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Billet de blog 20 janvier 2026

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Dépolarisons le monde

Nous observons une polaristion du discours politique : un affrontement bilatéral où chaque partie sous-entend une légitimité absolue. À mon sens, concevoir les luttes sous le seul prisme de la bipolarité est une faute politique majeure car cette façon de penser et de combattre détruit de sa substance toute la profondeur du combat et peut finir par porter préjudice à l’essence même de ce combat.

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Nous observons une recrudescence de la polaristion du discours politique et militant : un affrontement bilatéral entre deux ou plusieurs groupes, en sous-entendant que l'un est plus légitime que l'autre - et ce sur tout l’échiquier politique. Cette méthode est une rengaine vieille comme le monde : pointer du doigt un coupable, tout désigné, comme appartenant à un groupe uniforme et homogène. Une vision simpliste pour expliquer un phénomène ô combien complexe.

Le monde n’est pas divisé en deux camps. Il n’y a pas d’un côté les gentils et de l’autre les méchants. Il n’existe d’ailleurs pas d’individus purement gentils et d’autres purement méchants. L’humanité est composée d’individus atomisés qui subissent et provoquent à la fois des actes de bonté ou de méchanceté, tout au long de leur vie, de manière consciente ou inconsciente, dans des proportions déséquilibrées et hétérogènes en fonction des individus. 

Le combat culturel, politique et social que nous observons aujourd’hui ne peut pas être bilatéralement résumé à la lutte d’un groupe contre un autre (exemple, la lutte des hommes contre les femmes, des blancs contre les racisés, des écolos contre les climatosceptiques, des baby-boomers contre les jeunes, ou des ruralités contre les villes, etc etc…). Le monde est trop complexe pour être simplifié par des raccourcis clivants qui feraient croire qu’un seul ennemi commun serait responsable de tous les maux. Malheureusement, cette façon de penser et de combattre détruit de sa substance toute la profondeur du combat et peut finir par porter préjudice à l’essence même de ce combat.

Selon moi, tous les combats reposent sur le même dénominateur commun, une injustice qui existe depuis toujours. L’histoire de l’humanité a entièrement été façonnée par cela et nous en faisons encore les frais : il s’agit de la domination des détenteurs d’un quelconque pouvoir/privilège (les oppresseurs) sur ceux qui subissent cette oppression (les opprimés). Point. Celle domination n’est pas statique, elle a de nombreux visages, elle est toujours en mouvement et elle possède une incroyable capacité d’adaptation.

La question de la domination est complexe car au fond elle concerne tout le monde, elle s’insinue dans tous les aspects de la vie (sociétale, sociale, professionnelle, familiale, amicale, intime…), et ce, quelles que soient les individualités propres à chacun. Un dominant peut lui-même avoir subi une ou des dominations. Cette oppression (et violence) d’hier peut d’ailleurs être le moteur inconscient de sa domination d’aujourd’hui. Un opprimé peut faire subir une domination à un autre opprimé, car il possède un moyen de domination sur cet individu. Une personne opprimée peut ignorer toutes les formes de dominations qu’elle possède. Une personne dominante peut ignorer à quel point elle a du pouvoir et se considérer comme faisant partie des opprimés. 

A me lire, me direz vous, tout le monde serait le dominant de l’un et l’opprimé d’un autre ? Oui. Et c’est bien sur cela que tout l’enjeu se porte. 

Entendez bien, que bien évidemment, il existe une très forte disparité entre les individus, certains accumulent et concentrent le pouvoir tandis que d’autres ne font que subirent une domination systémique à plusieurs échelles, il existe donc de très fortes inégalités au sein même des opprimés.

Prendre conscience de la complexité de cet ordre mondial, à la fois de façon sociétale, politique, économique, géopolitique, collective et individuelle, est la première étape pour en finir avec ce cercle infernal de la violence. Il est temps d’y mettre un terme, ou tout du moins de renverser ce système empirique de dominations multilatérales qui façonne le monde.

Concevoir les luttes (émancipatrices et progressistes) sous le seul prisme de la bipolarité est à mon sens une faute politique majeure, ou tout du moins, y croire est, selon moi, une idée dangereuse. La porte ouverte à toutes les dérives autoritaires.

Créer une forme de combat bilatéral entre deux ou plusieurs groupes, en sous-entendant que l'un est plus légitime que l'autre, est une rengaine vieille comme le monde ! Pointer du doigt un coupable, tout désigné, comme appartenant à un groupe uniforme et homogène, est à mon sens une lubie et une illusion dévastatrice pour la lutte. Une polarisation des discours, sous couvert de bienveillance collective et émancipatrice, réduit de sa substance toute la force structurelle de la lutte.

Dernier point - et non des moindre - s’entêter dans ce type de clivages polarisants profite aux dominants. Quelle jubilation à l’idée de nous voir nous entretuer sur nos luttes individuelles (j’entends par là les luttes qui nous concernent directement en tant que personne) au lieu de nous regrouper collectivement (avec nos divergences certes!) pour commencer à bâtir un monde meilleur. 

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