Présidentielles 2017: pourquoi François Fillon s'attaque aux homosexuels

Mariage homo, PMA, GPA : à force de propagande LMPT, tout homme politique de droite un peu ambitieux doit passer le baptême du feu. Ainsi, pour marquer quelques points en 2017, François Fillon a fait allégeance aux nouveaux réactionnaires : il a tapé sur les minorités.

Loin de moi l’envie d’en remettre une couche sur le mariage homosexuel et les questions de filiation, PMA, GPA, etc. Ces manifestations roses et bleues, à leurs débuts, étaient déjà difficilement supportables. Début février, la grand’messe contre le déclin de notre Civilisation a remis ça et a achevé d’empuantir l’atmosphère. Le droit à l’oubli est peut-être de mise, donc.

Mais ce n’est pas de ma faute, c’est Fillon qui a commencé.

Copé sur le déclin, les fillonnistes sentant que le vent les pousse ne vont pas se contenter de se baisser pour ramasser. Ils préparent donc activement 2017, et quoi de mieux que quelques déclarations anti-mariage homo pour s’attacher les réactionnaires, force politique grandissante de notre belle République ? Mais sans oublier de rester modéré pour ne pas effrayer l’électeur raisonnable. Objectif : rester un candidat crédible, rassurant, responsable. Un bon père de famille, en somme.

Fillon, bon bougre, ne souhaite donc pas un « retour pur et simple à la situation antérieure », car cette option « aboutirait à une nouvelle fracture de la société française qui n'est pas souhaitable ». Jusque là on est d'accord.

Malheureusement, il n'en reste pas là. Il ajoute : " L'idéal serait de réintroduire une distinction entre le mariage hétérosexuel et l'union homosexuelle avec une égalité des droits excepté les droits sur la filiation. Les adoptions par les couples homosexuels et hétérosexuels ne peuvent être placées sur le même plan. Les possibilités d'adoption par les couples homosexuels doivent être restreintes."

Après la bataille sur le mariage homosexuel les réactionnaires s'attaquent aux possibilités de filiation qui découlent de ce nouveau droit. Autrement dit, ce qui est autorisé aux couples mariés hétéros doit normalement l’être aux mariés homos, sans distinction : l’adoption, mais aussi peut-être la PMA – la GPA est de toutes façons, et pour tous, interdite en France.

 Fillon développe logiquement en ce sens : « Je ne suis pas favorable à ce que la loi autorise la possibilité de procréation médicalement assistée [PMA] pour les couples homosexuels », une pratique qui doit être « réservée aux couples hétérosexuels dont l'infertilité est diagnostiquée ». Puis, s'agissant de la GPA, Fillon réclame l’abrogation de la circulaire Taubira, qui appelle à transcrire en France l'état civil des enfants conçus à l'étranger par GPA.

Laissons de côté les questions juridiques du comment distinguer mariage homosexuel et mariage hétérosexuel, dès lors que l’union est même, ainsi que les questions « morales » ou « philosophiques » du pourquoi, qui ont été amplement et douloureusement débattues.

Ce qui est intéressant c’est le décalage entre la cible fantasmée – une grande quantité de couples homosexuels qui adopteraient à tout-va, et utiliseraient en masse la PMA et la GPA à l'étranger en profitant d'un droit laxiste – et la cible réelle de ce discours, rare et majoritairement hétérosexuelle.

La PMA en France est réservée aux couples hétérosexuels ayant deux ans de vie commune, donc interdite non seulement aux couples de femmes, mais aussi aux couples hétérosexuels non stériles et aux mères célibataires. Mais aujourd’hui, les mères célibataires qui sont pourtant les premières concernées en nombre par cette interdiction ont complètement disparu du débat. De même, la GPA, interdite en France, est très rarement pratiquée à l'étranger. Mais elle est souvent le fait de couples hétérosexuels dont la femme ne peut plus porter d’enfant. La circulaire Taubira de décembre 2013 est d'ailleurs un simple rappel à la loi . Elle n'est aucunement liée à la loi Taubira de mai 2013 qui ouvre le mariage aux couples de même sexe. Son but est de "normaliser" une situation qui met l'enfant né par GPA dans une situation administrative difficile. Environ 38 cas ces 4 dernières années ont été comptabilisés.

De la GPA qu'on ne pratique pas en masse comme on souhaite nous le faire croire, il n’était jamais question dans le débat public il y a deux ans. Aujourd'hui, la question enfle monstrueusement avec le mariage homosexuel, qui ne change pourtant rien à la loi. 

Bizarrement, les LMPT voient des homosexuels partout, là où ils sont très minoritaires. D'abord au regard du mariage tant décrié et craint : ils étaient seulement 7.000 a s’être passés la bague au doigt en 2013, chiffre mince, puisque de nombreuses envies de mariage été concrétisées cette année-là. La même année,  231.000 couples hétérosexuels sautaient le pas.

Et il va sans dire qu'au sein des homosexuels en couple, qui représentent un peu moins de 1% de la population, l'homoparentalité représente une "minorité dans une minorité" comme le formule un compte-rendu de l'Ined datant de 2009. Et l'homoparentalité via PMA, adoption et GPA est donc une rareté : la plupart du temps, les enfants de ces familles sont issus d'une première union hétérosexuelle.

La présence croissante de ces discours sur la filiation non-biologique depuis l'autorisation du mariage homosexuel est donc étonnante. Car l'adoption et la PMA existent depuis bien longtemps et concernent en majorité des couples hétérosexuels ou des célibataires. En fait, ces débats ne cherchent pas à régler des problèmes réels ou à décrire une réalité statistique ou humaine, mais ont deux autres fonctions définies :

La première est de désigner des bouc-émissaires et de creuser des fractures dans la société française – les même que Fillon dénonçait pourtant. 

Aujourd'hui, il est donc facile d'accuser les homosexuels qui cherchent à avoir des enfants d'être égoïstes, de se faire valoir d'un "droit à l'enfant" imaginaire, d'utiliser de pauvres femmes étrangères pour porter leurs bébés, etc. Et on passe sous silence ce même "acharnement" des couples hétérosexuels, qui via la science ou l'adoption, "s'octroient" une famille depuis la loi de 2004 : 50.000 enfants par an sont des "bébés éprouvettes" ou nés d'une insémination artificielle. 

Fillon propose même des possibilités "restreintes" pour les couples de même sexe qui souhaitent adopter. Quand on connaît le parcours de combattant qu’est l’adoption, et la rareté de sa concrétisation même pour les couples mariés hétérosexuels, de tels propos ne cessent d'étonner. 

Ainsi, comme chaque fois que LMPT bat la campagne, cette distinction entre homos et hétéros jusque dans l'adoption est moins réelle que symbolique. Le bien-être de l’enfant n’est qu’un cache-sexe. Il s’agit d’abord d’affirmer que les homosexuels ne sont pas égaux aux hétérosexuels, et ne peuvent avoir les même droits. Que la filiation biologique, ou qui "mime" la filiation biologique (un papa, une maman, peu importe que les gamètes viennent d'un autre), est naturellement supérieure.

Les slogans fascinés de filiation et de bio-éthique s’attachent ainsi à recréer imaginairement, avec des éléments de langage inlassablement répétés et des exceptions à la loi, la frontière désormais abolie du mariage. La digue qui protégeait les hétérosexuels, et toute la "Civilisation" avec eux, en les séparant nettement des homosexuels, est désormais tombée. Les voilà pris de panique, exigeant de nouveaux barrages, plus subtils.  De là à les traiter d’homophobes... 

La seconde fonction du discours sur la filiation est peut-être plus effrayante : avec un cynisme dont nos hommes politiques ont le secret, elle est de montrer qu’on a choisi son camp, pour attirer de potentiels électeurs.

Voilà comment les homosexuels, minorité opprimée en France, sont utilisés, maltraités, et  agités comme des épouvantails dans les discours politiques depuis plus d'un an. Que cela alimente voire justifie l’homophobie de la société française et sa violence, peu importe. Quand on fait de la politique, mieux vaut laisser la réalité de côté.

 

"Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que je suis ?"

Baudelaire

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