Trop souvent l’on entend de la bouche de celles et ceux qui renoncent à l’utopie, ou l’on comprend de la plume de celles et ceux qui la détruise, que l’Homme est voué à être mauvais. L’Homme serait un loup pour l’Homme… On ne pourrait rien changer au monde actuel, ou tout le moins on ne pourrait pas baser l’idée d’un monde meilleur sur la démocratie directe, à cause de cette horrible « nature humaine ».
Je ne veux pas, ici, reprendre le vieux débat philosophique sur la nature humaine. Je crois que les travaux de Marx en la matière ont poussé suffisamment loin le concept de l’individu comme forgé par ce qui l’entoure, aussi bien le monde physique que le monde social.
Mon but est simplement de mettre sa théorie en pratique aujourd’hui, de lui donner corps, de m’en servir comme outil d’argumentation.
L’Homme mauvais, qui aime le pouvoir, l’argent, la violence, l’Homme égoïste et perfide; est-il le fruit d’une nature humaine nauséabonde ou le fruit d’une humanité à l’image du système politique qui la fait ? Autrement dit, les comportements désagréables et inconciliables avec un monde meilleur sont-ils le fruit d’un mimétisme social ou d’une essence biologique ?
Puisque je veux faire de ce texte un outil, je vais m’efforcer de le faire court, afin de susciter le débat plutôt que de trop argumenter sur le fond.
S’il y a une nature humaine, comment se fait-il que des personnes ne soient pas égoïstes, racistes, qu’elles n’aiment pas l’argent, qu’elles soient au contraire solidaires et se battent pour un monde écologiste, anticapitaliste, communiste ou même socialiste ?
Les personnes arguant que les belles idées sont superbes mais qu’elles sont impossibles à mettre en place parce que l’Homme est mauvais par nature, souvent, ne parlent pas d’eux, mais des autres : l’Homme. Or, chaque individu représente, à sa manière, l’Homme.
Prenons l’exemple du réchauffement climatique. Nombres de textes condamnent l’activité humaine sans en dire plus. Il y a pourtant de plus en plus d’hommes qui luttent contre les émissions de gaz à effet de serre et qui proposent des solutions politiques, humaines donc, permettant de ne pas détruire la biosphère. L’activité humaine n’est pas foncièrement mauvaise, elle est parfois utile, comme lorsque des hommes ou des femmes sauvent une vie ou empêchent une expulsions de sans-papiers. Les rêves humains ne sont-ils pas aussi parfois des activités humaines magnifiques? Quid de l’art, création humaine s’il en faut !
La nature humaine est un outil de démoralisation de l’humanité. En effet, à qui profite le crime? A l’ordre existant bien entendu, car au même titre que la politique ne peut être faite que par des politiciens professionnelles, elle ne peut non-plus être un lieu de liberté et de rêve, bien qu’étayés minutieusement, car nos racines profondes nous rappellent à l’ordre un jour et tout se casse la gueule.
Il est donc normal de laisser faire la finance, normal d’avoir un flic à chaque coin de rue, normal de faire la guerre, normal d’être raciste. C’est la loi de la jungle, même Darwin, d’après eux, l’aurait d’ailleurs dit, les plus faibles doivent mourir pour que l’équilibre de la « race » reste en place.
On sait qu’il est toujours aisé de faire parler les autres à leur place. Darwin expliquait aussi que l’évolution a emmené l’Homme à un niveau de conscience, la civilisation, lui donnant des obligations morales de base envers les plus faibles, symboles justement du bien-être d’une espèce civilisée comme l’Homme vivant en société.
En fait, si l’on veut dire juste il faut dire que l’Homme capitaliste, productiviste, fasciste, est un loup pour l’Homme. Il faut dire que leur modèle politique démontre que notre société, qui a tout en main pour faire le contraire de ce qui se passe, nous mène aux abîmes.
Si nous sommes quelques uns, nombreuses et nombreux tout de même, à dire qu’un autre fonctionnement est possible surtout et avant tout parce que nous croyons en l’action collective de l’Homme débarrassée des contraintes égoïstes du capitalisme, alors il y a un espoir qui à lui seul met en branle leur propagande fataliste.