Dans le Dictionnaire historique de la langue française ou quelque chose de la terreur

Mlash écrit le plus souvent des poèmes. Parfois de la prose. Depuis son bureau de la ville de Stantre, il réagit à l’époque, de façon très irrégulière. Aujourd’hui, le comportement de celles et ceux qui président à la France le plonge dans un dictionnaire.

Le linguiste Alain Rey est mort, il y a quelques semaines. On peut penser que sa voix qui respirait l’intelligence et la vie, en même temps qu’un sentiment très musical de la langue, aurait réagi à ce que nous vivons, aujourd’hui en France, dans une République rendue exsangue par celles et surtout ceux qui la gouvernent.

Dans le Dictionnaire historique de la langue française, dont la première édition remonte à 1992, Alain Rey avait fait paraître un article consacré aux mots terreur et terrorisme (volume II, pp. 2107b & 2108a). On y lit les réflexions suivantes. Et personne n’ira dire qu’elles émanent de je ne sais quel ultra-gauchisme, fantasmé par le pouvoir pour s’arroger le droit de liquider la démocratie en France.

Pour le mot terreur, Alain Rey, après avoir rappelé l’étymologie du terme, signale que ce mot est, « comme le mot latin, employé pour le sentiment de peur intense, d’où terreur panique (1625) et pour l’objet qui l’inspire (1587) ». Tout le monde en conviendra et les dates ont le mérite de dire quand les mots apparaissent dans la langue écrite.

Alain Rey continue ainsi : « Depuis 1789, le mot désigne l’ensemble des moyens de coercition politique maintenant des opposants dans un état de crainte ; spécialement, la Terreur est le nom donné au régime instauré en France entre septembre 1793 et juillet 1794, pendant lequel des mesures d’exception furent en vigueur (emploi attesté en 1794).
Les quelques mots dérivés de terreur datent de cette période révolutionnaire.
TERRORISME n.m. est attesté depuis 1794 au sens de « régime de terreur politique », parallèlement à TERRORISTE n. et adj. (1794) qui désigne le partisan, l’agent d’un régime de terreur. Par extension, les deux mots s’appliquent aujourd’hui à l’emploi systématique de mesures violentes dans un but politique (1876, répandu vers 1920). Ils s’emploient par métaphore, par exemple dans le syntagme terrorisme intellectuel (v. 1950). »

J’arrête là ma citation. Je lève la tête, je vois par la fenêtre de mon bureau que le monde se tient là. Les arbres ont perdu leurs feuillages, l’air est frais et en même temps charmant. Et pourtant, il faut baisser la tête à nouveau et voir ce qui arrive tous les jours en France, depuis l’élection de l’actuel Président de la République.

Comment, en effet, qualifier des déclarations incessantes, des mesures et des lois qui visent à nier toute forme d’opposition, qui cherchent à mater les voix qui s’opposent en usant de menaces claironnées par une partie de la presse au service de ce pouvoir, qui facilitent les débordements de l’État souverain en donnant un cadre légal à la violence policière et à toutes les exactions possibles ?

Les pages du Dictionnaire que je lis avec passion pourraient bien donner la réponse. Et les Historiens d’après-demain constateront que face à ces violences inadmissibles qui jalonnaient notre présent, quelques-uns essayaient de lutter contre le charnier qui vient.

 

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