Gilets Jaunes : vous avez dit "récupération" ?

Dès qu’une personnalité politique soutient des gilets jaunes ou relaie une proposition des gilets jaunes, les commentateurs médiatiques répètent tous en choeur, les uns après les autres, « Récupération ! Récupéracion ! RAICUPÉRASSION !!!!! » Mais au fond, de quoi on parle ?

C’est quoi la récupération ? Ce mot, trop souvent lancé au hasard par des journalistes peu porté sur la réflexion, est utilisé systématiquement de façon vague et confuse et figure parmi ces autres mots fourre-tout frappés d’infamie sans qu’on n’en sache vraiment la raison.

Lorsqu’une formation politique reprend les mots d’ordre des gilets jaunes, porte une revendication des gilets jaunes à l’Assemblée Nationale comme le RIC ou la réinstauration de l’ISF, ceci participe à amplifier, à donner de la force aux exigences des gilets jaunes. Les gilets jaunes ont eu ce talent, par la forme de leur mobilisation et leur détermination, d’imposer leurs sujets et leurs thèmes sur la scène politique et médiatique. Désormais, tout le monde débat et se prononce sur telle ou telle demande des gilets jaunes, c’est déjà un grand succès : ils ont rendu leurs sujets incontournables ! Par ailleurs, pour les groupes politiques d’opposition qui portaient déjà les revendications des gilets jaunes, les reprendre n’est pas de la récupération mais seulement une bonne opportunité de les voir se concrétiser.

En revanche, ce que les gilets jaunes doivent conserver et chérir, c’est leur autonomie d’expression, d’organisation et de décision. Que leurs revendications soient reprises et mises au centre des débats est fondamentalement positif, en revanche que leur parole soit spoliée, volée et déposée à l’INPI par un sombre personnage déçu de se voir écarter de la scène politique, là on peut à proprement parler de « récupération ». Florian Philippot essaye de déposer la marque « Les gilets jaunes » à l’INPI arguant qu’il voulait le préserver des manœuvres macronistes, sans préciser lesquelles bien sûr. Il dit que l’utilisation de la « marque » ne sera pas payante, ben voyons ! Ce n’est pas le sujet ! Il est totalement gratuit d’utiliser la marque « Parti Socialiste » ou « LREM », seulement si vous n’en avez pas les droits vous serez inquiété et interdit d’y recourir. Ainsi, si Philippot réussit son tour de passe-passe, il ne rendra pas l’usage de la marque payante, mais pourra la contrôler à sa guise pour qu’elle corresponde à son propre projet politique. Demain, si Philippot gagne, c’est lui qui décidera qui peut utiliser cette marque ou non, c’est à dire qu’il aura un pouvoir absolument exorbitant sur le potentiel politique des Gilets Jaunes !

Cette machination, c’est bien sûr une récupération nauséabonde qu’il faut impérativement rejeter. Il faut virer Philippot, ses amis, sa bande de malfaiteurs et de gangsters qui volent les gilets jaunes de leur identité !

A bas les accapareurs ! A bas Philippot !


Philippot déguisé en Gilet jaune Philippot déguisé en Gilet jaune

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