La fausse bonne idée du référendum sur la loi travail

Dans une tribune publiée sur Mediapart, onze personnalités de gauche, des ex-PS, des membres d'ATTAC, de la Fondation Copernic, demandent à ce qu'un référendum soit organisé sur la question de la loi travail. Pour ou contre la loi travail, donc ?

Les auteurs de la tribune affichent bien évidemment très clairement leur rejet de la loi travail. Mais des désaccords tactiques importants apparaissent. Ces désaccords vont jusqu'à proposer une sortie institutionnelle à notre lutte sociale qui dure depuis le 9 mars.

Les 11 signataires expliquent que le gouvernement doit arrêter « de faire monter les tensions », que « il faut débloquer la situation », que le gouvernement doit débattre des « propositions des organisations syndicales ». Autant de formules assez floues pour ménager la chèvre et le chou, c'est-à-dire avoir un pied dedans et un pied dehors dans le jeu institutionnel.

La phrase qui est sans doute la plus parlante est celle-ci : « Il est temps qu’un juge de paix advienne ». Et donc de conclure que le peuple doit trancher par un référendum. On y est. Ce texte touche à la bonne question, qui est celle de la représentativité, mais avec des vieux réflexes, des vieilles références, où la démocratie ne s'exprime que par le « Oui » ou le « Non » à une question que l'on nous impose, avec des règles qui méritent parfois d'être dénoncées (comme à NDDL dimanche dernier).

Vous allez me dire : mais quel est ton problème ? Oui, le peuple doit trancher.

Mais quel peuple ? Et comment doit-il trancher ?

Depuis le 9 mars, des milliers, des millions même, de manifestants battent le pavé, font grève, se retrouvent sur des places pour débattre et agir, font des actions de blocage de l'économie. Avec une revendication qui revient sans cesse : ni amendable, ni négociable, rejet du projet de loi. La revendication est donc claire, et il n'y a rien à négocier ou à débattre avec ce gouvernement PS-MEDEF. Si celui-ci veut sortir de la crise, il n'a qu'à retirer la loi.

Le gouvernement Valls-Hollande est minoritaire partout : dans le PS Valls est minoritaire, au parlement il l'est aussi, dans l'opinion il l'est encore plus. Tous les sondages démontrent que cette loi est rejetée. Pourquoi un référendum ? La démocratie réelle consiste en une démocratie permanente, le vote en est un élément, mais pas l'alpha et l'omega. De plus, qui croit encore aux vertus du vote dans cette « démocratie » de la Vè République ? Rappelons-nous le dernier vote contre la constitution européenne ? Rappelons-nous ces élus qui ne respectent pas leurs mandats.

C'est bien là la leçon du mouvement social contre la loi travail. C'est qu'il rejette la loi, et son monde ! Le mouvement ne veut plus des politiques d'austérité, mais ne veut plus non-plus de celles et ceux qui les mettent en place, ne veut plusdes institutions qui permettent cela. L'émergence des Nuits debout devrait permettre de comprendre le message d'une fraction très politisée des manifestants. La crispation que nous vivons ne se limite pas à la loi travail, mais à l'ensemble du système. La loi travail est la goûte d'eau qui a fait déborder le vase. Nous ne voulons pas sortir de ce mouvement, nous voulons l'emmener jusqu'au bout, jusqu'au retrait de la loi, jusqu'à la fin de ce système capitaliste.

Pas besoin d'un référendum donc puisque ce monde ne nous représente pas. La revendication du mouvement est simple : retrait du projet de loi ! Voici la seule proposition que nous faisons au gouvernement. 

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