Le jour où Hollywood ne faisait plus de films pour le public américain

Sorti la semaine dernière dans nos salles, le quatrième épisode de la saga Transformers se rapproche inexorablement de la barre symbolique du milliard de dollars de recettes à l’international.

Sorti la semaine dernière dans nos salles, le quatrième épisode de la saga Transformers se rapproche inexorablement de la barre symbolique du milliard de dollars de recettes à l’international. Persistant dans le même style que la trilogie initiale, Michael Bay a très sûrement réalisé le long-métrage le plus rentable de l’année 2014. En France, les trois premiers films n’avaient pas tellement marqué le box office (respectivement 1.983.822, 2.266.357 et 2.622.932 entrées). Un résultat honorable vers lequel aspire le nouvel épisode, mais loin des gros scores enregistrés aux États-Unis notamment.

Or, tandis qu’il s’est rentabilisé sur le sol américain, récupérant déjà 227.002.608 dollars pour 210 millions investis, Transformers : L’Âge de l’extinction a rapporté beaucoup plus dans un autre pays et cela n’est pas dû à un simple hasard.

À la même date, ce blockbuster truffé de robots et d’explosions a pu amasser 285.700.000 dollars en Chine.

Toujours en expansion et avec une classe moyenne qui ne cesse de croître, la Chine se voit devenir l’objet de tous les désirs d’Hollywood, au détriment du public traditionnel américain. L’an dernier, Les Échos avait relayé le fait que l’industrie cinématographique chinoise était arrivée deuxième après celle des États-Unis.

Pourtant, il ne faut pas s'y tromper. Produisant aussi bien des blockbusters que des comédies romantiques à foison, le marché cinématographique chinois est en plein boom avec un système d’exploitation ultra protecteur. L’accès aux films étranger à la diffusion est très limité (44 long-métrages étrangers par an actuellement) et il faut savoir montrer pattes blanches. Dans les meilleurs exemples, on retrouve en 2008 The Dark Knight. Le réalisateur Christopher Nolan devait retirer la scène se déroulant à Hong-Kong, où un ennemi de Batman s’y était réfugié de la juridiction américaine. Le film n'est jamais sorti en Chine. Par contre, les passages à Shanghai et Macao du Skyfall de Sam Mendes se sont vu réduis de quelques plans jugés problématiques par les censeurs chinois.

En ce qui concerne Transformers : L’Âge de l’extinction, le troisième acte composé d’une heure de destructions en plein Hong-Kong doit y être pour quelque chose. Cela dit, le lieu ne joue pas autant dans le scénario que dans la promotion du film. L’avant-première mondiale s’est déroulée sur place. Preuve supplémentaire du numéro de charme clinquant d’Hollywood envers la Chine. Il faut dire que l’influence de ce pays s’est depuis toujours faite ressentir de manière indirecte. Pourquoi la plupart des grosses productions américaines persistent encore à convertir en 3D leurs films, alors que les retours du public ont souvent été hostiles, se justifiant le plus souvent d’une hausse du prix du billet ?

Le public asiatique est littéralement friand des nouvelles technologies qui se déploient dans la salle de cinéma. La stéréoscopie donc, mais aussi des salles dites 4-D en Corée-du-Sud et en Thaïlande, le Dolby Atmos (85 cinémas chinois équipés) et surtout les salles IMAX qui ont fait le succès du nouveau Transformers.

L’IMAX est une société canadienne à l’origine spécialisée dans la pellicule 70mm, créant depuis aussi bien des caméras que des cinémas (l’essentiel des attractions de notre national Futuroscope sont issues de technologies estampillées IMAX). Depuis, IMAX est connu à travers des salles avec des écrans plus grands que ceux des cinémas conventionnels. La France en compte 5 salles au sein des complexes Gaumont-Pathé. Alors que le marché de l’IMAX aux États-Unis (premier parc mondial) stagne depuis un moment, celui de la Chine est toujours en demande. Deux gros contrats ont été signés autour de la sortie de Transformers 4 avec deux grandes chaînes de multiplexe (Wanda Cinema et Shangai Film Corp.).

Fin 2013, le parc chinois dénombrait 173 salles IMAX. D’ici 2021, 230 devraient ouvrir et feraient de la Chine le premier exploitant IMAX du monde. C’est sans doute cette raison qui a poussé les studios Warner Bros. a donner une suite à Pacific Rim, autre blockbuster avec des robots géants. Ce film de Guillermo del Toro, sorti l’été dernier, avait très moyennement marché aux États-Unis (101.802.906 de dollars). Néanmoins, les 111.940.000 dollars trouvés en Chine et la promesse future de ce marché croissant ont détourné les yeux des producteurs américains vers l’étranger. 

Ce changement de politique n’est pas encore systématique, mais la Chine est clairement devenu un nouvel El Dorado pour tous les grands studios d’Hollywood.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.