Chirac, contre-attaque !

Bienvenue en 2002

Il n'y a pas eu d'état de grâce, parce qu'il n'y a pas eu de majorité présidentielle. N'en déplaise en effet aux thuriféraires d'Emmanuel Macron qui expliquent sans (trop) sourciller aux gens qui ont fait "barrage" derrière lui qu'ils ont en réalité voté par adhésion, nous nous sommes dotés dimenche de Jacques Chirac en 2002 : un président qui a déjà, de fait, un bilan, mauvais, et qui n'a été choisi que par défaut d'autre chose face à une extrême-droite en percée. Il faut comprendre que Brice Couturier et ses amis en fassent des caisses sur le "renouvellement" : il faut faire ronfler le symbolique pour qu'on oublie l'absence des traditionnelles scènes de joie dans Paris à l'élection d'un nouveau chef de l'Etat, la ridicule participation de quelques milliers de soutiens désoeuvrés le soir du 7 mai, et le fait que leur prétendue "rénovation de la vie politique", 48 heures seulement après le vote, a déjà le morne goût des réélections par défaut.

Ils auront beau crier grâce, le désamour d'avec le nouveau président est déjà établi alors que celui-ci n'a même pas encore été intronisé. A tel point que c'est moins un nouveau gouvernement qu'on attend, qu'un remaniement ministériel. La politique de Macron est en droite continuation du centrisme de droite de Hollande, il n'y a aucune raison pour que cela change, et l'on voit déjà les spectres du quinquennat précédent se battre pour obtenir des rôles de figurants dans le nouveau (ils seront remplacés par des copies conformes en plus jeune, pour insuffler un peu de mauvais sang dans les vieilles peaux). Il faut parfois apprendre en politique à ne pas rêver, et à analyser la situation franchement : Emmanuel Macron a été mal élu, et il en retourne qu'il ne peut pas, sans risquer de crise grave, se comporter autrement que comme quelqu'un ayant emporté une victoire à la Pyrrhus, ce qu'il est objectivement. Pendant ce temps, le front social s'organise : c'est très bien, la politique ne se faisant pas dans les urnes. Certes, la répression a été et est encore (et sera) terrible, il reste que sur le front social l'habitude du conflit a été prise. Il ne faut jamais sous-estimer ces faits.

Avertissons néanmoins les vainqueurs de l'échalotte sur leur comportement : en 2002, Chirac élu n'avait pas su former de véritable union, et s'était comporté en grand champion des Français, porté par un élan mou, mais se rêvant grand conquérant. Il en avait suivi non seulement un quinquennat morbide, à peine sauvé par un refus d'aller en guerre en Irak, mais également la mort politique de celui qui l'avait mené et, plus encore, le délitement du front républicain. Cette fois-ci encore, l'erreur est la même : en prenant leur fantasme d'un vote d'adhésion pour une réalité, en fustigeant "l'inconséquence" qui consiste à prendre la rue quand hier encore on invitait les opposants à faire union, puis à manifester contre Macron, en essayant vainement de trouver une majorité présidentielle là où il n'y en a de toute évidence pas, ils envoient à ceux et celles qui ont encore une fois consenti à sacrifier leur voix un message de mépris qui ne doit pas tomber dans l'oreille de sourds. Il n'y a aucune raison que leur but pour 2022 soit d'arriver encore au second tour face au FN : c'est leur seule stratégie. Que cela soit clair : le comportement de l'équipe du Reproduit de l'Année depuis le soir du 7 mai se maintenant, il ne sera à l'avenir plus possible de justifier d'un front quelconque. La prochaine fois, personne ne volera à leur secours. Ils ont été sauvés par l'esprit civique des Français, et ce fait reste. Aux troupes du mal-élu de choisir donc ce qu'ils préfèrent : leur orgueil, ou la politique.

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