Le colibri qui chante aux oreilles d'Erdogan

Ebru Amar, chroniqueuse néerlandaise d'origine turque, a été détenu plusieurs heures durant ses vacances en Turquie pour "injure" envers le chef de l'Etat turc.

 

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Dimanche en début de matinée, Ebru Umar tweet sa libération. La journaliste n’est pas pour autant tirée d’affaire : il lui est interdit de quitter le territoire et elle doit se présenter à un poste de police deux fois par semaine. Ses tweets et appels téléphoniques sont également étudiés par les autorités.

Le calvaire ne s’arrête pas aux frontières turques. Lundi, la chroniqueuse a appris que son domicile d’Amsterdam avait été «visité»: «Mon voisin m’a appelée ce matin pour me dire que mon appartement a été cambriolé avec beaucoup de violence», a-t-elle déclaré à l’agence ANP. «La porte d’entrée a été forcée, mon ancien ordinateur a été emporté», a-t-elle précisé auprès de Metro, journal où elle tient ses chroniques.

Ebru Amar dérange. Athée et féministe, la journaliste est connue pour ses impitoyables critiques envers la politique conservatrice et religieuse menée par Erdogan. Dès 2013, elle signe sa rupture avec le régime conservateur par un article critiquant le niveau sonore de l’azan -l’appel à la prière du matin- en Turquie. Elle reçoit alors des centaines de menaces de mort sur les réseaux sociaux, y compris de la part de jeunes musulmans aux Pays-bas.

La semaine dernière, elle dénonçait dans les colonnes du Metro l’envoi de courrier par le consulat à ses ressortissants demandant de leur signaler toute insulte envers le chef d’Etat.  Des pratiques qu’elle n’hésite pas à comparer  à celle du parti nazi hollandais (NSB) durant la 2nd Guerre Mondiale.

Ses venues régulières en Turquie étaient étroitement surveillées depuis cet épisode. Ce ne sont cependant pas les autorités turques qui sont à l’origine de l’arrestation. Arrivée à Kuşadası, ville portuaire sur la mer Égée, pour des vacances, la journaliste tweet la photo d’un drapeau turc accompagnée par une critique du nationalisme turc et le hashtag #fuckerdogan.

La réponse n’a pas tardé. Des comptes twitter pro-gouvernementaux ont utilisé la stratégie promue par le consulat général en interpellant la police turque sur le réseau au colibri. Cette pratique, bien que récemment dévoilée, n’est pas nouvelle. Le « snitching » -du verbe snatch en anglais signifiant balancer-  a conduit à de nombreuses arrestations en vertu de motifs très largement définis, comme celui de « propagande terroriste » ou de « dénigrement de la nation turque », tous deux répréhensibles par la loi. On recense plus de 2.000 procédures judiciaires pour "injures" envers Erdogan au cours des derniers mois.

Le mari de la secrétaire d’Erdogan, par son compte twitter @tahaun, a par exemple dénoncé à plusieurs reprises la journaliste hollandaise en demandant aux autorités « d’ emprisonner cette créature ».

Ce sont probablement les nombreux tweets appelant à l’incarcération d’Ebru Amar qui ont motivés les forces de l’ordre. En effet, la police a arrêté la journaliste sur la base d’une « plainte d’un citoyen ». Les faits ont étés confirmés par le gouverneur de la province d’Aydın au député d’opposition Baris Arkadas. Ce dernier a ajouté que l’interpellation de la journaliste ressemblait plus « à une forme d’intimidation ».

Le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, est en contact avec Ebra Umar et le ministère néerlandais des affaires étrangères lui apporte actuellement son aide. Cependant, la journaliste a la nationalité turque, la Turquie n’est donc pas obligé de l’expulser comme cela avait été le cas pour le journaliste de Vice News.

 

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