L'affiche rouge de Castaner et Macron

Le clip de propagande anti-Gilets jaunes posté par M. Castaner sur les réseaux sociaux à la veille de l’acte 12 s’apparente à l’Affiche rouge placardée en 15 000 exemplaires sur les murs de France le 21 février 1944.

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De même que le clip du ministère de l’Intérieur justifie les crimes de la police contre les manifestants en les présentant comme de violents ennemis de l’intérieur, l’affiche justifiait l’exécution de résistants en les présentant comme des terroristes étrangers. M. Macron avait livré la veille à des journalistes sa vision paranoïaque et complotiste de Gilets jaunes manipulés par les Russes, rappelant le tract qui accompagnait l’Affiche rouge :

 “Si des Français pillent, volent, sabotent et tuent... Ce sont toujours des étrangers qui les commandent. Ce sont toujours des chômeurs et des criminels professionnels qui exécutent. Ce sont toujours des juifs qui les inspirent. C’est l’armée du crime contre la France. Le banditisme n’est pas l’expression du Patriotisme blessé, c’est le complot étranger contre la vie des Français et contre la souveraineté de la France.”

 Remplacez dans cette propagande nazie le mot « juifs » par le mot « Russes » et vous obtenez le discours tenu aujourd’hui, plus ou moins ouvertement, par le macronisme. Il ne s’agit évidemment pas ici de mettre sur le même plan les ravages de la crise actuelle et ceux du nazisme, mais de montrer que le mécanisme de défense de la macronie, sous-tendu par la pensée fascisante de l’ennemi de l’intérieur, est le même.

 La haine est comme la peste, telle que l’a décrite Antonin Artaud : elle se déplace, mais c’est toujours la peste. Le mépris, la haine du peuple exprimée aujourd’hui par la macronie à coups de violences verbales, de violences politiques et de violences policières, est la même peste que la judéophobie. Haine des juifs, haine du peuple, haine des musulmans, haine des étrangers, sont la même haine qui se déplace dans le temps et d’un groupe humain à l’autre, et aboutit à des effets similaires. Dans La fin de l’intellectuel français ? De Zola à Houellebecq, Shlomo Sand écrit : « Alors que l’intellectuel parisien moderne est né dans le combat contre la judéophobie, le crépuscule de l’intellectuel du début du XXIe siècle s’inscrit sous le signe d’une montée de l’islamophobie. »

 L’islamophobie qui, remplaçant leur vieille judéophobie, fait rage en France chez les élites depuis des années, a constitué en quelque sorte un entraînement à la haine du peuple qui se déchaîne aujourd’hui chez ces mêmes élites. Le peuple est leur musulman, leur Arabe contestataire que les préfets jetteraient bien à la Seine comme le collaborationniste Papon le fit le 17 octobre 1961. Encore une fois, comme la peste, la haine envers des groupes humains est mobile, et s’applique en fonction des situations. Ce n’est pas par hasard que nombreux sont celles et ceux qui constatent aujourd’hui qu’une telle violence de l’État contre le peuple ne s’était pas déployée depuis la guerre d’Algérie. Le mécanisme est le même. Tantôt le Juif, ou l’Arabe, ou le Noir, l’étranger, l’homme du peuple, la femme, le Gitan (prétendu non doué de parole commune, selon Macron)... sont étiquetés comme « ceux qui ne sont rien », comme il le dit aussi, ceux qui n’ont « pas d’âme », comme l’affichaient les Foulards rouges macroniens. Dès lors qu’ils sont déshumanisés, les classes qui s’estiment supérieures peuvent les maltraiter, voire les violenter, et même en venir à les torturer, à les tuer, à les génocider si le mécanisme va au bout de sa folie.

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