L'anti-écolo Frédéric Sanchez persiste et signe sur le Contournement Est de Rouen

On pourrait croire que le transport relève de ces choses apolitiques sur lesquelles l'idéologie glisse et ne s'accroche pas car trop lisses et consensuelles. Il n'en est rien et le Président de la Métropole de Rouen Frédéric Sanchez le démontre avec une certaine acuité dans sa tribune du 20 septembre parue dans le Paris-Normandie.

Le contournement Est : Un objet obsolète avant même d'être sorti de terre

Le contournement Est, serpent de mer qui traîne dans les cartons des administrations compétentes depuis une quarantaine d'années, est un projet obsolète avant même d'avoir existé. Penser l'avenir, dans le contexte de dégradation des sols, de l'air, de l'eau et du climat que l'on connaît, nécessite de changer de logiciel et de ne plus se fier aux vieilles lubies pro-routes expansionnistes des années 80. Il faut changer de modèle et réfléchir différemment aux problèmes posés sans se laisser entraîner dans les solutions d'hier aussi dispendieuses que contre productive. Les défis de demain ne sauront être relevés avec les solutions d'hier, ce que Sanchez et Morin ainsi que toute la droite dans ses différentes composantes (marcheuse ou non) ne parviennent pas à entendre.

Tout d'abord, le contournement Est étant conçu comme une infrastructure à péage pour rémunérer son actionnaire privé, il ne pourra être rendu obligatoire pour les poids-lourds, ainsi nombre d'entre eux continueront à utiliser l'itinéraire classique d'autant plus que la modernisation du tunnel de la Grand-Mare et les nouveaux accès sud au pont Flaubert faciliteront les circulations de transit dans l'agglomération rouennaise. De nombreux cas similaires en France existent, notamment sur l'A28 euroise scrupuleusement évitée par les camions qui préfèrent emprunter la départementale gratuite... Ainsi, le contournement Est conçu de cette manière ne pourra même pas répondre aux souhaits de M. Sanchez. D'un point de vue environnemental, une telle autoroute comprimera encore davantage le vivant et les fragiles équilibres des écosystèmes dans des poches de plus en plus réduites. Alors que la planète se meurt sous les coups de boutoir des industriels du BTP et les lobbys pétroliers, a-t-on encore besoin de continuer à saccager nos forêts pour développer le transport par camions ? Evidemment que non. Par sa fuite en avant idéologique, Sanchez alimente le désastre écologique qui s'annonce mais "en même temps" le même n'hésite pas à vanter sa politique environnementale avec ses "accords de Rouen" qui se veulent comme les échos municipaux à la COP21 internationale. On ne s'en étonne même plus tant qu'il est intégré que l’ambiguïté et le double langage sont la marque de fabrique de ces personnages.

Une modernisation salutaire des infrastructures devrait surtout porter sur le mode ferroviaire. L'itinéraire de transit au Calais-Bayonne vanté par M. Sanchez pourrait être une autoroute ferroviaire comme celle promue par ses amis socialistes sous Hollande avant d'être enterrée par manque de motivation politique. Car si l'on veut cesser le tout-routier, le mode ferroviaire est une alternative concrète qui nécessite des investissements importants, notamment pour améliorer le barreau ferroviaire permettant de contourner par l'ouest la région parisienne et desservir le sud-ouest de la France. Les infrastructures existent et doivent être modernisées pour améliorer leurs capacités, à la fois pour les voyageurs et les marchandises. Les marchandises transportées par les innombrables camions se rendant au port de Rouen trouveraient également de sérieux avantages à être acheminées par la voie ferrée, encore faut-il pour cela que le réseau ferré portuaire soit sérieusement développé et modernisé. Enfin, la vue du triage de Sotteville, jadis l'un des plus florissants de France et désormais laissé à l'abandon, laisse songeur n'importe quel passant qui peut  observer à sa proximité immédiate les centaines de camions qui se succèdent sur le boulevard industriel. La solution ne serait-elle finalement pas sous nos yeux ?


La Ligne Nouvelle Paris-Normandie (LNPN), du suspense pour rien

La LNPN, malgré beaucoup d'effets d'annonces, ne promet pas le grand soir de la mobilité. La priorité des priorités est donnée au renforcement du tronçon Paris-Mantes-la-Jolie, la nouvelle gare Saint-Sever reste hypothétique tandis que le reste est renvoyé à des échéances peu convaincantes qui n'engagent personne mais font toujours plaisir à entendre. Dans cet exercice, la ministre des transports Elizabeth Borne copie les pratiques de ses prédécesseurs. Finalement, ce « nouveau monde » vieillit à l'allure d'un TGV.

Pour autant, la création d'une nouvelle ligne sur Paris-Mantes, couplée avec les projets en cours tel que le prolongement du RER E entre Saint-Lazare et Mantes-la-Jolie, délestera la ligne classique et offrira des trains plus fiables et plus nombreux aux Normands se rendant à Paris. Malheureusement, malgré l'unification des deux Normandie, le renforcement d'une véritable liaison ferroviaire entre Caen et Rouen n'est toujours pas à l'ordre du jour. La Normandie gagnerait à ce qu'un tel projet soit engagé afin d'apporter une cohérence technique à l'unification politique de la région.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.