Les Européennes: les raisons de la défaite, comment en sortir ?

Analysons ensemble la claque du 26 mai, et réfléchissons aux suites à donner.

Un peu d'humilité ?

J'ai quelques contacts EELV dans mes contacts. C'est de bonne guerre d'insulter les insoumis et de faire preuve d'arrogance. Ca me gonflait quand des insoumis exhibaient les muscles sans arrêt vis à vis des autres, je sens que c'est reparti de plus belle de leur côté !

Bref, pour nous, les insoumis, ça doit nous apprendre une forme d'humilité : rien n'est jamais acquis et nous embrouiller avec tout le monde ne nous emmènera pas plus loin. En 2017 lors de cette fameuse campagne qui restera dans les mémoires, ce n'est pas l'acrimonie et le rejet des autres formations de gauche qui avait prévalu, au contraire on avait même fait le choix de ne pas parler de Hamon et du PS ! Le PCF était peu évoqué vu qu'il nous soutenait. EELV en se mettant à la remorque de Hamon a vite quitté le champ de bataille. Les attaques contre la "vieille gauche" ne sont apparues qu'après l'élection, appuyées à mon sens sur une erreur d'analyse du vote JLM en 2017 (vote utile de gauche et pas de totale conviction populiste vis à vis de LAEC, les électeurs font des choix stratégiques et pas seulement programmatiques !).

Un vote précipité, victime de l'éparpillement

Je suis pas trop dupe non plus sur la motivation de nombre d'électeurs pour les européennes. Beaucoup n'ont suivi l'élection que de très loin, ne s'y sont finalement pas vraiment intéressés et ont voté par une sorte de "réflexe" en choisissant au dernier moment leur bulletin. Au fond ça renvoie au fait que les gens aiment bien EELV, ils en ont une opinion plutôt bonne comme le montre régulièrement un sondage sur le sujet, donc voter EELV c'est un peu l'option de facilité quand on a pas eu trop le temps de s'intéresser au sujet. J'ai moi-même fonctionné comme ça pendant plusieurs années...

Ca me rappelle aussi dans une certaine mesure la primaire du PS : beaucoup de candidats pour un électorat assez similaire, en définitive très volatile cet électorat a choisi par automatisme étant donné les questions d'actualité sur le climat. La France insoumise, bien que très engagée sur l'écologie, n'a pas pu ressortir comme telle dans une campagne si ramassée, d'autant plus qu'elle est parue davantage comme une simple force "sociale" ces dernières semaines à la faveur du mouvement des gilets jaunes et non écolo, malgré les efforts de Manon Aubry en ce sens.

Quant au vote "anti système", il semble s'être porté vers le parti qui était le plus haut dans les sondages pour battre Macron. Notre référendum anti Macron manquait de contenu, en même temps c'était pas évident de faire autre chose tant il était évident que cette élection allait se transformer en un plébiscite. Macron a tout fait pour, c'est lui qui a installé ce duel avec le RN, clairement c'était difficile de sortir de cette logique. En installant le RN à cette place (ce qui est factuellement le cas, même le Pen père a remercie Macron de les avoir choisis comme adversaire en septembre 2018), Macron joue l'apprenti sorcier et commence déjà à voir cet épouvantail se retourner contre lui. Irresponsable, Macron a réussi de faire du RN un "vote utile", de la folie pure !

A droite, la raison du plus fort

A droite les choses sont un peu plus simples. Pas besoin d'avoir des unions de partis et des ententes interminables de ce côté là, les électeurs s'occupent très bien de faire l'union dans les urnes en votant pour le plus gros. Les électeurs connaissent leur intérêt, à partir de là le choix est simple : soit il continue avec Macron, soit ils rejoignent l'opposition de droite la plus forte, c'est à dire RN. Les polémiques ont peu d'effet sur cet électorat, pour preuve celles qui ont porté sur Fillon, sur Macron et sur le RN n'ont jamais entamé leur score. Il n'y a qu'à gauche où l'on pinaille sans arrêt sur des conneries. En définitve LR est en très mauvaise posture pour la suite.

EELV : faire face aux contradictions pour construire

Sinon, désormais reposent sur les épaules d'EELV une responsabilité particulière. Déjà en envoyant un tel contingent au PE j'espère bien qu'ils assureront sur le sujet qu'ils ont mis en avant, l'écologie.
Surtout, on voit qu'ils ont pris une certaine place dans cette élection, et dans nos villes de la métropole rouennaise également. Le "ni droite ni gauche" de Jadot, on sait que ça trouve des limites presque instantanément car toutes les questions ne sont pas d'ordre écologiques, même si beaucoup le sont. Par exemple sa sortie sur la réforme de la fonction publique relève d'un parti pris libéral de la tête de liste EELV. Si c'est le cas il faudra l'assumer.

Autre exemple, l'anticapitalisme dans une économie de marché, je connais pas personnellement mais j'espère bien que Jadot pensera à nous l'expliquer.

Le travail, les retraites (par points ou non d'ailleurs ?), le SMIC, la question des minimas sociaux, la position vis à vis de l'OTAN, des relations internationales, les services publics... se dessinent rapidement des clivages très puissants entre plusieurs courants d'EELV , en somme ceux plus proches de la FI et ceux plutôt tournés vers LREM. C'est de cette ambiguïté qu'EELV devra sortir pour construire quelque chose avec les autres, si elle veut le faire. Si le but est de poursuivre le libéralisme Macron-compatible et écologiquement incompatible, elle ne trouvera pas d'appui chez nous ! Sauf si EELV pense pouvoir s'élargir tout seul sans personne ? Auquel cas, je leur souhaite bonne chance mais ça réussit rarement ...

La FI sort affaiblie de cette séquence, mais elle ne se mettra pas à la remorque de quoi que ce soit sans une véritable assise politique sur tous les sujets, écologique ET social ET démocratique, pas seulement sur le traitement des îlots de chaleur et les points au milieu des mots.

Tout ceci reste un avis personnel.

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