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Billet de blog 24 nov. 2017

Qu'il est difficile de parler en public... Retour sur le Live de Médiapart.

Premier Live Médiapart du 22 novembre 2017. Beaucoup d'interventions intéressantes et un débat avec le premier ministre de haute tenue. Mais voilà, il est regrettable sur certains sujets que les journalistes de Médiapart ne soient pas à la hauteur des enjeux. Un peu de critiques pour beaucoup de satisfactions.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

J'ai assisté hier soir, et revu pour certaines parties, le "live" de Médiapart.

Nouvel abonné, c'était pour moi le premier exercice de ce type. Et je dois dire que j'ai beaucoup apprécié et pour de nombreuses raisons.
La première et non la moindre, c'est que du coup, grâce à ce blog que vous me permettez d'avoir et d'utiliser, je vais pouvoir user de ma faculté critique à votre endroit, cher média.
La seconde, c'est que bien que je sois critique, voire très critique concernant certaines des choses entendues, le fait que vous preniez la peine de renvoyer vers les articles parus d'une part et que vous acceptiez de vous mettre à nu (métaphoriquement bien entendu) offre un espace de véritable liberté de penser, de critique et de divergence.

Dans les lignes qui vont suivre je serais peu agréable sur bon nombre de point, mais je dois dire que je n'ai jamais senti dans l'heure de retour sur les dossiers en cours et dans celles qui ont suivi, notamment avec le premier ministre, de volonté de prétendre détenir la vérité (quoique par moment j'ai pu sentir un frémissement désagréable, pour moi, de ce côté là). Alors reprenant un exergue d'un de vos confrère qui malheureusement ne le met pas assez à profit et en application : sans liberté de blâmer, il n'est point d'éloge sincère (Beaumarchais)

Donc blâmons !

Aïe. Deux éditions sur ce blog, et deux fois Mme Lindgaard en ligne de mire. Vous pourriez penser que je m'acharne, ce qui n'est pas très sympathique. Mais bon nous ne sommes pas là pour l'être automatiquement. Pour atténuer le reproche à venir, je dirais que j'ai appréciée la tentative d'excuse que cette dernière a engagée dans la discussion. Mais voilà, comme il est difficile de reconnaître ses fautes, c'est humain, il a fallu essayer de trouver une excuse. Et puis, Madame, dire que l'islamisme n'est pas grave n'est pas une "maladresse" c'est une erreur. La reprendre et la corriger c'est se grandir, vous ne l'avez pas fait.
Je pourrais paraître pinailler et ne pas vouloir accepter qu'il y ait des circonstances atténuantes, mais je ne crois pas qu'il y en a. Mme Lindgaard, comme ses confrères de la rédaction de Médiapart qui participaient au débat ne sont pas des débutants. Ils doivent au minimum s'être renseigné sur l'émission à laquelle ils vont participer, les habitudes de rédaction, de plateau, d'organisation des débats... C'est un travail de recherche élémentaire qui est grandement facilité par le fait que l'émission n'est pas nouvelle (donc on peut en voir d'anciennes version), qu'il ne s'agit pas de recueillir une réaction sur le fait et que ma foi, Mme Lindgaard est une journaliste professionnelle, ce qui implique qu'elle fait des recherches et prépare son apparition.
Alors prétendre qu'elle ne savait pas qu'elle serait coincée entre Mme Polony et Mme Lévy, qu'elle a été piégée par Ali Badou et son émission est inacceptable. "Pauvre bébé journaliste qui ne sait pas qu'il va être mis sur le grill entre deux méchantes". Non. Ce n'est pas une excuse. Vous n'avez pas été piégée, vous avez offert votre gorge à vos plus fervents ennemis. Je dirais même que cette excuse devient une circonstance aggravante : vous ne vous êtes pas préparée Mme Lindgaard alors il est normal que vous ayez chuté. Je suppose qua la leçon, cuisante sera retenue.

Pour ce qui est de vous, M. Plenel, je m'interroge. Pour être honnête, je ne suis pas un de vos plus grand fan, mais je laisse à chacun le bénéfice du doute jusqu'à ce que les comportements et les dires et les faits apportent des éléments.
Si je crois sincèrement que vous tentez avec Médiapart une expérience journalistique extraordinaire, intelligente et instructive qui met en évidence la volonté d'apporter des contenus intelligents, documentés et réfléchis, je suis moins convaincu par votre comportement individuel.

Ainsi, je ne crois pas que vous soyez trop zen, comme M. Arfi vous l'a indiqué par téléphone. Vous semblez avoir un besoin viscéral de vous justifier et de prouver que vous n'êtes pas celui qu'on caricature, et ce faisant vous le devenez. Et comme pour Mme Lindgaard, vous offrez votre gorge à vos ennemis qui n'en attendent pas autant. Deux exemples :
- Dire de la Une de Charlie Hebdo vous caricaturant sur fond rouge que c'est "l'affiche rouge" de Charlie contre vous, sans immédiatement vous rendre compte que vous accusez Charlie d'une action fasciste à votre encontre, c'est plus qu'une maladresse, et ce même si vous finissez par le reconnaître.
- Plus tard dans la soirée, alors que l'affaire Weinstein et surtout le hashtag #balancetonporc est évoqué, M. Philippe rappelle que lorsque de précédent faits tout aussi graves ont été révélés, il n'ya pas eu de réaction aussi profonde, et il s'interroge sur les raisons de cette différence de réaction. Il rappelle alors l'affaire Beaupin et, dans un mouvement puéril renforcé par le petit sourire que vous arborez, vous ne pouvez vous empêcher de d'intervenir tout content : "révélé par Médiapart!!!" Cette interjection, pour vrai qu'elle soit, brisait la dynamique de la réflexion bien plus intéressante que votre vulgaire tentative de d'auto-publicité. Devant mon écran d'ordinateur j'avais presqu'envie de vous envoyer au coion comme un enfant indiscipliné. Ce n'est pas normal.

Sur le fonds en revanche, je partage vos dénégations. Mais elles deviennent inaudibles à certains par votre comportement. Et ainsi, vos adversaires ne veulent plus vous écouter. Ils se délectent de vos dérapages incontrôlés et de cette manie que vous semblez avoir de vous mettre dans des situations difficiles. Mme Fourest sur France 5 dans l'émission "C à vous" en  a profité pour vous étriller, encore, montrant soit qu'elle ne vous a pas lu et entendu sur l'affaire, soit faisant exprès de vous clouer au pilori parce que c'est si simple de le faire. Et c'est une "gentille".

Le débat avec M. Philippe a été de grande qualité, et je ne vous remercierai pas assez de ce que j'ai vu et entendu. Bien sûr, certaines questions avaient clairement un arôme de polémique, mais outre que votre interlocuteur s'est évertué à ne pas vouloir tomber dedans, vous avez surtout eu l'honnêteté et la qualité de le laisser développer ses idées et ses réflexions alors qu'elles ne sont clairement pas de votre goût, au moins sur quelques points importants.

Une première remarque concernant l'antique opposition Droite/Gauche que Mme Salvi a semblé, dans ses questions, regretter. Ne trouvez vous pas rafraichissant que nous vivions une séquence politique nouvelle ? laissons lui le bénéfice du doute et observons sans réclamer le retour aux vieilles pratiques qui ont été rejetées massivement par les français, qu'ils aient voté ou non.
Je ne crois pas que la disparition, lors des élections du Président et des députés, des partis traditionnels soit un boulevard pour les extrêmes, Front National et France insoumise en tête. En effet, si l'argument "lepénien" (désolé du néologisme barbare) du "blanc bonnet bonnet blanc" à propos de l'alternance droite/gauche ait été utilisé si fréquemment, il ne me semble pas, paradoxalement, que la réunion des deux (en fait la réunion des centres) soit un risque. Et j'en veux pour preuve la progressive débandade du FN et l'extinction de voix de la FI et de son leader, progressive également. Le sauve-qui-peut au sein du FN met d'ailleurs en lumière la lâcheté politique et la faiblesse d'un mouvement n'ayant pour seul programme que la marque commerciale Le Pen.
Le fait de casser les codes, de perturber les schémas traditionnels est un moment politique historique que nous ne connaissons pas. Laissons le vivre et soyons vigilant, mais de grâce, n'appelaient pas de vos voeux un retour en arrière. Etes vous si effrayés du changement. Je ne peux le croire quand vous faites profession de foi de penser en dehors du courant.

Non, la recomposition est salutaire et les extrêmes se désagrègent. Mme Le Pen a montré sa faiblesse politique. Et ses compagnons de route prouvent leur lâcheté politique

Mon deuxième regret de ce débat est intervenu lors de la discussion sur la loi sur le terrorisme. Là, j'ai été sidéré par la faiblesse, voire l'inanité des questions. Voilà un domaine grave qui n'est quasiment jamais abordé sur le fond de la question : la liberté est elle encore un principe et la police une exception aujourd'hui dans la République française ?
Alors qu'il y avait une matière à débat et que vous aviez à votre disposition les réflexions fines et parfaitement argumentées de M. Sureau (qu'au moment du débat je ne connaissais pas) vous n'avez su que demander avec insistance au Premier Ministre ce qu'il avait à opposer aux arguments de ce dernier et s'il avait répondu au courrier des experts onusiens. Dans les deux cas peu de gens, j'en suis convaincu n'avaient idée de ce dont vous parliez. C'était donc vain et futile au final pour un débat majeur qui nécessiterait des heures de débats à lui seul.

De la même manière, vous n'avez pas abordé, en liaison avec cette question cruciale, le problème de la faiblesse de la formation des parlementaires sur les principes généraux du droit que notre Constitution contient. Tout comme d'ailleurs la soumission inconditionnelle des politiques aux fonctionnaire de la Police pour la mise en place des règles qui nous régissent.
La longue et lente chute vers l'arbitraire policier que nous connaissons n'est pas né avec les attentats des années 2010. Il a commencé comme le rappelle M. Sureau dans les années 80 mais surtout à connu une accélération dramatique avec l'adoption des lois Perben, 1 et 2, qui ont attenté aux droits de la défense, ont systématisé les procédures expéditives pour de prétendues raisons budgétaires, alors qu'il s'agissait de faire taire les défenseurs.

La polémique semblait à ce moment être le seul moteur de votre questionnement et le seul argument à opposer au Premier Ministre. Pitoyable et inaudible.

Enfin, et je demande à Mme Lindgaard de ne pas penser que je m'acharne sur elle, la question du nucléaire et le degré zéro de la réflexion au sujet des dangers en la matière, et du coup, hélas, des questions de la journaliste de Médiapart.

Mais, Aïe.
Tout d'abord, NOUS NE SOMMES PAS LE PAYS QUI A LE PLUS DE CENTRALES NUCLEAIRES NI DE REACTEURS NUCLEAIRES!!!!!!
C'est faux. C'est faux et c'est stupide de le dire. C'est encore un moyen de donner aux adversaires de l'abandon du nucléaire des arguments pour disqualifier les vrais problèmes et les personnes qui en parlent.
LES ETATS UNIS ONT 99 REACTEURS NUCLEAIRES EN SERVICE ACTUELLEMENT !!!!!!!
Nous sommes le second plus important pays disposant de réacteurs. Ce qui est déjà énorme. Nous sommes le premier en proportion de la part d'énergie électrique d'origine nucléaire dans la production nationale. Comment voulez-vous être crédible sur le reste quand vous n'êtes même pas capables de lire les chiffres qui sont disponibles partout.

Aïe, à nouveau. Il est profondément ridicule de dire "regardez, avec l'arrêt de 20 réacteurs sur 58 actuellement pour divers problèmes et pour entretien, on est de fait à un mix de 50%3. Vous voyez, c'est faisable." Et non. Il y a toujours des réacteurs à l'arrêt temporaire. Si on arrêtait 20 réacteurs de suite on serait en pénurie de production immédiatement. Donc que doit-on faire ? La décision de M. Hulot, pour regrettable qu'elle soit, est malheureusement normale.

Le vrai problème est ailleurs. Je n'avais pas vu les chiffres de disponibilité depuis longtemps et c'est avec beaucoup d'étonnement que j'ai appris qu'il était donc de seulement 65% du parc installé. C'est très inquiétant. Et plutôt que de pleurer pour 5 ans de plus de fonctionnement, vous feriez mieux de vous inquiéter de ce niveau très bas. Normalement, il ne devrait pas descendre en dessous de 80%. S'il est si bas c'est que les centrales vont très mal, que leur état est bien plus mauvais que ce qui nous est asséné dans le concert habituel des "dormez braves gens, EDF veille".

Visiblement EDF ne veille pas, EDF est au bord de l'AVC nucléaire, c'est à dire d'un accident grave.

Oui le nucléaire est dangereux, il l'est d'autant plus qu'il n'est pas raisonnable de faire durer des installations qui devraient être arrêtées depuis longtemps. Les 65% de disponibilité en sont la preuve.

Est-on bien conscient que l'une de nos centrales nucléaires est située à quelques kilomètres de la frontière avec le Luxembourg et qu'en cas d'accident entrainant un rejet massif de produits radioactifs dans l'atmosphère, il faudrait évacuer la totalité du Luxembourg, pays souverain, ainsi que des bouts de la Belgique et de l'Allemagne ? Il en est de même de deux autres centrales proches de la frontière Allemande et de la Suisse.

S'il y a des questions à poser au premier ministre c'est "que direz-vous aux victimes luxembourgeoises de la défaillance de notre centrale qui rend impropre à toute vie leur pays et entrainera des morts à plus ou moins long terme", ou encore "que direz-vous aux maires de Bordeaux et de son agglomération quand il faudra évacuer pour plusieurs mois et peut-être plusieurs années 600.000 ou 700.000 personnes ?".

Oui, il ya un problème mais il n'est pas là où vous le situez. Il est plus grave et moins anecdotique. Il est tout aussi fondamental que celui de la perte de nos libertés individuelles. Alors, de grâce, soyez toujours plus exigeants et préparez mieux encore votre travail.

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