Pour un confinement écosocialiste

La gestion de la crise sanitaire est une catastrophe. Alors même que la première vague a mis en évidence les failles d’un système de santé épuisé par les politiques d’austérité, rien a été réellement fait de ce côté-là pour que, justement, les patientEs puissent être mieux traités, et le personnel soulagé dans les hôpitaux, via des embauches massives.

La gestion de la crise sanitaire est une catastrophe. Alors même que la première vague a mis en évidence les failles d’un système de santé épuisé par les politiques d’austérité, rien a été réellement fait de ce côté-là pour que, justement, les patientEs puissent être mieux traités, et le personnel soulagé dans les hôpitaux, via des embauches massives.

Au lieu de ça, le gouvernement fait toujours le même choix : l’alliance d’une politique de maintien du travail à tout prix et de politiques sécuritaires. Cette politique a une conséquence néfaste et dangereuse : elle assimile la lutte légitime contre le virus à une lutte pour limiter les droits des populations.

Distinguer la lutte contre le virus de la lutte contre l’autoritarisme est vital pour nous. Il y a un risque évident d’une deuxième vague massive et destructrice. Des proches, des amiEs, des voisinEs, des collègues sont déjà touchéEs, et cela va empirer. C’est pourquoi il faut prendre ce sujet au sérieux et nous protéger car ce sont nos vies qui sont en jeu. Je ne rentre pas dans les détails chiffrés ici (lire par exemple les articles de Caroline Coq-Chodorge sur Mediapart), mais il semble que, comparé à la première vague, il y a au moins une semaine de retard pour la mise en place d’un confinement qui freinerait la propagation de l’épidémie. Aussi, ce sont déjà des milliers de drames supplémentaires qui sont à prévoir, victimes des choix de ce gouvernement.

En effet, qu’a fait le gouvernement entre juin et aujourd’hui pour prévoir ce qu’il se passe depuis quelques semaines ? Politiquement, il a distillé le sexisme et le racisme, notamment avec la polémique de la « tenue républicaine » et la taille des jupes des adolescentes au collège, ou encore contre les musulmanEs, avec des ministres Darmanin et Blanquer en première ligne pour parler du « séparatisme » et de « l’ensauvagement ». Tout cela alors même que la priorité sanitaire était brulante. Depuis le drame qui a coûté la vie à Samuel Paty, victime d’un tueur nourrit aux idées d’un islam intégriste, le gouvernement a même amplifié ce discours qui stigmatise l’ensemble des musulmanEs. Et à travers les musulmanEs, c’est l’ensemble des étrangerEs non-blancs qui sont viséEs, on peut le comprendre à la lecture des politiques anti-immigrés, des OQTF qui se multiplient, et du développement des discours amalgamant « terrorisme et immigration ». Les manifestations pour la régularisation des sans-papiers d’octobre 2020 sont passées inaperçues médiatiquement, celle de Paris était pourtant une vraie réussite. Ce que l’on peut dire, c’est que, comme cela est de coutume en France depuis au moins 20 à 30 ans, dès qu’une crise politique et sociale se présente, les discours « sécuritaires » reviennent. C’est pourquoi il faut mener les combats sur les deux fronts : pour des droits sociaux (santé, éducation, salaires, etc.) et pour des droits démocratiques (droits civiques, libertés individuelles et collectives, droits des étrangerEs, etc.).

Revenons-en à la crise sanitaire. Au risque de choquer quelque peu, je vais assumer ici un propos : je suis pour un confinement. Comme cela a été évoqué plus haut, les risques sont trop importants pour continuer à ne rien faire, ou plutôt à « mal faire ». Cela dit, je m’oppose à un confinement « sécuritaire ». Je m’explique. Pour reprendre la formule que j’aime il y a « Leur confinement et le nôtre ». Aussi, je suis opposé à tout confinement, ou tout couvre-feu, dont le but est d’interdire aux gens d’avoir des activités de loisir, de détente, ou même des activités politiques, syndicales, de lutte, alors même que le travail, et en particulier l’activité salariée, elle, continue. Pour faire vite je m’oppose à un confinement capitaliste, et je défends un confinement écosocialiste.

Il faut pour cela prendre des mesures qui ont pour but de maintenir aux personnes un niveau de vie digne, notamment avec le maintien du salaire et une loi d’interdiction des licenciements.

Il faut maintenir le travail uniquement lorsque c’est strictement nécessaire (santé, alimentation). Il faut prendre soin de la santé mentale des personnes, aussi il n’est pas possible de stopper totalement la vie culturelle par exemple. Ni la vie politique et syndicale. Le droit de manifestation doit être maintenu.

Il faut diviser le temps de travail massivement afin que les personnes en télétravail, par exemple, ne deviennent pas dingues. Cela permettra aussi de partager les tâches entre toutes et tous.

Il faut augmenter massivement le nombre de bus, de tramways, de vélos (afin de permettre que les contacts soient moins fréquents), en rendre l’usage gratuit (les gens n’ont pas à payer alors qu’ils prennent des risques).

Il faut régulariser les sans-papiers afin qu’ils puissent elles et eux aussi se protéger sereinement. Il faut que tout le monde puisse avoir un toit et un logement correct.

Il faut un confinement intelligent : le problème n’est pas d’interdire dans tous les sens ou de mettre en place des mesures ridicules mais d’expliquer les dangers, de donner des solutions pour les actes individuelles (et pas de s’immiscer dans la vie des gens), et d’avoir une politique pour le collectif. Si des événements publics sont organisés ou maintenus, il ne faut pas les interdire, mais des personnes compétentes, informées, doivent être présentes pour expliquer les risques. Il faut faire confiance aux organisations syndicales et aux manifestantEs pour prévoir des manifestations ou des réunions « saines » s’il doit y en avoir. Et il faut donner les moyens pour que les mesures barrières soient réalisées correctement.

Le confinement ne doit pas être synonyme de prison. Il doit, au contraire, être l’occasion de remettre au centre des choix politiques ce qui est le plus important pour la collectivité : la vie des gens (au sens large). C’est pourquoi je m’oppose à toute dérive totalitaire du gouvernement (y compris par voie de manifestation si besoin), tout en défendant une politique sanitaire et sociale à la hauteur des enjeux.

Alexandre Raguet

 

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