Celles et ceux qui ne demandent rien, ne réclament pas de promotion,
ne passent pas leur temps à manœuvrer dans les couloirs,
mais qui travaillent.
Qui tiennent.
Qui soutiennent les plus fragiles, les invisibles, les isolés.
Ceux qui pensent encore que l’État existe pour protéger — pas pour punir.
Et puis un jour, ces agents-là tombent.
Non parce qu’ils ont failli.
Mais parce qu’ils ont été broyés par une machine administrative devenue si lourde
qu’elle ne voit plus ce qu’elle écrase.
Je parle d’expérience.
De ce qu’on ne dit jamais :
l’épuisement de se battre non pas pour des avantages,
mais pour son simple droit à exister sans être effacé.
Le monde du travail ne récompense plus la compétence : il récompense l’obéissance.
Il ne retient plus les vocations : il trie ce qui l’arrange.
Et ceux qui dérangent — par leur volontarisme, leur sens du service public, leur droiture —
sont souvent envoyés en périphérie,
comme on expédie les gêneurs sur une île d’Elbe administrative.
Pendant ce temps,
les discours officiels parlent de “bien-être au travail”,
de “prévention des risques psychosociaux”,
de “lutte contre les discriminations”.
Mais dans les faits ?
Ceux qui travaillent vraiment,
ceux qui portent les dossiers,
ceux qui absorbent les crises,
ceux qui défendent les usagers abandonnés,
ne sont pas protégés.
Ils sont livrés à eux-mêmes.
Et lorsqu’ils se défendent,
que se passe-t-il ?
L’administration répond : procédure.
La justice répond : délais.
Certains avocats répondent : provision.
Le salarié, lui, continue de s’effondrer.
Ce système crée des orphelins.
Des agents loyaux qui se retrouvent seuls face à une institution froide,
sommés de prouver leur innocence dans des dossiers absurdes,
sans soutien,
sans transparence,
sans même la considération minimale qu’un État doit à ses propres serviteurs.
Mais il y a quelque chose que ce système oublie :
les orphelins du service public ont une force que rien ne peut leur retirer.
Ils n’ont plus de réseau.
Plus d’alliés.
Plus de façade.
Mais ils ont quelque chose de bien plus puissant :
la certitude qu’ils ont raison.
On peut mettre un agent au placard.
On peut le renvoyer, l’humilier, le contredire, le mépriser.
On peut tordre les procédures pour l’épuiser.
On peut l’envoyer de service en service pour le faire disparaître.
Mais on ne peut pas lui retirer sa dignité.
Et l’Histoire le montre :
les structures qui cassent leurs propres serviteurs
finissent toujours par se fissurer.
Car on ne peut pas bâtir un État sur l’ingratitude.
On ne peut pas gouverner avec la peur.
On ne peut pas nourrir une administration en sacrifiant ceux qui la portent.
Ce billet n’est pas un règlement de comptes.
C’est un avertissement.
Un rappel simple, brutal, nécessaire :
**L’État ne tient que grâce à celles et ceux qu’il malmène.
Et un jour, ces oubliés demanderont des comptes.**
Pas par vengeance.
Par justice.
Car la pierre qu’on rejette sans raison
finit toujours par devenir la pierre d’angle.
Ceux qu’on fracasse aujourd’hui
sont peut-être les seuls capables d’empêcher l’effondrement demain.
Par Alexandre Thomas