Colibri urbain - Partie 2

La série continue, cette fois sur Vice.

Demba a 23 ans. Il se dit « concessionnaire en attente d'un concessionnariat ». En clair : il achète des voitures à l'étranger, il les retape en France, puis il les vend. Qamis, Nike Huarache et casquette vissée sur la tête, c'est un mec sympa dont le look est typique d'un jeune mec habitant la périphérie nord du Havre, en Seine-Maritime. Cette partie de la ville qui ressemble à un immense labyrinthe HLM, Demba en a arpenté les moindres recoins, parfois seul, mais le plus souvent en équipe.

Selon plusieurs riverains et proches en total-look Gucci, Demba « a changé » paraît-il. Lorsqu'on lui dit ça, il glousse. Puis il m'évoque une « nouvelle équipe », avec qui il passe désormais ses après-midi une à deux fois par semaine. « Rien à voir avec une go », me dit-il. Les moqueries dont il a écho ne le touchent plus. Son visage impassible laisse transparaître un léger sourire lorsqu'on évoque avec lui cette fameuse « nouvelle équipe ».

Samedi, vers 14 heures, Demba me retrouve avec un ami, âge de 23 ans lui aussi. Ils marchent tous deux jusqu'à un terrain situé à 15 minutes à pied de la cité. Le lopin de terre appartient à un Chibani – un vieillard en arabe algérien –, qui le sous-loue gratuitement. Au milieu, on aperçoit un énorme box. Ça sent furieusement le fiacre mais je n'ose en toucher mot aux deux loubards. Ces derniers semblent imperturbables.

L'ami qui accompagne Demba s'appelle Yacine*. Il est machiniste chez Renault. Tous les deux se connaissent depuis l'enfance.

Ensemble ils ouvrent le box. Une jument aux poils bronzés parsemés d'une crinière noire en sort, et les jeunes hommes se mettent aussitôt à l'équiper d'une selle. La scène est improbable. Yacine me regarde en riant.

« Tu t'attendais pas à ça hein ? » Non, en effet. Encore moins lorsque Demba et son mètre 90 se mettent à chevaucher sans peine la jument, faisant briller le numéro 9 d'un maillot du Milan fraîchement acquis. Si les deux amis se réunissent un samedi après-midi au milieu des champs, c'est pour une passion commune : l'équitation.

 

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