Le Printemps républicain, malgré son nom empreint de renouveau, n’est qu’un hiver rigide où fleurissent les thèses d’un racisme feutré, d’un suprémacisme culturel déguisé, et d’une obsession identitaire qui déchire le tissu même de la société qu’il prétend protéger.
Une laïcité transformée en arme de division
La laïcité, ce joyau de la République française, conçue comme une protection de la liberté de conscience et un rempart contre les ingérences religieuses, a été transformée par le Printemps républicain en une arme tranchante dirigée contre une seule catégorie de citoyens : les Musulmans. Derrière chaque discours enflammé sur la neutralité de l’État, c’est une laïcité à deux vitesses qui se dessine : une laïcité de liberté pour certains, et une laïcité punitive pour d'autres, principalement les musulmans.
Le mouvement promu par de grandes gueules qui vont de plateau de télévision en plateau de télévision se dit universaliste, mais son regard est noir, étroit, focalisé sur l’islam qu’il considère comme un problème à résoudre plutôt qu’une richesse à intégrer. Ce sont des gens qui ne savent, ou ne peuvent pas vivre sans ennemi comme le vampire se nourrit de sang. Sous prétexte de défendre la République, ils construisent un mur entre des citoyens, assignant à certains une place de suspects permanents, d’ennemis intérieurs. Ce n’est pas la République qu’ils défendent : c’est un fantasme monoculturel, une France figée dans un passé révolu. Des gens qui pourraient revenir à l'esclavage en le justifiant avec une égale assurance.
Un suprémacisme culturel déguisé
L’universalisme, tel que le Printemps républicain le brandit, n’est qu’un autre nom pour un suprémacisme culturel. Leur projet n’est pas de rassembler, mais d’écraser toute altérité sous un modèle unique, Marche ou Crève, où seule leur vision de l’humanité a droit de cité. Leur république ne s’adresse qu’à ceux qui acceptent d’effacer leurs racines, leurs identités, leurs différences. Tout ce qui dépasse de leur moule est immédiatement dénoncé comme du communautarisme, de l’indigénisme, ou pire encore, de l’ennemi à abattre.
Mais quel universalisme peut exister sans pluralité ? Je me souviens d'un jeune qui avait écrit à l'arrêt du bus : "J'aime pas les Noirs, les Arabes Les homosexuels et les Juifs. Et un inconnu est venu y rajouter : "conclusion : personne ne t'aime non plus". Leur modèle réduit les autres cultures à des menaces, des anomalies à corriger. Sous couvert d’un discours policé, leur projet est limpide : il s’agit de défendre une domination culturelle, de protéger un monde où l’Occident dicte encore les règles, tout en rejetant ceux qui refusent de s’y soumettre.
L’incitation à une guerre des civilisations
En pointant constamment du doigt certaines populations, en alimentant la peur de l’autre, le Printemps républicain jette de l’huile sur le feu d’une guerre des civilisations qu’il prétend vouloir éviter. Leur discours, qui pourrait se limiter à un débat sur la laïcité ou l’intégration, glisse sans cesse vers une logique de confrontation : eux contre nous, la République contre ses propres citoyens, l’Occident contre le reste du monde.
Ces idées ne rassemblent pas : elles fracturent. Elles offrent un prétexte aux extrémistes des deux camps pour nourrir leur haine mutuelle. Elles enferment les individus dans des cases rigides, où l’identité devient une arme et le vivre-ensemble un rêve de naïfs.
La République, oui. Leur république, non.
Le véritable danger du Printemps républicain, c’est qu’il détourne les valeurs qu’il prétend défendre. La République n’a jamais été l’exclusion. Elle n’a jamais été le rejet. Elle n’a jamais été un outil pour opprimer. Ceux qui, comme le Printemps républicain, transforment la laïcité en instrument de contrôle social et l’universalisme en rejet de la différence ne défendent pas la République : ils la dénaturent.
Il est temps de leur opposer un autre modèle, une République fidèle à ses idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité. Une République où la laïcité protège au lieu d’exclure. Une République où l’universalisme est une richesse qui s’épanouit dans la diversité, pas une excuse pour imposer un modèle unique.
Ce "Printemps" n’a rien d’un renouveau : c’est une saison stérile où la peur et la division remplacent la confiance et l’espoir. À nous de cultiver un autre printemps, un printemps véritable, où la République n’appartient pas à ceux qui la déforment, mais à ceux qui croient encore en elle.
Par Alexandre Thomas