A propos de «la feuille de route du gouvernement pour les quartiers»

 Le Conseil des ministres vient de faire part des orientations du gouvernement sur ce qu’il est convenu d’appeler « La Politique de la Ville ».

 

Vue du quartier de la Grange-aux-Belles, 10e Vue du quartier de la Grange-aux-Belles, 10e

Le Conseil des ministres vient de faire part des orientations du gouvernement sur ce qu’il est convenu d’appeler « La Politique de la Ville ».

Il est affirmé la nécessité de mobiliser de manière effective les moyens de droit commun de l’État, de s’appuyer sur la création des zones de sécurité prioritaires, de destiner prioritairement aux jeunes des quartiers populaires des emplois d’avenir à partir du 1er janvier 2013, de favoriser dans ces territoires la création de postes dans l’éducation nationale…

Parallèlement il est annoncé plusieurs initiatives pour les prochains mois, dont la plus importante est la réforme « de la géographie prioritaire de la Politique de la Ville » avec la volonté de concentrer « les interventions publiques sur les territoires qui en ont le plus besoin ».

Je partage ces objectifs et cette approche.

Le Conseil des ministres a demandé au ministre chargé de la Ville d’animer « un groupe opérationnel chargé de la concertation sur cette nouvelle étape de la Politique de la Ville » entre octobre et décembre 2012, pour aboutir au vote d’une loi début 2013.

Je compte participer activement à cette concertation et je souhaite que la Ville de Paris y contribue largement, elle qui a développé depuis 2001 une politique innovante en la matière et qui a conforté ses interventions malgré les retraits financiers de l’État.

La première interrogation que je soulève est celle de la priorité qui ne doit pas entraîner un abandon de l’intervention de l’État dans les secteurs qui seraient considérés aujourd’hui comme non prioritaires et qui disparaîtraient de la nouvelle géographie.

A plusieurs reprises, tout récemment en s’appuyant sur un rapport de la Cour des Comptes, la situation parisienne et celle du 10e en particulier en matière de politique de la ville, ont été stigmatisées comme étant destinée à des quartiers privilégiés.

Il est vrai que vue du Palais Royal, la population de notre arrondissement peut apparaître totalement « boboisée ». Mais pour les élu(e)s de terrain et les associations la réalité est différente. Les deux quartiers « Grange-aux-Belles-Buisson St Louis-Ste Marthe » et des « portes St Martin et Saint-Denis » situés dans le périmètre Politique de la Ville présentent une grande diversité de nationalités, 27% de populations immigrées, les foyers à bas revenus représentent 17%, les bénéficiaires de la CMU 9%, le taux de chômage s’élève quand à lui à plus de 14% et près de 8% des habitants du quartier perçoivent le RSA. Les résultats scolaires des collégiens du quartier sont éloquents, en 6ème près d’un élève sur trois est en retard d’un an ou plus et la réussite au brevet des collèges est particulièrement faible, à hauteur de 61,3%.

La Politique de la Ville menée dans ces deux quartiers permet de conserver un lien social avec les familles les plus défavorisées et avec une partie de la jeunesse.

Cette analyse peut s’appliquer aux 14 quartiers parisiens « Politique de la ville »

Cela est rendu possible par une intervention forte de la Ville de Paris, notamment au travers de l’action de ses équipes de développement local et, malgré les reculs, par des moyens consacrés par l’État.

C’est ainsi qu’en 2012 pour le 10e l’État finance les 16 postes d’adultes-relais (recrutés parmi les habitants de ces deux quartiers), que les associations bénéficient de 103 000 euros pour leurs actions en faveur du lien social dont 54 000 pour les ateliers socio-linguistiques (apprentissage de la langue française), que près de 100 000 euros sont consacrés à la réussite éducative, à l’Atelier Santé Ville, aux départs en vacances des jeunes, à l’accompagnement à la scolarité.

Il est curieux que la critique de l’opposition de la droite municipale dans l’arrondissement soit basée sur le même terme de « saupoudrage » que celui utilisé pour justifier les nouvelles priorités qui excluraient nos deux quartiers « Politique de la Ville ».

Le Conseil de Paris a réaffirmé lors d’une communication en séance du mois de mars 2011 son engagement dans la Politique de la Ville sur le périmètre des 14 quartiers. Il a également repris ma proposition d’organiser une grande rencontre pour valoriser ces actions le 24 janvier prochain. Le Maire de Paris doit, d’une manière ou d’une autre, veiller à ce que cet engagement se poursuive et se renforce, soit dans le cadre d’une politique spécifique, soit par la mobilisation prioritaire sur ces lieux de moyens de droit commun.

Les populations de ces quartiers qui se sont largement exprimées en faveur d’un changement lors des dernières élections attendent une rupture avec les politiques précédentes.

Paris, le 23 août 2012

 

 

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