La BOPE ne tue pas qu'au cinéma

Le nombre d’homicides commis par la police de Rio de Janeiro est en augmentation à l'approche des Jeux selon un rapport d’Amnesty International.

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Les pratiques de la BOPE (1) – groupe d’intervention d’élite de la police militaire du Brésil – rendues célèbres par le long-métrage « Tropa de Elite » ne relèvent pas seulement de la fiction, comme le révèle un rapport d'Amnesty International. Le bataillon n'est pas le seul mis en cause, c'est toute l'institution policière qui inquiète l'ONG.

L’année 2016 risque d'atteindre un funeste record, onze personnes ont été tués par balles au cours des 3 premières semaines d’avril. Les années passent et les chiffres ne cessent d'augmenter : 329 en 2013, 580 en 2014 et 645 en 2015.

Amnesty International n’a pas directement mis en cause la tenue des Jeux olympiques. Cependant, l’association remarque que « les statistiques démontrent clairement que l’usage d’une force excessive, la violence et l’impunité ont un caractère systématique dans les institutions chargées de la sécurité publique. Une grande partie des homicides commis par la police ont lieu dans l’État de Rio de Janeiro, où se dérouleront les Jeux olympiques.»

L’ONG a par ailleurs, dans son rapport de 2015 sur la police militaire de Rio, précisé que la majorité des victimes sont de jeunes hommes noirs, vivants dans les favelas, lieu où les « exécutions extrajudiciaires » sont la norme d’une politique répressive résumée en 1 phrase : « shoot first, ask questions later ».

Atila Roque, directeur éxécutif d’Amnesty International Brazil regrette la montée des violences policières. Blessés par balles , usage de grenades incapacitantes et utilisation d’armes à feu lors de manifestations, des d’incidents qui débouchent rarement sur des enquêtes alors que le gouvernement s’était engagé à pacifier la ville avant la tenue des jeux.

Les forces armées considèrent encore les manifestants comme des « ennemis publics » et l’utilisation d’armes à « létalité réduite » - plébiscitée par plusieurs associations – est loin de faire l'unanimité au sein de la police. Amnesty évoque une « stratégie de la peur », explicité dans un autre rapport datant de juin 2014.

Des pratiques inquiétantes surtout quand le cadre législatif ne condamne pas clairement les dérives. La loi visant à lutter contre le terrorisme, votée en février 2016, permet au gouvernement de museler toute contestation par la criminalisation des actions ayant trait à l’exercice du droit à la liberté de réunion. Une loi condamnée par l’ONU, décrite comme « trop vague et ambigüe

Ces violences sont familières aux habitants de Rio. Ces derniers ont expérimenté la « stratégie de la peur » déployée par la police lors de la coupe du monde de Football. Le printemps 2014 avait été bien agité : lacrymos, matraques télescopiques et détentions arbitraires, un journaliste avait même perdu un œil après avoir été touché par une balle en caoutchouc.

Sous couvert de maintien de l’ordre, le budget et les activités policières gonflent, un appareil de surveillance massive est créé et la dissidence est réduite au silence.

Si la capacité du Brésil à tuer et brutaliser ses propres citoyens ne suffit pas à émouvoir, il est important de rappeler que, jusqu'à présent, tous les aspects de la préparation des Jeux olympiques ont été un désastre complet.

(1) Batalhão de Operações Policiais Especiais- Bataillon des opérations spéciales de police

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