STOP AU MASSACRE

Depuis samedi dernier, le seul sujet qui a tenu en haleine commentateurs et partisans était l'arbitrage des matchs de boxe. Qui a le mieux cogné ? Qui avait le droit de le faire, qui n'en avait pas le droit ? Quelles sont les circonstances et raisons de ces actes, faut-il les condamner ou non ? Les soutenir financièrement est-il moralement souhaitable ? Droit à la défense VERSUS moralité républicaine. Dans ces pugilats, les revendications sont passées à la trappe, il n'en est désormais plus question que brièvement. Cacher les revendications par un rideau de sang, voilà ce que le pouvoir a réussi à faire.

Dettinger vs Benalla Dettinger vs Benalla

Moi qui suis rétif à toutes formes de violences, j'hallucine chaque samedi devant ce qu'il se passe. Ces mains arrachées, ces visages défigurés... Je suis éberlué de voir cette escalade dramatique qui conduira inévitablement à un mort dans la rue. Chaque semaine la violence et la brutalité gagnent en intensité et, surtout, se banalisent en renforçant la détermination et l'esprit de vengeance du camp d'en face. Cautionner, fermer les yeux devant ce que font les casseurs n'est ni moralement acceptable, ni efficace. Ces casseurs nuisent au mouvement et détériorent gravement son image à l'égard de la population. Pour autant, j'accuse avant tout Castaner, Philippe et Macron, de s'acharner à vouloir réduire la mobilisation à coups de matraque, de grenade et de flashball. Ces gens sont des irresponsables politiques ! Au sein des forces de l'ordre, évidemment qu'une frange éprouve un plaisir vicieux à en découdre avec les gilets jaunes, cependant la responsabilité de ces violences policières revient à leur hiérarchie et en premier lieu au gouvernement qui donne des ordres en ce sens. Les débordements policiers sont protégés et encouragés par le droit, l'administration et le gouvernement, ce qui donne à ces violences une couverture étatique. L'Etat est désormais au service d'un pouvoir en perdition qui ne trouve plus d'autres moyens pour se maintenir.

J'aimerais entendre de la part du gouvernement, plutôt que des appels hebdomadaires à "l'ultra fermeté" ou sa variante "l'ultra sévérité", des mots d'apaisement. Avec un peu de naïveté sûrement, j'aurais aimé, au fond de moi-même, que lors des voeux du 31 décembre Emmanuel Macron tienne des paroles de compassion pour les éborgnés, les crânes fracassés, tous ces gilets jaunes mutilés, ceci afin de calmer les esprits. Pas un mot ! Pas un seul mot ! Tous ont été ramassés dans la "foule haineuse", médiocre pyromane qui se croit homme d'Etat !

La député LREM Aurore Bergé a accusé certains insoumis "d'armer les esprits", alors que le pouvoir LREM arme en dur et en concret la police. Sont-ils devenus fous ? Une phrase serait-elle plus dangereuse que les milliers de grenades et de flashballs utilisés sur les ronds points et les manifestants ? Un mot plus menaçant que la police montée et les blindés dans Paris ?

En réalité, ils veulent un mort pour le mettre sur le dos des gilets jaunes. Ne le leur donnons pas ! Tranquillisons nos manifs, chassons les casseurs, créons un service d'ordre capable de protéger les manifestants des ordres malfaisants de Macron, Castaner ou Andrieux.

Partout, le premier objectif doit être d'élargir le plus possible la mobilisation des gilets jaunes. Retournons sur le terrain revendicatif, demandons la justice sociale, la justice fiscale et le renforcement de notre démocratie. Avec ces images de chaos qui de samedi en samedi, la peur et la haine gagnent les coeurs et découragent les moins hardis, les plus pacifiques ou les moins mobiles d'entre nous.

Stop au massacre ! Gagnons la mobilisation en rassemblant massivement et pacifiquement !

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