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Billet de blog 23 juillet 2014

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Réponse à Edwy Plenel

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Cher Edwy Plenel,

J’écris cette réplique avec toute la considération et l’estime que j’éprouve à l’égard de vos qualités de journaliste ainsi qu’à votre – incontestable – talent de plume. Je ne suis d’ailleurs pas en désaccord avec vous sur tout, mais seulement sur deux points, capitaux cela dit.

1)- Les rapports entre antisionisme et antisémitisme. L’antisionisme contredit l’existence même d’Israël en tant que « Judenstaat », comme le dit Herzl : l’état des Juifs. Pas laïc, cet état ? Bien sûr ! Et alors ? La plus ancienne démocratie du monde, la Grande-Bretagne n’est pas laïque : son monarque, à la tête de l’état, est, depuis Henri VIII, chef de l’Eglise anglicane. Que je sache, le président d’Israël n’est pas un rabbin…une religion d’état n’est en rien une entrave aux libertés publiques, à partir du moment où les autres cultes ont les mêmes droits, ce qui est les cas, tant en Grande-Bretagne qu’en Israël.

En réalité, l’antisionisme est un « antiisraélisme », qui, en dépit des réassurances lénifiantes, conteste, dans son essence, l’état des Juifs. A partir de là, une chaine infernale s’enclenche : appel au boycott des produits des colonies des territoires, puis appel au boycott des produits d’Israël tout court, puis incrimination des communautés juives de par le monde, soupçonnées d’aider Israël en manipulant les différents gouvernements, le gouvernement français notamment. Le « Protocole des sages de Sion » n’est plus très loin…

L’antisionisme mène aussi sûrement à l’antisémitisme que l’islamophobie mène au racisme anti arabe.

Israël est la réalisation de la prière – multiséculaire – qui clôt le Seder de Pessah : « l’année prochaine à Jérusalem », traduisons : nous fêterons Pessah, l’année prochaine à Jérusalem. Jérusalem, le point focal du Judaïsme, qui, selon le Talmud (Baba Kama 7,7) « lie chaque Juif à l’autre. »

2)- Antisémitisme et racisme. L’antisémitisme n’est pas un racisme, car….le Judaïsme n’est pas une race mais une religion. Le point de commun entre certains sionistes et les antisémites est de « naturaliser » le peuple juif : celui-ci serait un peuple comme les autres, comme les slaves, les germains, ou…les arabes !

Or, au commencement, il n’y avait aucun Juif. Abraham lui-même était un goy ; c’est l’Alliance – et uniquement l’Alliance – qui a fait de lui un Juif. Le peuple juif n’est donc pas un peuple « naturel », mais bien un peuple surnaturel : un peuple de prêtres, intercesseurs pour l’humanité toute entière. Le Sanhédrin avait 70 membres, censés représenter les 70 peuples composant l’espèce humaine.

Certes, beaucoup de Juifs contestent cette vue, jusqu’à parler, comme Isaac Deutscher, de « non jewish Jew », de Juif non juif, oxymore qui fonde ce qu’on appelle la « judéité ».

Mais la judéité, elle-même, par le découplage qu’elle opère avec la religion fondatrice, participe à la « naturalisation » du peuple juif. Alors que le Judaïsme est si peu une race qu’il existe des juifs de toutes les races : des Juifs blancs, des Juifs noirs, des Juifs jaunes, et même des Juifs « arabes » ou « berbères » (beaucoup de patronymes sépharades en témoignent).

L’antisémitisme, ou plus exactement la judéophobie (« sémitique » est catégorie strictement linguistique) doit donc se distinguer du racisme, car sinon on fait des Juifs une ethnie comme les autres.

Cela ne signifie pas que le racisme ne doit pas être autant combattu que la judéophobie. Mais leur nature est différente.

A part ces deux points, Edwy Plenel, nous sommes d’accord.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.