Alexandre Raguet.
Abonné·e de Mediapart

96 Billets

1 Éditions

Billet de blog 28 août 2014

« Affinités révolutionnaires. Nos étoiles rouges et noires ».

C’est le dernier bouquin des deux militants anticapitalistes, Michaël Löwy et Olivier Besancenot. Plus exactement de deux communistes révolutionnaires à la sensibilité libertaire. 

Alexandre Raguet.
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Couverture de Affinités révolutionnaires, de Michaël Löwy et Olivier Besancenot, aux Editions Mille et une Nuits © 

C’est le dernier bouquin des deux militants anticapitalistes, Michaël Löwy et Olivier Besancenot. 

Plus exactement de deux communistes révolutionnaires à la sensibilité libertaire. 

L’objectif de cet essai est de montrer que la famille révolutionnaire, extrêmement divisée sur la forme entre noirs et rouges, est pourtant portée par le même espoir de changement anticapitaliste, féministe, antiraciste, anti-autoritaire et démocratique. 

Ce livre est coupé en quatre étapes. Dans un premier temps, les auteurs reviennent sur les convergences entre le mouvement marxiste et anarchiste. De la Commune de Paris (1871) à la naissance du mouvement altermondialiste. En passant bien entendu par les lieux communs aux révolutionnaires que sont les syndicats. 

Le rappel historique se poursuit ensuite par des portraits de révolutionnaires marxistes et anarchistes, là encore pour montrer les concordances souvent inavouées. Les incontournables Louise Michel et Rosa Luxemburg sont à l’honneur, mais l’on découvre également le Sous-commandant Marcos, Pierre Monatte, ou l’espagnol Buenaventura Durruti. Michaël Löwy nous offre de sa plume une lettre fictive à Benjamin Péret. Olivier Besancenot, lui, utilise l’art épistolaire en direction de Louise Michel, l’anarchiste dont lui parlait sa grand-mère lorsqu’il était enfant. 

Après ce passage sur les personnalités, avec de belles photos les illustrants, le déroulement du livre nous mène aux conflits historiques qui ont secoué les deux courants. Les trois principaux sont sans conteste la Révolution Russe d’Octobre 1917, puis Le conflit de Kronstadt en 1921, et enfin le Conflit avec Makhno de 1918 et à 1921. 

Bien qu’issus d’un courant trotskyste, les deux auteurs, qui mettent d’abord sur le papier les différentes positions des conflits et les différentes analyses, ne prennent pas nécessairement le parti des bolcheviks. Au moins sur le conflit de Kronstadt où ils écrivent : « L’écrasement des marins de Kronstadt n’était pas « une tragique nécessité », mais  une erreur et une faute. ». Propos importants pour qui ne souhaitent pas « refaire l’histoire » mais « tirer les conséquences de cet événement pour préparer l’avenir ». De bon augure pour la construction d’une alternative anticapitaliste.

La fin du bouquin reste tout de même la partie la plus exaltante. 

Dans la troisième partie, nous avons droit à la présentation de trois auteurs jugés « marxistes libertaires ». Il s’agit de Walter Benjamin, d’André Breton et de Daniel Guérin. Tous les trois représentent, chacun à leur manière, à la fois l’anarchisme et le communisme. Ces passages apportent des options, qu’il est nécessaire d’approfondir. Michäel Löwy l’a fait, surtout sur Walter Benjamin dans son livre « Juifs hétérodoxes » qui analyse les intellectuels juifs en Europe centrale au XXe siècle.

Enfin la quatrième et dernière partie pose quelques questions politiques mais surtout apporte quelques réponses. Notamment sur le fédéralisme. Où il est question d’un monde où la démocratie se joue sur les lieux de travail et d’habitation. Ces lieux de vie démocratique, loin d’être autarciques, seraient liés par un fédéralisme régional, continental et mondial nécessaire, par exemple pour régler la question écologique. C’est une vision internationaliste défaite du centralisme. D’où le besoin, tout de même, d’une « planification démocratique de l’économie », en opposition à la liberté des marchés et à la « planification bureaucratique » de la vie. Ce point fait débat entre anarchistes et marxistes, les premiers voyant dans une planification l’émergence d’un totalitarisme. Mais, défendre une perspective commune à tous, basée sur les démocraties permanentes, n’est-ce pas justement un positionnement communiste libertaire ? 

Les questions tournent ensuite sur l’autogestion et le pouvoir, les syndicats et les partis, mais aussi sur l’écologie. Michaël Löwy et Olivier Besancenot défendant une perspective écosocialiste, libertaire car démocratique, et ne reniant pas l’importance de l’individu dans la société à construire, et donc de la liberté. 

La conclusion logique se trouve dans la volonté de rassembler les familles rouges et noires, pour emmêler nos étoiles de liberté et d’égalité. 

L’auteur de ce billet se trouve justement être marxiste libertaire, du moins le croit, à la lecture de cette pensée de Benjamin (reprise dans le bouquin) qui voit les différences entre marxistes et libertaires comme deux morceaux qui ne font qu’un, c’est-à-dire « l’ivresse libertaire » et « la sobriété marxiste ». 

Achetez vos livres à la librairie La Brèche ! Celui-ci est à 5€ : http://www.la-breche.com/catalog/product_info.php?products_id=3167&osCsid=7270abffee6c6e3c8974abd325f96895

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
En Inde, après l’attaque contre Rushdie, le silence éloquent des politiques
« Les Versets sataniques » ont été interdits en Inde, son pays natal, en 1988. Un an avant la fatwa prononcé par l’Iran contre Salman Rushdie, qui allait faire de sa vie un enfer. Son agression aux États-Unis en fin de semaine dernière n’a suscité aucune réaction officielle, dans un pays où les condamnations au nom du respect des croyants hindous se multiplient.
par Côme Bastin
Journal
Franquisme : des historiens démontent les thèses révisionnistes relayées par « Le Figaro »
La publication dans un hors-série du « Figaro » d’un entretien-fleuve avec l’essayiste d’extrême droite Pío Moa, pour qui les gauches sont entièrement responsables du déclenchement de la guerre civile en Espagne en 1936, suscite l’indignation de nombreux historiens. Retour sur une entreprise de « falsification ».
par Ludovic Lamant
Journal — Amérique Latine
Au Chili, la menace d’un refus plane sur la nouvelle Constitution
Face aux crispations sur certains points de la nouvelle Constitution, le gouvernement chilien prévoit déjà des réformes au texte en cas d’adoption par référendum le 4 septembre. Une position défensive qui témoigne de l’étroitesse du chemin vers la victoire du « oui ». 
par Mathieu Dejean
Journal — Amériques
Le jeu dangereux du Parti des travailleurs avec les militaires
Créé par Lula en pleine dictature, le PT, une fois au pouvoir, a malgré tout entretenu des relations cordiales avec l’armée brésilienne. Puis des tensions sont apparues, jusqu’à faire revenir officiers et généraux dans l’arène politique, en faveur de Jair Bolsonaro.
par Jean-Mathieu Albertini

La sélection du Club

Billet d’édition
Besoins, désirs, domination
[Rediffusion] Qu'arrive-t-il aux besoins des êtres humains sous le capitalisme? Alors que la doxa libérale naturalise les besoins existants en en faisant des propriétés de la «nature humaine», nous sommes aujourd'hui forcé·e·s, à l'heure des urgences écologique, sociale et démocratique, à chercher à dévoiler et donc politiser leur construction sociale.
par Dimitris Fasfalis
Billet de blog
Leur sobriété et la nôtre
[Rediffusion] Catherine MacGregor, Jean-Bernard Lévy, et Patrick Pouyanné, directrice et directeurs de Engie, EDF et TotalEnergies, ont appelé dans le JDD à la sobriété. En réponse, des professionnel·les et ingénieur·es travaillant dans l'énergie dénoncent l'hypocrisie d'un appel à l'effort par des groupes qui portent une responsabilité historique dans le réchauffement climatique. Un mea culpa eût été bienvenu, mais « difficile de demander pardon pour des erreurs dans lesquelles on continue de foncer tête baissée. »
par Les invités de Mediapart
Billet de blog
Réflexions sur le manque (1) : De la rareté sur mesure
Pour que l’exigence de qualité et de singularité de l’individu contemporain puisse être conciliée avec ses appropriations massives, il faut que soit introduit un niveau de difficulté supplémentaire. La résistance nourrit et relance l’intérêt porté au processus global. Pour tirer le meilleur parti de ces mécanismes psycho-comportementaux, nos sociétés "gamifiées" créent de la rareté sur mesure.
par clemence.kerdaffrec@gmail.com
Billet de blog
De quoi avons-nous vraiment besoin ?
[Rediffusion] Le choix de redéfinir collectivement ce dont nous avons besoin doit être au centre des débats à venir si l'on veut réussir la bifurcation sociale et écologique de nos sociétés, ce qui est à la fois urgent et incontournable.
par Eric Berr