Alors que les marches mondiales pour le climat fêtent leurs 3 mois ce 8 décembre, la mobilisation des gilets jaunes prend une ampleur inégalée. En apparence contradictoires -puisque l’insurrection jaune a été initiée par une critique de l’augmentation de la taxe carbone et des prix des carburants - ces deux mouvements ont tout de même des similitudes. Sur les réseaux sociaux, certains gilets jaunes suggèrent de rejoindre la prochaine marche du climat – et des militants écologistes hésitent également à revêtir un gilet jaune, ou vert, le 8 décembre. Analysons d’un peu plus près ce qui distingue ces deux types de mobilisation et leurs revendications respectives.
La mobilisation des gilets jaunes a été initiée par une protestation contre l’augmentation des taxes sur les combustibles fossiles, proposée par le ministère de la transition écologique et solidaire. Les gilets jaunes trouvent cette mesure injuste car elle touche en premier lieu ceux qui nécessitent leur voiture au quotidien, et qui sont généralement les moins fortunés. La plupart des médias opposent donc les gilets jaunes et écologie. Néanmoins, Nicolas Hulot a bien répondu qu’il ne faut pas oublier le terme solidaire, et que cette mesure de taxation des carburants doit également être accompagnée d’aides à la transition pour les plus démunis. Notez également que la justice sociale était le second axe de la campagne écologiste de Julien Bayou aux législatives.
Le mouvement des gilets jaunes a proposé des revendications variables. Certaines d’entre elles rejoignent celles des écologistes. Par exemple : (i) la lutte contre l’évasion fiscale et l’arrêt du CICE pour financer la transition écologique et la justice sociale, (ii) la mise en place d’une taxe sur le fuel maritime et le kérosène, (iii) la mise en place d’un réseau de transports en commun, y compris dans les campagnes et banlieues, etc… Il y a donc en un certain sens une convergence des luttes écologistes et des gilets jaunes. Mais faut-il pour autant combiner ces luttes ?
Ce mouvement des gilets jaunes est multiforme, et contient aussi des revendications qui ne sont pas partagées par les écologistes. Même si le mouvement est majoritairement apartisan, plusieurs manifestants en jaune sont proches de l’extrême droite. Certains militants écologistes voient en cette vague jaune l’arrivée pas à pas du fascisme et des extrêmes en France, comme elle a déjà eu lieu aux Etats-Unis, au Brésil, ou chez nos voisins italiens.
Notez que les écologistes ne sont pas non plus tous du même avis politique : certains sont clairement contre la politique du gouvernement Macron, d’autres pensent qu’il faut se rapprocher de LREM pour pouvoir agir sur l’écologie, certains proposent l’établissement de la finance verte tandis que d’autres sont pour la décroissance, et tous ne sont pas d’accord sur l’arrêt du nucléaire.
Ce qui distingue notablement les marches du climat et les manifestations des gilets jaunes est l’utilisation de la violence et le nombre de policiers. Les marches du climat ont toujours été étonnamment calmes et pacifiques, sans débordements ni casseurs, et non violents. Très peu de policiers encadraient ces marches. Au contraire, les manifestations des gilets jaunes sont très encadrées par la police, et même certains policiers ont enfilé leur gilet jaunes. La violence contre les symboles de ce qu’ils rejettent est un des moyens d’action de plusieurs des gilets jaunes. Les méthodes d’action utilisées par les écologistes et les gilets jaunes sont donc bien différentes.
Alors faut-il que les gilets verts et jaunes convergent, afin d’élargir le panel d’alternatives aux extrêmes, ou les écologistes doivent-ils se distinguer des gilets jaunes qui se radicalisent ? Au delà des marches du 8 décembre, la réponse viendra dans les urnes aux Européennes de 2019 puis aux Municipales de 2020 !