Pas encore l'heure de la retraite pour Kouchner ?

La tragi-comédie qui entourait le départ de Bernard Kouchner depuis plusieurs mois vient de prendre fin. Enfin ! Entré au gouvernement dès le mois de mai 2007, comme symbole le plus manifeste de l'ouverture, l'ancien French doctor cède son ministère des Affaires Etrangères à Michèle-Alliot Marie.

L'heure est venue sans doute pour M. Kouchner, après une carrière assurément bien remplie (Secrétaire d'état chargé de l'insertion sociale dans le premier gouvernement Rocard ; secrétaire d'État chargé de l'Action humanitaire dans le second gouvernement Rocard ; secrétaire d'État auprès du ministre d'État, chargé de l'Action humanitaire dans le gouvernement Cresson ; ministre de la Santé et de l'Action humanitaire dans le gouvernement Pierre Bérégovoy ; secrétaire d'État puis ministre délégué chargé de la Santé dans le gouvernement Jospin), de rendre le tablier. De prendre enfin, à 71 ans, une retraite bien méritée.

Las ! Ce matin, pour son premier jour dans la peau d'un jeune retraité, profitant sans doute d'un petit-déjeuner avec sa compagne, Christine Ockrent (Elle aussi proche de la retraite), l'ancien ministre a dû manquer de s'étouffer en écoutant d'une oreille distraite Ségolène Royal, sur Europe 1.

Interrogée sur un possible retour de feu le ministre des affaires étrangères dans le giron socialiste, la présidente de la région Poitou-Charentes donne une réponse limpide : "Bernard Kouchner a toujours été un ami, tous ceux qui voudront en finir avec le sarkozysme, avec ce pouvoir brutal qui dégrade notre pays, seront bienvenus".

Oubliées donc ces trois dernières années et la défection du French doctor, allié de la candidate socialiste en 2007. Oubliés également les assauts d'amabilité entre les deux anciens ministres du gouvernement Jospin.

Comme en octobre 2007 où l'ancienne candidate à l'élection présidentielle critiquait ouvertement l'action de Bernard Kouchner à la tête de la diplomatie française, en fustigant une "naviguation à vue", faite d'une "succession de retournements". Ou comme lorque,deux mois plus tard, quand la France accueille le leader lybien, Mouammar Kadhafi, Ségolène Royal y va de son petit commentaire sur l'attidude du ministre : "J'aurais aimé que Bernard Kouchner soit aussi courageux que sa secrétaire d'Etat, Rama Yade. (...) Je crois que là, il déçoit". Et l'ancienne candidate de déplorer alors une attitude qui "manque singulièrement de panache".

Plus tard encore, en avril 2009, c'est le "Pardon" de Ségolène Royal fait aux Africains à Dakar, en réponse au discours de Nicolas Sarkozy qui provoque l'exaspération d'un Bernard Kouchner qui juge la sortie "extraordinairement maladroite et très démagogique"...

Aujourd'hui, les petites bisbilles ont donc été mises de côté. Une journée après son éviction, "l'ami" Bernad redevient fréquentable aux yeux du Parti socialiste. Ou plutôt aux yeux de Ségolène Royal.

Pas sûr en effet que le reste du parti, à l'image de François Hollande qui avait décidé d'exclure le renégat socialiste en 2007, voit d'un bon oeil cette nouvelle sortie royaliste.

Ce matin lors du point presse du PS, Benoît Hamon paraissait quelque peu embarrassé pour commenter l'appel de Ségolène Royal : " S'ils veulent, au terme de leur mandat, faire le constat qu'ils se sont fourvoyés dans un gouvernement sectaire, que Bernard Kouchner veut faire le constat que, finalement, il s'est trompé, je serais heureux d'entendre le bilan qu'ils tireront de leur expérience au gouvernement." La retraite du French doctor attendra peut être encore un peu !

 

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