Le cas russe pour les JO de Rio

Alors qu’il a été prouvé que la Russie avait mis en place un système de dopage d’état, certains sportifs russes iront bien à Rio disputer les Jeux Olympiques. Comment cela est-il possible ? Quelles en seront les conséquences ? Quelle analyse peut-on faire de cette affaire ?

Le rapport McLaren : fatidique pour le sport russe.

Le 18 Juillet dernier, Richard McLaren rendait public les conclusions de ses investigations détaillés dans un rapport à son nom que l’Agence Mondiale Anti-dopage lui avait commandé quelques mois plus tôt à la suite d’accusations de Grigory Rodchenkov, l’ancien directeur du laboratoire anti-dopage de Moscou. Différents points sont intéressants à mentionner : tout d’abord, les systèmes de dopages organisés russes ont été les plus efficaces lors de grandes compétitions organisés sur le sol russe : les Jeux Universitaires de Kazan en 2013, d’où les russes sont sortis avec un total de… 292 médailles (petite précision : la 2ème nation la plus médaillée de ces Universiades était la Chine avec 77 médailles, soit plus de 3 fois moins que les russes) ou encore les JO de Sotchi (voir juste en dessous). 

Autre point intéressant : à l’occasion des Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi de 2014, véritable apothéose du système de dopage d’état auquel s’est astreint la Russie entre 2011 à 2015, le laboratoire russe en charge des contrôles avait mis en place un système très pointu de contournement des contrôles anti-dopage, via par exemple des changements d’échantillons d’urines propres -datant de plusieurs mois avant les JO- qui remplaçaient des échantillons d’urines où les produits dopants auraient clairement été identifiables. Les services secrets russes étaient impliqués dans ces changements d’après Rodchenkov. Le rapport stipule aussi que l’Etat russe était à l’origine de ses pratiques, en choisissant par exemple quels athlètes seraient protégés ou ne le seraient pas.

D’autre part, le rapport McLaren présente les différents sports touchés par les politiques de dopage d’état mis en place par les institutions russes. Les deux les plus touchés sont l’athlétisme et l’haltérophilie avec respectivement 139 et 117 cas de tests anti-dopage truqués. Au total, ce sont 406 sportifs pratiquant des sports programmés aux Jeux Olympiques de Rio qui sont concernés. Ce chiffre s’élève à 62 pour les sports programmés aux JO d’Hiver.

Les conséquences de la décision incohérente du CIO

Suite à ce rapport, l’Agence Mondiale Anti-dopage demandait l’exclusion totale de la Russie de ces JO. De son côté, le CIO s’était laissé quelques jours pour réfléchir avant de communiquer la décision quand à la participation ou non d’athlètes russes aux Jeux Olympiques. Finalement, Thomas Bach, président du CIO, annonçait le 24 Juillet, que chaque fédération internationale déciderait d’elle-même si les athlètes russes pourraient ou non participer aux Jeux Olympiques de Rio. En revanche, le CIO indiquait que les athlètes ayant précédemment été contrôlé positif ne pourraient pas concourir lors de ces JO.

Cette décision pose plusieurs problèmes : premièrement, le CIO, institution encadrant les Jeux Olympiques, compétition multi-sports la plus importante, se déresponsabilise complètement en refusant de trancher en faveur ou non du maintien des athlètes russes aux JO. Une certaine forme de lâcheté. Il aurait été de son devoir d’affirmer une position claire sur ce sujet, que les différentes fédérations internationales auraient ensuite dû appliquer à la lettre. Finalement, des athlètes russes seront à Rio, là où d’autres ne le seront pas. Certaines fédérations ont décidé d’exclure tous les athlètes russes des JO. Par exemple, l’IAAF (fédération internationale d’athlétisme) a décidé d’exclure 67 des 68 athlètes russes qui pouvaient concourir à Rio. L’exception se nomme Darya Klishina qui devrait courir sous les couleurs russes après décision du CIO qui s’opposait à la volonté de l’IAAF de voir la sauteuse en longueur russe participer sous drapeau neutre. Ainsi, pour résumer, le CIO demande aux fédérations de choisir quelles athlètes peuvent participer aux JO, puis conteste le choix d’une fédération, ce qui peut sembler -légèrement- contradictoire. Qui plus est, l’IAAF, qui avait déjà suspendu les athlètes russes de toutes compétitions internationales depuis fin 2015 suite aux révélations de dopage d’état, avait établi des règles très claires pour que des athlètes russes puissent participer aux JO : il fallait qu’ils prouvent qu’ils n’avaient pas participé au système de dopage d’état, et ce, par le biais de contrôles réalisés hors du territoire russe sur les périodes de préparation des JO. Seule Klishina, qui s’entraine aux Etats-Unis depuis plusieurs années, a pu répondre aux critères de l’IAAF. 

Concernant les autres sports, les athlètes cités dans le rapport McLaren ont été parfois exclus, comme c’est le cas par exemple en canoë-kayak ou en pentathlon moderne, les sélectionnés russes non-mentionnés étant la plupart du temps autorisés à participer aux JO. Néanmoins, certaines fédérations ont choisi de laisser participer tous les athlètes russes aux JO, quels qu'ils soient. C’est par exemple le cas de la Fédération Internationale de Judo dont le Président d’Honneur est… Vladimir Poutine. Aussi, en laissant à la charge des fédérations la responsabilité de décider de l’éligibilité ou non d’athlètes russes, le CIO a ouvert la porte à ce que les athlètes russes inéligibles pourraient voir comme de l’injustice : pourquoi certains athlètes russes cités dans le rapport McLaren iraient à Rio, là où d’autres n’iraient pas ? L’influence russe pesant sur certaines fédérations internationales, comme le démontre parfaitement bien l’exemple du Judo, sur le fait que certains athlètes russes ont beaucoup plus de chances d’aller à Rio que d’autres, ce qui est injuste.

Quelle analyse peut-on faire du cas russe ?

Le cas russe est finalement symptomatique de l’un des enjeux majeurs du sport : la lutte anti-dopage. En premier lieu, il faut que le cas russe soit l’occasion de renforcer la politique de contrôles à la fois pour déterminer quels pays ont mis en place des systèmes de dopage d’état (ces derniers mois, le Kenya a été cité comme pays ayant potentiellement un système de dopage d'état), mais également pour créer un sentiment de peur que devrait ressentir un athlète dopé à l'idée de se faire attraper par la patrouille.

Aussi, le cas russe doit être l’occasion de repenser la lutte anti-dopage dans son ensemble, qu’il s’agisse des moyens mis en place par les institutions pour lutter, de leur volonté d’anéantir l’usage de dopage dans le sport mais également des sanctions à l’encontre d’athlètes ayant utilisé des produits dopants. Pour cela, il parait nécessaire que le CIO, l’AMA et les fédérations internationales et nationales travaillent ensemble.

A mon avis, il faudrait mettre en place un système de tolérance zéro, en bannissant à vie tout athlète ayant fait usage de produits dopants. Evoqué un peu plus haut, le point concernant les sanctions auxquelles seront soumis les athlètes est essentiel. Il serait aussi intéressant de suivre l’exemple du Marathon de Londres qui a entamé des procédures pour demander à Liliya Shukhokava -coureuse russe contrôlée positive - de rembourser ses gains acquis lors de cette épreuve afin de les redistribuer aux athlètes qui auraient dû en bénéficier. L’une des raisons qui me laisse à penser que la tolérance zéro est la meilleure solution est qu’en tant que passionné d’athlétisme, il m’est particulièrement agaçant de voir un athlète comme Justin Gatlin truster les podiums mondiaux en réalisant de meilleurs chronos qu’à une époque où il a été démontré qu’il était dopé. Difficile de croire à la belle histoire de l’athlète repenti qui a compris et qui ne recommencera plus...

Alors, espérons que le cas russe soit l'occasion de changer réellement la lutte anti-dopage pour le bien du sport. Que ce ne soit que le début d'un long combat contre les tricheurs...

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