#21Avril, le mot clef de la politique couchée

Je n'en peux plus d'entendre cette référence de calendrier érigée au même rang qu'un 11 septembre. Je n'en peux plus que ce chiffon rouge soit le seul argument pour continuer à faire comme avant, et non un encouragement à renverser la table. Je n'en peux plus que le mot #21avril veuille dire « soit gentil d'arrêter de rêver ».

Qu'on se mobilise pour rendre le monde meilleur et plus doux, réduire les inégalités, changer le système, éviter le mur, ça oui, mille fois oui. Mais qui peut croire « qu'éviter un nouveau 21 avril » puisse être un objectif qui mobilise quand il tourne en boucle dans la bouche de celles et ceux qui alimentent la désespérance ou la commentent ?

Ce qui s'est passé le 21 avril 2002 était une surprise et une première fois. Mais depuis des années les sondages indiquent que le second tour de 2017 sera probablement FN-UMP/LR, tout le monde s'y est habitué. L'effet 21 avril ce n'est pas juste le FN au second tour, c'est l'élimination surprise de la gauche. Or cela ne surprend plus personne. D'ailleurs, dans un nombre très significatif de cantons et plusieurs régions, la gauche n'était pas présente au second tour. C'est finalement une chose vécue plusieurs fois par #LesGens. S'émouvoir du « 21 avril » c'est d'une certaine manière Paris qui découvre qu'il y a l'eau courante en province, car ce n'est pas neutre compte tenu du centralisme français, les parisiens n'ont pas de cantonales, un FN plus faible qu'ailleurs, et une gauche qui résiste encore.

D'ailleurs, qui emploie cette expression  « 21 avril » ? Avez-vous déjà entendu des gens "normaux" parler de « 21 avril » ? Jamais pour ma part. C'est une expression type de journalistes et de politiciens ou militants politiques aguerris. Prononcer  « 21 avril » c'est utiliser un langage de caste pour parler à la caste... que "les gens" détestent le plus. C'est donc une formule marquée par le système, comment mobiliser avec un tel étendard ?

Car la référence « 21 avril » ne parle de toutes les manières uniquement qu'aux gens qui votent, à ceux qui votent à gauche et pensent que n'importe qui à gauche est mieux que n'importe qui à droite. Finalement ce n'est plus grand monde. L'expression « 21 avril » n'est donc en aucun cas un épouvantail qui parle à ceux que l'on voudrait toucher pour changer le rapport de force et mettre de nouveau la France en mouvement. Elle n'est pas du tout non plus un signe de rejet de la dichotomie droite-gauche à laquelle plus grand monde n'attache d'importance tant ces mots sont galvaudés. Dire que l'on fait quelque chose « pour éviter un 21 avril » c'est finalement intégrer qu'on abandonne l'idée de faire rêver et qu'on se résout à gérer le déclin politique. C'est dépressif, un pur langage d'insiders qui tournent le dos à ceux qui déjà ne veulent plus participer à ce jeu là, ne s'en portent pas plus mal, le revendiquent et font autre chose, ou pas, pour essayer de changer la vie. Voilà pourquoi #21Avril est un peu le mot clef de la politique couchée.

L'épouvantail FN comme argument politique est un échec. Lorsque l'eau franchira la digue, elle monte à chaque marée, elle sera une vague submersive. Mettre en avant le « danger d'un 21 avril » c'est finalement renforcer cet argument, le seul du PS canal officiel. C'est aussi renoncer à parler aux électeurs du FN alors qu'ils serait possible de les faire bouger avec un projet qui fasse rêver.

C'est pour changer la France en mieux qu'il faut mobiliser notre pays. Pour porter un projet qui rend heureux et fier. Parce que l'on croit que c'est possible de fédérer les énergies les idées et la créativité de cette France qui ne se résigne pas à simplement gérer la crise et avoir peur. Parce que l'on pense qu'il faut dépasser les divisions qui existent et qui sont entretenues par des appareils qui défendent leur part de marché. Parce qu'il faut libérer les françaises et les français de cette logique institutionnelle qui empêche de faire ensemble. Parce qu'on aime la France et celles et ceux qui y vivent, qu'on pense qu'ils méritent mieux que le projet nationalo-regressiste du FN, nationalo-liberal de l'UMP ou libéralo-social de ceux qui nous gouvernent aujourd'hui. Parce que l'on mesure l'aspiration à vivre mieux, la force des idées pour que ce soit possible, mais aussi parce qu'on ne peut pas baisser les bras devant le morgue résignation qu'illustre parfaitement la photo catastrophique de La Belle Alliance Populaire.

C'est pour tout cela qu'il faut renverser la table, faire péter les partis, faire de la politique debout, pas pour « éviter un nouveau 21 avril ».

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