La tête dans les étoiles

L’équipe de France de football vient de remporter la Coupe du Monde. Deux étoiles orneront désormais le maillot bleu, 2018 succédant à 1998.

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Il y a deux ans, la France atteignait également la finale de la coupe d’Europe des Nations. En 20 ans, les Bleus ont participé à 3 finales de Coupe du Monde et 2 finales de Coupe d’Europe, pour des sacres en 1998, 2000 et 2018. Les héros se nomment alors Zidane, Wiltord, Trezeguet, Griezmann, Pogba, MBappé, et bien sûr Deschamps. Avant 98, seule une Coupe d’Europe (gagnée en 1984, avec Platini notamment) ornait le palmarès footballistique français, pour ce qui est de l’équipe nationale.

Une victoire de la France ?

On peut lire de ci de là que la victoire en Coupe du Monde a laissé s’exprimer un nationalisme partout dans les rues du pays. S’il est vrai que les drapeaux BBR et que les Marseillaises ont largement occupés l’espace, il serait toutefois utile de comprendre que la France majoritairement présente dans les rues (je ne nie pas qu’il y avait sûrement des fachos) était pour beaucoup une France colorée et populaire. Pour ma part, j’ai vu en centre-ville des personnes que je n’avais jamais vues auparavant…

Plutôt qu’une victoire de la France, j’ai l’impression que nous avions à faire à un sentiment de revanche sur la vie d’une population écrasée, qui se reconnaît dans l’équipe de France dont les joueurs sont majoritairement issus des quartiers populaires et de l’immigration. A titre d’exemple, 50 joueurs participants à la phase finale de la CDM sont nés en France, alors que seuls 21 d’entre eux jouent pour l’équipe de France. Et dans ces 50, une majorité vient des quartiers populaires de région parisienne. Les quartiers populaires français sont de loin les premiers quartiers fournisseurs de joueurs du mondial (nous retrouvons des joueurs nés en France jouant pour la Tunisie, le Maroc, le Sénégal, etc.).

Par ailleurs, cette joie, cette manière d’occuper l’espace dimanche soir, qui politiquement n’est pas neutre, va à l’encontre des codes bourgeois d’ordre et d’autorités : pour une nuit, les règles tombent.

Des combats politiques à construire et à mener

La récupération politique ne s’est toutefois pas fait attendre, et Macron tente la communion nationale autour des joueurs. Cela peut partiellement fonctionner, mais de là à penser que les millions de supporters et citoyen.n.e.s présent.e.s dans la rue dimanche soir vont de ce pas rallier le Président de la République parce que la France est championne du monde est au mieux absurde au pire méprisant. La pauvreté dans le pays, le racisme, le chômage, la pollution, la malbouffe, la casse de la santé et de l’éducation, toute cette politique continue, et les classes populaires en sont les principales victimes. C’est pourquoi il est urgent d’avoir un discours politique vis-à-vis de la France qui se reconnaît dans l’équipe de football, et ce discours, s’il doit être clair sur les principes, ne peut être de dénigrer le football, les footballeurs et les supporters.

Néanmoins, il faut condamner le plus fermement possible, et appeler les joueurs à le faire aussi, les agressions sexuelles survenues dans les rues dimanche soir. Il y a aussi urgence à mener de vraies campagnes de luttes contre l’homophobie dans le football, pour permettre notamment aux LGBTI de pratiquer ce sport au même niveau que les autres tout en pouvant revendiquer leur sexualité. Il y a urgence encore à valoriser le football des femmes, ignominieusement relégué à une pratique de seconde main. Enfin, le football amateur, alors que des centaines de milliers de jeunes vont sans doute rejoindre des tas de club après la Coupe du Monde, doit être valorisé, mieux financé, pour que la pratique du football reste la joie première avant la professionnalisation. Il faudrait aussi rediscuter des institutions du football mondial, véritables mafias, ou encore des transferts qui font des joueurs des objets que l’on achète (certes cher, mais quand même). Enfin, la question du racisme, et des migrants, ne peut être effacée. La France n’est pas championne du Monde. Ce sont les joueurs de l’équipe de France qui le sont, et celles et ceux qui se reconnaissent en elle. Et dans celles et ceux qui se reconnaissent en elle, il y a beaucoup de jeunes victimes du racisme d’Etat français. Aucune hypocrisie, là encore, ne peut être acceptée. Si l’équipe de France est une belle équipe, la France institutionnelle est une horreur de racisme.

Vive l’internationalisme, vive le football !

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