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Billet de blog 9 juillet 2025

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Municipales 2026 : Faire tomber le séparatisme bourgeois dans les Hauts-de-Seine

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Les élections municipales arrivent à grand pas. Les militants insoumis s’activent sur le terrain et bâtissent des programmes pour faire advenir localement la révolution citoyenne. Dès lors, une stratégie claire doit se bâtir à partir d’une analyse électorale fine. A cet instar, les dernières élections et notamment celles pour les européennes  nous permettent d’identifier les forces et faiblesses des formations politiques en présence dans les Hauts-de-Seine. Cette note de blog propose donc une analyse électorale pour les insoumis et celles et ceux qui souhaitent changer la vie des gens.


Partie 1 : Les Hauts-de-seine terres d’avenir pour un programme de rupture

Le département des Hauts-de-Seine est souvent vu comme un territoire bourgeois. Il compte en effet 32,6% de cadres contre 12,2% au niveau national, 14,5% d’employés contre 16% au niveau national et seulement 6% d’ouvriers contre 14,1% au niveau national. Pourtant, celui-ci est loin d’être uniforme  d’un point de vue sociographique. Quand des villes comme Gennevilliers et de Bagneux abritent plus de 65% de logements sociaux ; les villes comme Neuilly-sur-Seine et de Vaucresson abritent quant à elles moins de 10% de logements sociaux. Ces dernières préférant payer des amendes de plusieurs millions d’euros plutôt que de respecter la loi SRU prévoyant 25% d’habitat social. Dans le département 16 villes sur 36 ne respectent pas cette loi alors que 70% des Français sont éligibles aux logements sociaux. Les villes riches font donc le choix délibéré de s’affranchir de la masse des français créant ainsi un séparatisme bourgeois qu'il convient de faire tomber lors des prochaines élections municipales. La lutte contre la ségrégation socio-spatiale est ainsi un enjeu politique majeur.

Ce substrat paraît peu favorable aux idées de gauche. Pourtant, la France insoumise a obtenu des résultats bien supérieurs à ceux nationaux aux dernières élections.

En 2022, Jean-Luc Mélenchon obtient 25,8% des voix dans le département, 4 points de plus que la moyenne nationale. A l’élection européenne de 2024 le mouvement insoumis se porte à 15,8% des votants avec 91 966 électeurs, soit 6 points de plus que la moyenne nationale. Dans plusieurs villes, la France insoumise fait des percées considérables : 53% à Gennevilliers, 47% à Villeneuve-la-Garenne, 37% à Nanterre, 29% à Clichy, 26% à Colombes et 20% à Asnières-sur-Seine. Dans 28 villes les insoumis réalisent plus de 10% des voix permettant ainsi d’atteindre le second tour des élections municipales si nous venions à partir sans appui.

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La liste Place publique - Parti socialiste (PP-PS) réalise quant à elle 16,5% des voix dans le département à l’élection européenne. Ce résultat semble être proche de celui des insoumis, mais il est à relativiser. D’abord car la liste PS-PP ne réalise dans aucune ville plus de 25% des voix. En outre, les électeurs de Raphaël Glucksmann ne sont pas « fidèles » à la gauche. En effet, durant les élections législatives de 2024 qui ont suivi, 14 000 voix s’évaporent pour le NFP dans les circonscriptions 6, 7 et 10 malgré une hausse de 14,5 points de la participation dans le département. L’analyse fine des résultats permet de formuler l’hypothèse suivante : une partie significative des électeurs PP-PS n'ont pas suivi la dynamique unitaire du Nouveau Front populaire. Dans un contexte local sociologiquement aisé (zones très urbaines habitées par les classes moyennes ou supérieures), une partie de l’électorat PP-PS semble avoir préféré voter pour les candidats du camp présidentiel, que l’union de la gauche, peut-être perçue comme plus menaçante de leurs intérêts. Le vote pour la liste portée par Raphaël Glucksmann étant alors vu comme un vote d’adhésion au néo-libéralisme. En outre, la campagne nationale de la majorité présidentielle axée sur la peur de « l’extrême-gauche », a pu peser dans l’arbitrage d’un électorat néo-libéral plus intéressé par la sauvegarde de son patrimoine, qu’au partage de la richesse. Ce résultat est aussi la conséquence de la participation du PS à la meute médiatique contre la France insoumise ce qui a donc conduit à la fragilisation de la gauche dans son ensemble.

Les écologistes ont réalisé plus de 10% des voix dans seulement deux villes : Malakoff et Vanves. Ce qui réduit considérablement leur chance de se maintenir au deuxième tour des élections municipales dans le département s’ils venaient à partir seuls. Par ailleurs, il faut souligner la corrélation entre les résultats obtenus par EELV en 2019 à ceux obtenus par le PS en 2024. Le PS a récupéré les électeurs écologistes de 2020. L’effet mirroir ville par ville est saisissant. Dès lors, deux groupes sociaux complémentaires peuvent permettre à la gauche de remporter des villes dans les Hauts-de-Seine : les classes moyennes supérieures des centres villes votant pour le PS ou bien pour Les écologistes ; et les classes dominés des quartiers populaires revenus au vote pour la France insoumise.

Enfin, les communistes réalisent des scores supérieurs à ceux nationaux dans les bastions Malakoff, Gennevilliers et Bagneux. Ce qui démontre une implantation locale à l'œuvre depuis plusieurs décennies voire 90 à Bagneux et un siècle pour Malakoff. C'est la preuve qu'il est toujours possible de changer la vie des gens via un programme ambitieux de gauche radicale.

Pour résumer : Les dernières élections ont montré la fulgurante ascension des insoumis dans tout le département, nous permettant de nous maintenir second tour des élections municipales dans 28 villes si nous venions à partir seul. Les résultats des socialistes sont quant à eux à relativiser du fait de la disparition d’un grand nombre de leurs électeurs lors de la constitution du NFP.

Partie 2 : qui vote pour le Nouveau Front populaire ?

Le vote pour le Nouveau Front populaire se fait sur les bases sociologiques de la France insoumise issue quant à lui de la masse des abstentionnistes. Le programme du NFP construit à partir de l’Avenir en commun à permis de bâtir une confiance avec les électeurs insoumis et une partie des abstentionnistes. En effet, plus la France insoumise est forte, plus le NFP l’est également. Ce phénomène se visualise quand on met en corrélation les résultats obtenus par le NFP et ceux obtenus par la France insoumise à l’élection européenne (tableau ci-dessous). En outre, cela se confirme d’autant plus quand on sait qu’une partie significative de l’électorat socialiste préfère voter pour les candidats macronistes aux élections législatives.

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Dès lors, plusieurs conséquences politiques ressortent de cette analyse :

  1. La présence de la France insoumise est indispensable au maintien ou à la conquête des villes du département. La stratégie insoumise d’aller inscrire des masses de citoyens sur les listes électorales et de les pousser à aller voter pour reprendre leur destin en main est une réussite en permettant de faire grimper le nombre d’électeurs à gauche. Un grand nombre d’électeurs ont voté pour l'union car ils ont confiance dans la France insoumise et son programme de rupture. Ces derniers s'abstiendraient s’ils ne pouvaient pas compter sur notre présence. Ces nouveaux électeurs compensent donc largement les électeurs macro-compatibles qui refuseraient d'aller voter pour une liste d'union.
  2. Les alliances PS-EELV n’ont pas d’utilité stratégique, les deux partis partageant la même base sociologique. Le regroupement de ces forces ne permettra donc pas d’additionner des bases électorales différentes. Par ailleurs cette base électorale plus volatile et qui en fonction du vote “utile” peut se porter sur la France insoumise ou bien sur les macronistes.
  3. Les insoumis bénéficient de la base militante la plus étendue sur le département. Pourtant, le mouvement n’a qu’un très faible nombre de conseillers municipaux. Les insoumis ont donc tout à gagner et pourraient se maintenir au deuxième tour des élections municipales dans 26 villes du département si des alliances doivent se faire sans nous. Les partenaires de gauche devront prendre acte du constat de ce nouveau rapport de force s’ils veulent garder leurs municipalités ou en gagner de nouvelles.

Les Insoumis dans les Hauts-de-Seine, comme partout en France, se tiennent prêts à porter des listes d'alliance de la gauche, conformément à la stratégie nationale votée par les insoumis lors de l'Assemblée Représentative du mouvement en décembre 2024. Ces alliances ne pourront se faire que sur la base d'un programme de rupture clair et d'une prise en compte du nouveau rapport de force à gauche, pour enfin en finir avec l'hégémonie de la droite altoséquanaise. Bien sûr, ces résultats ne suffisent pas à faire passer des villes à gauche. La constitution de programmes municipaux radicaux capables de transformer la vie des gens est la priorité pour convaincre les citoyens de se tourner vers l’alternative politique que nous portons.

Je tiens à remercier Annabelle Huet, Jules Séjourné, Justine Larnarc et Sacha Barbier pour leurs contributions.

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