Merci à vous, Gisèle Halimi, combattante de la cause des femmes

Décédée hier à l'âge de 93 ans, Gisèle Halimi, avocate féministe emblématique, aura marqué et honoré le siècle. Outre son combat acharné en faveur du droit des femmes à disposer de leur corps, contre le viol, habitée par une foi inébranlable en la justice, elle aura combattu contre la torture et la peine de mort pendant la Guerre d'Algérie, au Vietnam, sans oublier ses engagements à Attac.

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Gisèle Halimi, juillet 1927- juillet 2020

"Quand les femmes comprendront-elles que leur union leur donnerait une force fabuleuse ? Désunies, elles sont vulnérables. Mais, ensemble, elles représentent une force de création extraordinaire. Une force capable de chambouler le monde, sa culture, son organisation, en le rendant plus harmonieux. Les femmes sont folles de ne pas se faire confiance, et les hommes sont fous de se priver de leur apport. J’attends toujours la grande révolution des mentalités. Et je dis aux femmes trois choses : votre indépendance économique est la clé de votre libération. Ne laissez rien passer dans les gestes, le langage, les situations, qui attentent à votre dignité. Ne vous résignez jamais !"

Extrait entretien dans Le Monde du 19 juillet 2019).https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/09/22/gisele-halimi-j-avais-en-moi-une-rage-une-force-sauvage-je-voulais-me-sauver_6012578_3224.html

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Sur France Culture, L'émission "A voix nue"  rediffuse une série de cinq grands entretiens regroupés sous le titre "La Cause des femmes".  Cinq épisodes retraçant  son enfance en Tunisie, son histoire familiale, sa  révolte précoce face au sort réservé aux fillettes et aux femmes, son refus des interdits imposés au "deuxième sexe", sa rage pour accéder au savoir, aux  études et à la culture, sa quête de liberté émancipatrice, sa soif d'apprendre qui se traduit  par son départ en France où elle rejoint son frère. Elle n'a que quinze ans, y poursuit ses études grâce à des bourses, fait philo à la Sorbonne, puis entre à Sciences-Po. Son engagement passionné, sans faille, militant, en faveur du droit des femmes la conduit à choisir le ministère de la parole et le droit, d'abord en Tunisie où elle retourne pour embrasser la profession d'avocate et où elle prête serment en 1949, cela jusqu'en 1956 où elle revient en France. Armes qu'elle maîtrise avec talent et détermination, témérité, pour porter sur la place publique et dans les tribunaux -où l'admiration côtoie les lazzis-, les combats judiciaires majeurs qu'elle emporte avec succès, contre la pénalisation de l'avortement (1972, procès de Bobigny) et  le viol (1978). L'année précédente, en 1971, elle initie et est signataire du "Manifeste des 343", dans lequel 343 femmes déclarent avoir avorté, réclament le libre accès aux moyens anticonceptionnels et à l'avortement, appel  qui bénéficiera d' une audience internationale. Aux côtés de Simone de Beauvoir, elle fonde parallèlement le mouvement féministe "Choisir la cause des femmes"

Dans les années soixante, alors que la Guerre d'Algérie sévit furieusement, elle aura préalablement pris la défense de combattants du FLN et de membres du réseau Jeanson. Elle n'oubliera jamais le prix de la pauvreté et des inégalités béantes au profit d'une minorité, inégalités économiques, sociales et culturelles. Co-fondatrice en 1998, de l'association Attac France, avec Susan George et d'autres -premier chaînon d'un réseau Attac au niveau mondial-, elle participe activement à ce mouvement dont l'objectif initial fut d'introduire une taxe sur les mouvements internationaux de capitaux afin de décourager la spéculation. Le produit de cette taxe (souvent dénommée taxe Tobin) ayant pour but de financer des projets de développement écologique et social.

De longues et passionnantes conversations recueillies par France-culture en 2011 qui mesurent le chemin parcouru par cette femme belle et rebelle, cette femme de Loi iconoclaste, ayant contribué à briser l'opprobre et  rompre le silence, à mettre une gifle magistrale aux dénis de justice actés par un patriarcat encore triomphant, à modifier la Loi. Conversations dans lesquelles nombre de femmes de sa génération et de la suivante, se reconnaîtront. Conversations qui restent une source d'inspiration, de réflexion et d'action aussi pour les plus jeunes. Pour nous toutes.

https://www.franceculture.fr/emissions/a-voix-nue/gisele-halimi-la-cause-des-femmes

 

Gisèle Halimi, une femme de Lettres. Ouvrages publiés:

  • Djamila Boupacha* en collaboration avec Simone de Beauvoir et des témoignages d'Henri Alleg, de Mme Maurice Audin, du général de Bollardière, de Marie-Dominique Chenu, de Dr Jean Dalsace, de Jacques Fonlupt-Espéraber, de Françoise Mallet-Joris, de Daniel Mayer, d'André Philip, de Jean-François Revel, de Jules Roy et de Françoise Sagan,  portrait lithographié par Pablo Picasso et un hommage des peintres Lapoujade et Matta, 1962
  • Le Procès de Burgos, 1971
  • La Cause des femmes, 1973 (titre qui est aussi le nom de l'assocociation qu'elle lança en )
  • Avortement, une loi en procès, 1973
  • Viol, le procès d'Aix : choisir la cause des femmes,1978
  • Le Lait de l'oranger,1988
  • Une embellie perdue,1995
  • La Nouvelle Cause des femmes,1997
  • Fritna,1999.
  • Avocate irrespectueuse, 2002
  • L'Étrange Monsieur K, 2003. 
  • Le Procès de Bobigny : choisir la cause des femmes, préface de Simone de Beauvoir ; nouvelle édition avec un texte inédit de Marie-Claire C., 2006
  • La Kahina,2006
  • Ne vous résignez jamais,2009.
  • Parcours d'avocat(e)s, entretien avec Gisèle Halimi par Christophe Perrin et Laurence Gaune, 2010
  • Histoire d'une passion, 2011.
  • * Djamila Boupacha , militante du FLN accusée d'avoir préparé un attentat, fut torturée et violée par des parachutistes français pendant des semaines.  Gisèle Halimi initia en 1960 avec Simone de Beauvoir la création d'un collectif de soutien réunissant des centaines personnalités influentes et  fut son avocate . À la suite des pressions du comité de soutien constitué pour sa défense et par l'entremise de Simone Veil, alors magistrate, le tribunal d'Alger fut dessaisi du dossier au profit de Caen. Djamila Boupacha fut transférée par avion militaire dans l'Hexagone  pour y être jugée.  Gisèle Halimi  transforma cet événement  en véritable procès  médiatique contre les crimes commis par l'Armée française en Algérie. Condamnée à mort, à Caen en juin 1961, elle fut amnistiée dans le cadre des accords d'Evian, et  libérée en avril 1962.

 

 

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