Le dur labeur des 500 parrainages...

2017 approche. Le NPA a décidé de présenter Philippe Poutou à l'élection présidentielle. Au-delà des idées, du programme, ou de l'intérêt politique que chacun peu avoir pour cette candidature, nous (les militants du NPA) voici plongés dans de longs mois de travail au près des élus des petites communes de l'ensemble du territoire.

C'est un frein à l'expression démocratique qui doit interpeler plus largement que les rangs des "petits partis". 

Le NPA n'est pas la seule organisation politique à connaître cette galère. Même Mélenchon, crédité d'un score à deux chiffres dans les sondages, a du mal à recueillir les précieuses signatures. La loi, telle qu'elle est, ne garantie pas la présence des courants politiques significatifs du pays. Et en 2017, ça sera encore plus difficile, puisque les noms des maires seront rendus tous publics, et que c'est les maires eux-mêmes qui devront envoyer leurs parrainages au ministère - alors qu'avant nous les récupérions un à un et allions les emmener nous mêmes...

Le PS, qui devait apporter de la proportionnelle, pour permettre une meilleure représentation politique, a, en fait, durci les barrages administratifs pour empêcher les « petits » candidats de se présenter. Et a oublié la proportionnelle. Comme il a oublié le droit de vote des étrangers. Autant d'oublis qui éloignent un peu plus la démocratie dans ce pays. Et dire que c'est « la gauche » qui mène cette politique...

Je profite de publier ce petit texte car je suis, au moment où j'écris ces lignes, dans le département de l'Indre, où je recherche quelques signatures de maires. C'est un peu mon carnet de bord. La journée est d'ailleurs peu fructueuse, puisque seuls deux maires ont été rencontrés, et aucun ne nous a parrainé. En plus de l'Indre (que je fais exceptionnellement ce weekend, cf Antoine), je fais également mon propre département, la Vienne (cf Manon et Sourabad), et un morceau de la Charente dans le pays du Manslois et de la Boixe, où j'ai grandi (cf. papa Gégé, ou Papi cocotte, c'est selon). Ça fait du territoire ! On voit de beaux paysages. On fait de belles - et moins belles - rencontres. On sort un peu des sentiers battus de la politique. 
Heureusement, on se partage l'ensemble de ces villes et villages à plusieurs. Et je ne suis jamais seul lors des voyages. À deux, on se motive, on partage les kilomètres et on refait – un peu – le monde, entre deux albums de Renaud (pas le dernier, rassurez-vous !). 
Depuis le mois de septembre, j'ai ainsi dû rencontrer une quinzaine de maires, pour environ 70 communes visitées. Ça fait des kilomètres ! Ça fait du temps de donné ! Mais ça paye un peu. Une signature a été obtenue. Et on a quelques pistes ! Donc on lâche pas. 
Et puis, les maires sont, très souvent, des personnes sympathiques, avec qui nous discutons de la vie politique dans les communes rurales, de la casse des services publics, des écoles et des postes qui ferment... Beaucoup d'élus se retrouvent d'ailleurs dans notre démarche de dé-professionnalisation de la politique, puisqu'ils sont, eux-mêmes, des travailleurs – ou retraités - en plus d'être élus. 
Mais beaucoup d'élus refusent de parrainer, aussi. Par peur, assez souvent. Et les peurs sont diverses. La peur du PS, la peur des élus du conseil municipal, la peur de s'afficher, la peur du « qu'en dira-t-on ? ». Il faut alors argumenter et rassurer. Ainsi, on obtient... un second rendez-vous. Et un second voyage. C'est aussi ça, la recherche des parrainages. Pendant que les « grands » partis apparaissent publiquement, nous, on est des centaines à "perdre du temps" sur les routes. Même si le temps n'est jamais vraiment perdu. Et quand on aura les signatures, on aura au moins gagner le droit d'aller rappeler aux politiciens professionnels qu'on n'est pas plus bêtes qu'eux – sans doute l'est-on même moins – et que la politique est aussi notre affaire.

Comment ça marche, la recherche des signatures, concrétement ? D'abord, c'est mieux d'être retraité, ou du moins d'avoir du temps. Sinon on pose des congés (c'est ce que je fais). Ou on y va les weekends. Il suffit de choisir un canton, de noter les villages qui le composent, de chercher les noms des maires, leurs étiquettes, les horaires d'ouvertures des mairies, de prendre les adresses personnelles des maires et leurs numéros dans l'annuaire... Puis, on se munit du matériel adéquat : la lettre de Philippe Poutou (signée aussi par les portes-paroles), le document de pré-formulaire à faire signer, une carte routière (si on connaît mal le territoire), un téléphone portable, du papier et des crayons pour noter tout ce qui peut être utile, ou pour laisser des mots personnels lorsque l'on connaît les élus. Vraiment, ça vaut le coup de se battre pour imposer une candidature anticapitaliste portée par un ouvrier et pour montrer que malgré leurs freins, nous pouvons relever le défi. C'est d'abord un défi militant. Et, à la vue de la crise politique que nous vivons, il est impératif de faire exister autre chose, une autre voix-voie, non-professionnelle de la politique. 

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