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Billet de blog 7 janvier 2026

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Trump et l’empire américain : le vertige avant la chute ?

Arrestations spectaculaires, saisies de navires, menaces ouvertes : l’Amérique de Trump agit sans retenue. Mais les empires ne s’effondrent pas dans le silence. Ils s’agitent, provoquent, frappent, jusqu’au seuil où l’outrance appelle une limite. Et si ces démonstrations n’étaient pas une apogée, mais les convulsions d’un ordre en fin de course ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Depuis le début de 2026, la politique extérieure des États-Unis sous la présidence de Donald Trump prend une tournure qui dépasse largement la simple agitation politique interne : elle s’apparente à une intensification sans précédent de l’exercice unilatéral de la puissance américaine. De Caracas à l’Atlantique Nord, de la mer des Caraïbes au Groenland, les actions de l’administration américaine — capture d’un président en exercice, saisies de pétroliers, menaces envers plusieurs États — posent une question majeure : jusqu’où peut aller cette stratégie avant de provoquer une rupture ?

Un modèle impérial qui se radicalise

Le 3 janvier 2026, des forces américaines ont mené une opération militaire contre le Venezuela, aboutissant à la capture de Nicolás Maduro et de son épouse, qui ont été transférés vers les États-Unis pour y être jugés. Le président Trump a déclaré que les États-Unis allaient « gérer temporairement » le pays, notamment pour exploiter ses ressources pétrolières — geste inédit depuis la doctrine Monroe du XIXᵉ siècle. CBS News+1

Parallèlement, la marine américaine a saisi au large de l’Atlantique plusieurs pétroliers liés au Venezuela, dont au moins un battant pavillon russe, ce que Moscou a qualifié d’« acte de piraterie ». The Washington Post+1

Ces opérations ne sont pas isolées : elles s’inscrivent dans une démarche agressive visant à contrôler des ressources énergétiques, à affirmer une présence militaire accrue et à affaiblir les alliances de ses rivaux — Chine, Russie et Iran — dans des régions stratégiques. Le président Trump a même évoqué la nécessité de « contrôler » ou d’acquérir le Groenland pour des raisons de sécurité nationale, face à la présence accrue de forces russes et chinoises dans l’Arctique. Scripps News+1

Le paradoxe : puissance ou fuite en avant ?

Ces actions spectaculaires donnent à certains de ses partisans l’illusion d’une Amérique invincible, prête à défier quiconque. Pourtant, on perçoit aussi les signes d’une puissance à cran, voire en crise stratégique.

Un pays dominant ne détourne pas ses forces armées pour capturer un chef d’État étranger sans justification solide, ni ne revendique ouvertement l’exploitation d’un autre pays comme un acte de « gestion » économique prolongée. Ce type de comportement ressemble moins à l’exercice réfléchi de la puissance qu’à un vertige de corps politique idéologiquement sous tension.

Deux éléments récents illustrent ce phénomène :

  • les saisies répétées de navires pétroliers, souvent au mépris des conventions maritimes internationales selon certains observateurs ; Wikipédia

  • les déclarations de Trump menaçant plusieurs États — de Cuba à l’Iran, en passant par le Groenland et la Colombie — de « conséquences sévères » si leurs politiques ne s’alignent pas sur la stratégie américaine. People.com

Cela ressemble à une politique de force brute plutôt que de leadership stratégique, où la puissance écrase les normes internationales plutôt que de les faire respecter.

Une escalade qui finit par produire ses propres contradictions

Cette politique agressive ne peut pas perdurer indéfiniment sans réactions significatives de la part des grandes puissances mondiales. La Russie et la Chine, bien qu’ayant jusqu’ici adopté une posture prudente face à ces provocations, ne peuvent pas rester spectatrices si les États-Unis étendent leur pré carré au point de menacer directement leurs intérêts stratégiques.

Dans un contexte où :

  • la liberté de navigation en mer est un principe invoqué par Washington,

  • mais où les mêmes États-Unis agissent de manière unilatérale en haute mer,
    les contradictions deviennent trop évidentes pour être ignorées. Wikipédia

L’Asie orientale est déjà un point de tension : les livraisons d’armes à Taïwan sont au centre de l’attention, avec Pékin promettant de s’y opposer. L’Occident, sceptique, se rassure qu’il ne se passera rien, alors même que des incidents en mer de Chine méridionale font régulièrement craindre un affrontement majeur entre marines.

Vers un seuil de rupture ?

L’idée que la seule force puisse arrêter la force prend ici tout son sens. Dans un système international de plus en plus multipolaire, où la Chine affirme sa montée en puissance et où la Russie cherche à préserver sa sphère d’influence, une domination américaine incontrôlée pourrait provoquer un choc de front : non seulement un choc géopolitique, mais aussi une rupture des normes qui régissent l’ordre mondial depuis la fin de la Guerre froide.

Ce choc — qu’on peut appeler le pivot entre l’ancienne hyperpuissance et les nouveaux centres de gravité du pouvoir global — pourrait se produire précisément parce que Trump et ses alliés semblent agir sans tenir compte des limites historiques, diplomatiques et juridiques inscrites dans les relations internationales.

Cette dynamique rappelle une métaphore bien connue : un cerveau en activité intense juste avant la mort. Une puissance qui se débat vigoureusement, mais qui, en refusant d’adapter sa stratégie au monde multipolaire actuel, peut provoquer sa propre perte stratégique.

Conclusion : une illusion de puissance ou le prélude à un basculement ?

Ce que nous voyons aujourd’hui — opérations militaires audacieuses, saisies de ressources, menaces ouvertes, doctrine Monroe revisitée — n’est pas simplement une série d’initiatives isolées. C’est le signe peut-être d’une puissance blessée, qui multiplie ses démonstrations de force pour masquer une incapacité à s’adapter à un ordre mondial en mutation.

Si les grandes puissances n’interviennent pas, si les normes internationales ne sont pas défendues, alors cette “folie des grandeurs” pourrait bien s’accélérer et déboucher sur un vrai tournant global, où le théâtre d’une hyperpuissance américaine incontestée se dissout au profit d’un monde moins unipolaire, plus contesté.

Ceux qui sèment la tempête récoltent bientôt la tempête.

Par Alexandre Thomas

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.