sociale et écologique [nous y reviendrons partie 6].

Je termine ce chapitre, si on peut appeler cela des chapitres, par l’aspect démocratique. La victoire d’une nouvelle génération apporte dans ses bagages un certain nombre de changement dans les comportements et des pratiques. A titre d’exemple, la nouvelle maire de Poitiers, Léonore Moncond’huy, ne sera pas la présidente de Grand Poitiers pour ne pas cumuler les pouvoirs. Au même titre, elle va démissionner de son mandat à la région pour ne pas cumuler les mandats. Le non-cumul est un minimum démocratique sans quoi rien d’autre n’est possible. C’est pourquoi ce positionnement est à saluer.

Concrètement aussi Poitiers Collectif cherche à impliquer plus directement la population dans les choix de la ville. Bien entendu, nous n’avons pas de choses concrètes pour le moment puisqu’ils viennent d’être élus. Mais l’idée de logiques plus « participatives », notamment dans les quartiers, ainsi que l’élaboration d’une sorte de « nouvelle chambre citoyenne » vont dans le bon sens. Pas dans le sens d’un changement radical, ce que nous proposons au NPA, mais cela montre une ouverture d’un milieu bien trop opaque (les institutions politiques) vers la société. Pas suffisant mais utile, peut-être, pour ré-intéresser des habitantEs aux questions publiques, qu’ils y mettent leur nez et s’y révoltent, en cas de besoin. Là encore, nous ne sommes pas « satisfaits », nous ne faisons que prendre note. Pour nous, l’idéal [partie 6 encore] est une démocratie de contrôle démocratique et d’auto-organisation. Mais nous ne considérons pas que notre stratégie serait « la révolution ou rien ! ». Prenons ce qu’il y a à prendre. Par ailleurs le niveau de conscience s’améliorera, tout comme les capacités à mobiliser, si des « réformes », voire des « réformettes » de gauche passent. Mais cela nécessite de faire vivre une gauche critique, portant une perspective révolutionnaire.

5. Leur écologie et la notre 

Avant d’attaquer la dernière partie sur notre positionnement et nos propositions, je crois utile de faire un développement sur la question écologique qui a un caractère particulier dans la période. Du moins, l’idée est plutôt de l’aborder sous un axe stratégique. Le titre de cette partie « Leur écologie et la notre » est volontairement inspirée de l’ouvrage de Trotsky « Leur morale et la notre », dans lequel le révolutionnaire anti-stalinien revenait sur la conception « matérialiste » de la lutte révolutionnaire, mais aussi sur les aspects moraux de cette même lutte. Dans ce livre, Trotsky est en rupture avec un ouvrage plus ancien « Communisme ou terrorisme », dans lequel il théorisait, bon an mal an, que la fin justifie les moyens. Ici au contraire, Trotsky cherche une dialectique entre efficacité révolutionnaire et morale politique. Il faudra aller plus loin et lire Bensaïd pour avoir la « finalité » de ce retour critique et l’idée que des vaincus honnêtes valent mieux que des vainqueurs traîtres ou manipulateurs. Edwy Plenel se place lui-même dans cette filiation en publiant un bouquin s’intitulant « La victoire des vaincus ». Bensaïd lui se limite à faire vivre leur mémoire.

Ce rappel historique a un double sens. D’abord rappeler que nous nous plaçons, toutes et tous, dans une histoire. L’idée qu’on ne repart pas du début, mais du milieu. Autrement dit, il y a eu des choses avant nous, desquelles on s’inspire ou contre lesquelles on se bat ; et qu’il reste à continuer le chemin. Aussi, tout le travail des militantEs d’hier doit guider nos pas aujourd’hui, même si l’audace doit être un vecteur de l’action, pour dépasser le passé [y compris parfois pour s’en défaire]. « Bien sûr nous avons eu davantage de soirées défaites que de matins triomphants. Mais, à force de patience, nous avons gagné le droit précieux de recommencer ». C’est bien dans cette pensée-ci que nous sommes. Et nous n’avons pas la prétention de croire avoir raisons seuls, toujours pour Bensaïd : « On peut renoncer sans regret à cette idée d’un parti-représentant, dont la légitimité ne pourrait être établie qu’au jour du Jugement dernier. Mais cela n’oblige en rien à renoncer à l’idée d’un parti-stratège, engagé dans l’incertitude de la bataille, plongé dans l’inconstance des rapports de force, tenu de prendre des décisions en forme de pari raisonné, sans garantie de vérité scientifique ou historique, ni bien sûr de volonté divine. Dans la mesure où le rapport d’un tel parti aux intérêts sociaux devient irréductiblement problématique, le pluralisme politique (mais aussi la pluralité des acteurs sociaux) se trouve fondé en principe. ». Le parti a d’abord un rôle stratégique ; une machine à formation et à paris politiques. Mais, pour le bien même des projets émancipateurs, la pluralité de pensées et de partis est un préalable.

Venons donc maintenant à la question écologique et, plus profondément, à la question du pouvoir. 1. On l’a vu, il y a des histoires politiques qui mènent au débat du jour. Autrement dit, ces débats, pour partie, existaient déjà hier (réforme ou révolution ; démocratie ou efficacité ; souverainisme ou internationalisme ; etc.). 2. Dans une perspective commune (plus d’écologie, de social, de démocratie, etc.) la pluralité est une condition sine qua non à la victoire finale (si aboutissement final il y a, car l’idée de « permanence de la révolution » est un concept intéressant aussi).

Ce débat vise donc à faire vivre une filiation et à faire vivre la démocratie critique.

Dans son dernier ouvrage, Daniel Tanuro pose les termes du débat sur les différentes écologies. L’idée ici n’est pas de partir en débat avec l’ensemble des courants de l’écologie, il faudrait un livre à part entière, mais de nous contenter de parler de deux grands courants, celui de « l’écologie réelle » (pour reprendre l’exemple du socialisme réel, qui, en réalité, ne fût pas du socialisme) et une écologie radicale ET sociale. Le NPA se place plus précisément sur le courant de l’écosocialisme quand Poitiers Collectif se place sur le terrain d’une écologie institutionnelle, où le changement pourrait venir de petites prises de décisions, d’orientations stratégiques différentes à la tête des puissances publiques et privées. Pour notre part, nous pensons au contraire que cette perspective nous mène droit dans le mur. Les voix ouvertes par le capitalisme vert ne visent pas à sortir des logiques de surproduction ou de destruction de l’environnement et de la biodiversité, mais à ouvrir de nouveaux marchés dans une période où le capitalisme est en crise concrète face à la disparition de nombreuses matières premières ; et face à la montée en puissance des luttes écologistes. Entendons-nous bien : nous critiquons là la stratégie de Poitiers Collectif, pas leur sincérité dans les combats où ils s’engagent. Au même titre, les tenant de l’écologie « réelle » [comme de la gauche institutionnelle en générale] ne sont pas avares de critiquer l’inaction des anticapitalistes dans les institutions, qui ne voudraient pas « le pouvoir ».

En réalité, la question du pouvoir, nous la posons. Nous la posons en d’autres termes. Et nous nous interrogeons sur le pouvoir qu’a réellement une municipalité, aujourd’hui, alors même que dès que la question de l’élargissement politique au niveau du territoire se pose (Grand Poitiers, Département, Région, Etat, UE), le poids de cette même municipalité est limité. Pour le dire plus concrètement : à quoi bon voter aux municipales pour une équipe qui ne sera peut être pas majoritaire dans les principaux choix politiques à prendre (notamment politique de transports) ou qui, pour l’être, devra faire de très gros compromis ? En soi, cela aurait du sens [le compromis] dans une chambre à proportionnelle intégrale, mais là, on parle d’institutions anti-démocratiques, avec des éluEs au suffrage indirects et où les plus petites communes sont complètement mises hors jeu et perdent toute souveraineté et pouvoir de décision.

Je me permets donc deux mots pour revenir sur l’exemple de l’élection de la présidence de Grand Poitiers. Si le fait que ce soit une femme qui soit élue (Florence Jardin, maire divers-gauche de Migné-Auxance) est une bonne nouvelle, pour le reste on repassera. En effet, la droite fait elle aussi partie de l’exécutif de l’agglomération… Comme c’est le cas quasiment dans toutes les agglomérations, gauche et droite gèrent ensemble ! Je ne vais donc pas ici « taper » sur Poitiers Collectif car ce qu’il se passe était inévitable à partir du moment où on fait le choix du « respect » des institutions et des coutumes républicaines. Et c’est sur ça que j’insiste car celles et ceux qui les critiquent, à part nous, n’ont jamais remis en cause ces principes « républicains ». Qu’auraient-ils donc fait de mieux ? Concrètement, dans ces chambres antidémocratiques (il faudrait élire Grand Poitiers au suffrage direct) si vous ne faîtes pas d’alliances vous ne pouvez être majoritaires. Et si vous êtes majoritaires, vous ne l’êtes pas totalement sur vos idées, votre programme, car vous avez fait des alliances…

C’est pourquoi la question du pouvoir est ailleurs. Si l’on parle du pouvoir il n’est pas possible de se cantonner à une perspective électorale, d’abord et avant tout parce que les institutions font parties intégrantes du pouvoir des capitalistes. Elles sont taillées de A à Z pour les capitalistes, pour permettre un ordre établi. Poser la question du pouvoir c’est donc poser la question du renversement de l’Etat. A ce titre, se limiter à des réflexions légalistes rend le discours peu crédible, mais la crédibilité est d’autant plus attaquée quand cela se fait dans le strict espace « local », alors même que l’état est hyper centralisé.

Mais la question du pouvoir se pose aussi et surtout sur la question du pouvoir économique. Qui dirige la société aujourd’hui ? On le sait, le MEDEF a bien plus l’oreille des gouvernements que les millions de manifestantEs à qui jamais rien est cédé. C’est pourquoi il y a un enjeu prioritaire à construire un discours hégémonique disant que la démocratie que nous voulons [« nous » au sens de la population], le pouvoir que nous voulons, ne se limite pas à avoir des éluEs, mais à vouloir décider de tout ! Des choix de société, mais aussi des choix de production, des choix d’urbanisme, des choix d’agriculture, etc. Il faut la démocratie partout et tout le temps. Cela n’empêche pas des « relais », des représentations, mais cela nécessite une démocratie sociale, car « tout est politique », et, comme tout est politique la politique n’a plus à être confisquée, et ne peut plus être un métier.

6. Pistes pour une ville de combat, pour l’écosocialisme 

Nous entrons dans la dernière partie de ce long texte. J’ai décidé de le couper en 4 sous-parties afin de faire des paragraphes plus courts. Il y aura forcément des redites avec des choses déjà évoquées plus haut, mais il me paraît important de conclure en positif, et surtout de condenser les propositions afin d’avoir une proposition de « feuille de route » pour les mois à venir mais plus globalement même pour penser théoriquement notre idéal à partir de choses concrètes. Trouver des leviers, en somme.

Là encore l’idée est double. 1. Donner des billes éventuelles pour la municipalité en place si jamais il lui prend l’envie de mettre en place des mesures de gauche. Mais si on est plus réalistes les pistes évoquées résument plutôt l’action que serait celle d’anticapitalistes à la tête d’une municipalité. 2. Trouver des moyens d’agir comme opposition de gauche à la municipalité (alors même que nous n’y siégeons pas) : c’est-à-dire en soutien de ce qui se fait de bien, en opposition de ce qui est mauvais, mais en se positionnant comme une alternative totalement indépendante.

  • a. une position globale sur le monde, anticapitaliste : reconnaître les limites pour mieux aborder les difficultés

Pour nous il s’agit très certainement de la chose la plus importante. Etre en capacité de savoir d’où l’on parle, de placer le cadre de son identité politique et du lieu où l’on exerce une action politique. Selon le contexte, selon le lieu où on se place, la période dans laquelle on se situe, un choix ou une décision politique n’ont pas le même poids et le même sens.

C’est pourquoi, avec Poitiers anticapitaliste nous avions, durant la campagne, énormément insistés sur le caractère « peu démocratique » des institutions. Pour nous, gagner une municipalité dans le contexte actuel de politiques d’austérités au niveau national et européen [phénomène renforcé avec la crise sanitaire] ne va pas laisser de marges de manœuvres suffisantes pour mettre en place une politique de gauche et écologiste. Certaines choses sont faisables (voir partie « b » sur les mesures concrètes) mais l’essentiel est de dire cette situation à la population, expliquer les limites, dire d’où elles viennent afin de préparer les combats contre le gouvernement et pour de nouveaux droits (car la municipalité, dans notre conception, serait l’expression élue d’un peuple en lutte). C’est aussi une façon d’éviter les désillusions, car à dire « on va faire pour vous », alors même que l’on ne peut pas faire vraiment, on prend le risque de créer des mécontentements et des défiances (légitimes, car, souvent, les classes populaires sont éloignées de la politique, y compris des instances participatives, car les institutions sont vues comme excluantes de fait. Il faudrait aussi discuter du vocabulaire utilisé et de la langue pratiquée par les « participativistes » qui est, en elle-même incompréhensive).

« Seule la vérité est révolutionnaire » ! Et la vérité c’est que pour changer le monde, Poitiers peut servir « d’exemple » à suivre, ou plutôt « d’expérimentation », mais Poitiers ne peut pas faire seule dans son coin. Il faut une mobilisation populaire ET nationale, européenne, mondiale. Une municipalité anticapitaliste assumerait ces liens, et la volonté de tisser des ponts avec les autres localités en résistance. Poitiers ne peut être qu’un maillon d’une chaîne très longue, ou une parcelle d’une grande carte, pas le centre de gravité du changement.

Porter ce message est important car il donne un cap. En effet, on ne peut pas « tout » faire, mais on explique pourquoi, tout en bataillant pour pouvoir « tout faire » à une autre échelle. Ce n’est pas pareil que faire peu en disant que c’est une fatalité car ce serait les limites du cadre légal. La solution est justement dans l’explosion de ce cadre et dans l’irruption des gens sur la scène politique et sociale.

  • b. des mesures concrètes, transitoires, qui améliorent la vie des habitant.e.s

Une fois le cadre posé, l’idée d’impossibilité de changer les choses de « l’intérieur » n’est pas non plus un appel à l’inaction politique. Il est tout de même possible de faire un certain nombre de choses « concrètes », même si cela ne changera pas le monde. Changer le monde n’est pas, par ailleurs, forcément une action brusque et soudaine. Nous croyons en une révolution politique et sociale et celle-ci peut venir de plusieurs biais, y compris via une action « parlementaire » ou « institutionnelle », si cette action est reliée à des volontés « extra-institutionnelles ». Le risque de prendre des mesures sans ce lien avec une pratique révolutionnaire, c’est de créer des illusions sur les institutions. Or, historiquement, ces illusions ont mené au maintien des forces étatiques capitalistes et, dès lors que les rapports de force s’inversent en faveur de la bourgeoisie, alors l’ensemble des « acquis » sont perdus. C’est le cas aujourd’hui, par exemple, avec le dé-tricotage du programme du CNR.

C’est pourquoi les anticapitalistes devraient mettre en place des mesures qui 1. Répondent à l’urgence (sociale, écologique, démocratique, humaine), de façon à montrer que d’autres choix sont possibles, que la politique a du sens. C’est pourquoi il est important de se positionner en solidarité totale et concrète avec les migrants, les personnes sans logement ou mal logées ou encore les femmes victimes de violences. Les villes anticapitalistes doivent être des villes « refuges » et le plus « safe » possible. Un logement décent pour toutes et tous ou un centre d’accueil pour les femmes victimes de violences, sont des prises de positions minimales pour une mairie de gauche. 2. Incarnent une autre société. C’est-à-dire que les mesures prises doivent emmener à réfléchir à d’autres façons de faire. C’est ce que nous voulons avec les bus gratuits. Il ne s’agit pas pour nous d’une mesure « utilitariste », mais surtout d’une mesure « idéologique ». Idéologique pour plusieurs raisons : d’abord parce que cela a un rôle de rejet de la marchandisation, une mise en avant de la valeur d’usage avant la valeur marchande. Ensuite parce que cela met en avant le « bon sens », et le capitalisme est un condensé de « débilités ». Le déplacement doit être simple, fluide, collectif, écologique… il doit donc être gratuit, fréquent, de qualité, etc. 3. La gratuité des bus est un moyen de poser la question, plus globale, de la sortie du capitalisme. Le développement des gratuités et des zones de dé-marchandisation permettent de changer le paradigme de pensée, et donc de tendre vers d’autres façons de penser le monde y compris au travail, à la maison, etc. 4. Cette mesure répond à des urgences concrètes : besoin de sortie du tout voiture pour baisser les émissions de gaz polluants, besoin au déplacement, besoin d’améliorer la vie sociale des habitant.e.s (les dépenses relatives aux  déplacements sont significatives dans un foyer). 5. La gratuité des bus permettra de diminuer le nombre de voitures, et donc le développement de la marche, du vélo, ces pratiques devenant plus sûres et plus simples en ville ; et par ricochets, cela améliore la santé des habitantEs.

Cette proposition pour les bus est déclinable pour les cantines (dans lesquelles il faut du bio, du local) et cela permet de faire le lien avec une agriculture de proximité. Ou pour d’autres services publics (petite-enfance, déchets, etc.).

Encore une fois, il est possible de faire des choses mais l’on voit bien que ces mesures là ne permettent pas de taper au cœur du capitalisme (le pouvoir économique et financier). Néanmoins, c’est un moyen exceptionnel de développer les consciences, d’améliorer le cadre de vie (végétalisation, air plus pur, lutte contre les pesticides, dépollution des rivières) et de mobiliser la population sur des luttes qui dépassent l’action même de la municipalité.

  • c. une ville qui mobilise sa population : luttes, référendum, etc. 

La force d’une ville 100% à gauche serait de faire le lien entre ses luttes et sa « gestion ». Les militantEs, une fois éluEs, restent des militantEs. Simplement, ils ou elle ont un arsenal supplémentaire à utiliser.

Il y a plusieurs façons de mobiliser la population. Dans le programme de Poitiers Collectif, il est fait mention de la possibilité d’organiser des référendums locaux. Pour ce faire, il faut recueillir 5000 signatures. La première chose serait de revoir ce chiffre à la baisse (au moins de moitié) à la lumière des élections qui viennent se s’achever et où Poitiers collectif l’emporte avec moins de 6000 voix…

Mais au-delà du chiffre, nous devons discuter pour essayer de mettre en place un vote plus inclusif (droit de vote dès 16 ans, pour toutes et tous, et notamment droit de vote pour les étrangerEs).

Via le référendum local, il y a donc une possibilité de faire agir les gens autour de revendications. Il me semble utile d’avoir cette idée dans un coin de la tête, notamment pour les bus gratuits.

Mais la mobilisation de la population peut aussi se faire sur d’autres aspects. Une municipalité anticapitaliste serait très certainement empêchée, par l’Etat, de mettre en place un certain nombre de mesures, comme ce fût le cas avec les arrêtés anti-pesticides. Dans ce cas, avoir l’appui populaire des habitantEs est un préalable pour construire les rapports de force nécessaires afin de gagner des droits. Et cela doit aussi se faire via des coopérations avec d’autres villes, d’autres collectifs.

On pourrait aussi parler de luttes « offensives ». A Marinaleda, en Andalousie, la municipalité n’a jamais hésité à mobiliser les habitantEs pour aller à Séville, ou à Madrid, afin de demander des subventions, pour montrer son opposition à l’austérité. Autrement dit, plutôt que faire subir l’austérité localement aux habitantEs, il est possible, avec elles et eux, de se mobiliser pour demander les moyens d’une politique de gauche et écologique. Une municipalité de combat est possible, nous ne sommes pas obligéEs de nous limiter à une gestion et à des négociations dans des bureaux feutrés.

Enfin, une municipalité de combat c’est une municipalité internationaliste. Aussi, il semble important qu’une ville anticapitaliste créé des liens avec les peuples en lutte à travers le monde, que ce soit en Palestine, au Kurdistan, et partout où les gens se lèvent contre l’oppression, l’injustice et l’exploitation.

  • d. l’action des anticapitalistes dans tout ça 

Ce point « d » de la partie 6 est en réalité une conclusion globale à ce long texte. J’en profite pour m’excuser pour la longueur mais je préfère dire les choses deux fois afin qu’elles soient bien intégrées. Par ailleurs, certaines choses semblent être des redites mais elles se situent dans des « contextes » variés, et la nuance peut modifier la compréhension.

Ici, je veux rappeler que la question institutionnelle n’est jamais simple pour les militantEs en général et les anticapitalistes en particulier. Aussi, je crois important de privilégier la construction « par en bas », dans les luttes. Mais il me semble une erreur de négliger le travail à faire pour gagner en crédibilité et obtenir des éluEs, et donc une tribune, et donc des leviers supplémentaires. Ces leviers sont aussi des moyens pour populariser les idées révolutionnaires, l’idée qu’un autre monde est possible et souhaitable.

Le NPA de Poitiers, lors des dernières municipales, a obtenu 3% des voix. Au deuxième tour, nous avons contribué à virer le PS et ses politiques d’austérité. La nouvelle équipe en place, autour de EELV et du PCF notamment, est aussi faite de très nombreuses nouvelles personnes à qui il est important de s’adresser. Bien entendu, ce texte s’adresse en priorité à celles et ceux qui luttent, qui mobilisent dans leurs entreprises, leurs quartiers, leurs collectifs, leurs associations, leurs partis ou leurs syndicats. Mais il s’adresse aussi aux éluEs pour qui l’anticapitalisme pourrait être, demain, après débats, et après une expérience dans une institution anti-démocratique, une option tout à fait envisageable.

Les enjeux sont cruciaux. Les crises écologiques, et particulièrement la crise climatique, directement liées à la folie capitaliste, obligent à des choix politiques radicaux, loin des accords d’appareils ou de personnes au sein d’institutions opaques. Dès maintenant, la priorité est de mobiliser les peuples du monde, et Poitiers à son rôle à jouer, afin de construire d’autres logiques, d’autres pouvoirs. Un autre monde est possible, la prise de conscience écologiste qui s’exprime à travers les mobilisations de la jeunesse et via des votes écologistes montre qu’une voie, un chemin, une perspective de changement est à trouver, à tracer.

Nous ne sommes pas comblés par la victoire de Poitiers collectif et des autres écologistes en France car nous ne croyons pas du tout à leur stratégie. Mais nous ne sommes ni déçus, ni tristes, ni vexés car nous avons les idées claires et, face à ce que nous considérons comme une « avancée », nous préférons continuer de mobiliser et convaincre, nous opposer aussi si besoin, mais sans sombrer dans un sectarisme qui ne construit rien. « Il faut savoir s’endurcir sans jamais se départir de sa tendresse ». Ces mots du Che raisonnent justes dans la période où il faut mêler radicalité et unité, luttes et affinités, et, comme écrivait Gramsci adopter une attitude constructive qui mêle « l’optimisme de la volonté au pessimisme de la raison ». Ne pas bouder son plaisir, mais garder la tête froide.

Alexandre Raguet.

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